
Cet article donne suite au N°21 sur l’anaphrodisie, ou absence de désir sexuel.
Au menu de ce numéro-ci, nous pagaierons à nouveau dans les eaux tumultueuses de la frigidité, en abordant cette fois un autre aspect de celle-ci : l’anorgasmie.
Injonction au plaisir
Bienvenue en Happycratie, mesdames ! Ce monde merveilleux où tout le monde tend au bonheur !
Être épanouie au taf, trouver sa vie de famille gratifiante, s’épanouir dans ses relations sociales et amoureuses, avoir une vie sexuelle de ouf, c’est ce qu’on cherche toutes, non ?
Je vois le scepticisme (ennemi du bonheur !) poindre chez certaines d’entre vous qui me diraient « et si on prenait les choses comme elles viennent, sans se forcer à avoir des sentiments positifs en permanence, avec simplicité ? »
Car derrière cette injonction au bonheur, se cache celle de la performance, mais aussi la mortifère tendance à la norme. Dans les téléfilms, Pamela a un orgasme dès le premier rapport et Roberto est une machine de guerre, prête à faire jouir n’importe qui, la panne du premier soir, connaît pas. Quand Pamela atteint enfin l’extase, elle crie bien fort. Autant de clichés qui peuvent parasiter notre sexualité.
Anorgasmies plurielles
Pauvres bibiches qui souffrez d’anorgasmie dans ce monde où affirmer bien haut qu’on a une vie sexuelle intense est tellement tendance… dans lequel on cherche le coupable plutôt que les subtiles raisons : vous n’êtes certainement que des coincées, psychologiquement retors, ou alors votre mec est une lavette.
Mais en fait, qu’entend-t-on par anorgasmie ? Ce terme englobe tellement de réalités qu’il est difficile de lui donner une définition unique. Certaines femmes n’ont jamais eu d’orgasmes, d’autres en ont déjà eu mais n’en ont plus, d’autres encore peuvent en avoir seules, mais pas en présence de leur partenaire, certaines n’ont que des orgasmes clitoridiens mais jamais vaginaux, tandis que d’autres ne connaissent l’anorgasmie que dans certaines situations…
Laisser le temps au temps
L’organe de l’orgasme féminin est principalement le clitoris, ce qui explique les rares orgasmes vaginaux, et le fait que lors des premiers rapports sexuels, il faille prendre le temps de se découvrir et s’exercer un peu avant de devenir une bête de compét’ à donner ou recevoir du plaisir.
D’ailleurs on peut aussi avoir du plaisir sans orgasme, à vous de voir si cela devient source de frustration ou pas.
Pour une anorgasmie installée, essayez de démêler ce sur quoi vous pouvez agir et ce pour quoi il vous faut de l’aide, celle d’un sexologue par exemple. Les causes sont tellement nombreuses !
Lubrification insuffisante, baisse du désir, manque de confiance et de lâcher-prise avec son partenaire, dépression, traumatisme, contexte religieux stigmatisant la sexualité, maladie, prise de drogues, alcool, médicaments…
Mais aussi fonctionnement de couple, incompatibilité d’« univers érotiques », maladresse du partenaire… L’occasion de faire le point. Du coup, forcément, pas de recette toute prête pour en venir à bout, d’autant que les mécanismes physiologiques et psychologiques qui déclenchent l’orgasme sont hyper complexes et sujets à controverse.
Retenez seulement que la plupart des anorgasmies sont passagères, et qu’elles touchent de nombreuses femmes ; vous n’êtes pas un cas isolé. Ne reste plus qu’à démêler les fils de l’histoire…
Sousou




