
Traces
Dominique Plas en 1982 choisit de revenir en Corrèze dans la ferme familiale après une carrière de danseuse à Paris. De son désir de redonner vie à la ferme dont elle hérite et du constat qu’il existe peu voire pas de lieu à cette époque qui permette aux artistes de répéter et de créer sur le bassin de Brive, germe lentement l’idée que la culture qui sortirait de cette grange ne serait plus celle de la terre mais celle des hommes… En parallèle de son métier de professeure de danse contemporaine, qu’elle exerce aux conservatoires de Tulle et de Brive, elle élabore le projet de La Métairie, transformant la demeure familiale en lieu de création. Le projet La Métairie des Arts, continue sa lente germination jusqu’à sérieusement se préciser en 2010. Le fils de Dominique, Mathieu Roth Le Gentil, se mêle naturellement à cette histoire. Plasticien, graphiste, régisseur, constructeur… Entre ses mains, la ferme devient tout autant leur antre, l’atelier et l’œuvre de Mathieu (qui a réalisé une majeure partie des travaux), qu’un espace d’accueil, de partage, d’ouverture.
Mise au monde
Cinq années, pour Dominique, de dossiers de demande de subvention, de communication, de structuration administrative et, pour Mathieu, de travaux. Cinq années pour faire de cette ferme corrézienne un lieu de résidence et de spectacle. En 2015 La Métairie ouvre officiellement ses portes. Depuis lors, en transformation et mouvements permanents, La Métairie continue son évolution. Été après été, suivant chaque saison un fil thématique différent, elle abrite pour une semaine à quinze jours et ce d’avril à octobre, des artistes de différentes disciplines, leur offrant la possibilité d’explorer, de créer et de montrer leur travail à un public de plus en plus fidèle et curieux. Dans la ferme dorment, mangent, créent, grouillent et jouent des artistes. Entourés d’une dizaine de bénévoles, Dominique et Mathieu accueillent, logent, nourrissent, entourent et accompagnent cette vie-là. Par leur exigence et leur goût de la beauté, l’équipe de La Métairie a réussi à mettre le lieu dans sa beauté, à sacraliser cet espace. La proximité avec les villes de Brive-la-Gaillarde, Terrasson et Tulle permet aux résidents de se lover dans cet espace inspirant, tout en pouvant se perdre dans les petites agitations de la ville. Chemin…
…faisant, ils ont accueilli expositions, concerts, cirque, Qi Gong, danse, danse verticale, théâtre, entre autres, soutenant les artistes dans leur création. De pluridisciplinarité à transdisciplinarité, Dominique et Mathieu créent des rencontres improbables et éphémères en organisant des événements croisant les univers et les pratiques des artistes accueillis. L’idée de ce projet est d’aller dénicher des artistes, de les accompagner dans leurs processus de création, ponctuellement ou sur plusieurs années et de leur donner la possibilité de présenter leur travail à l’issue des résidences, partageant ce processus fragile et intime avec un public averti. La Métairie accueille autant des artistes dits « grosses pointures » qui par leur présence aident à la légitimation du lieu, comme le chorégraphe Claude Brumachon fidèle compagnon du projet, que des artistes peu connus, pour qui il est souvent difficile de trouver des lieux investis sensiblement et pratiquement pour créer.
Pratiquement
Petit à petit financée par le département, la commune de Saint-Pantaléon-de-Larche, la région, puis l’État, l’association La Métairie des Arts peut actuellement et grâce à ces financements publics, héberger, nourrir et défrayer de leurs trajets les artistes. Les financements ne sont toutefois pas encore suffisants pour permettre de coproduire les œuvres des artistes accueillis, c’est-à-dire, en jargon institutionnel, d’accompagner une partie du financement des projets en création. Après un bel acharnement et une sacrée énergie employés à dégotter ces financements publics, Dominique s’attelle désormais à trouver des fonds privés qui rendraient possible l’accompagnement financier dont les artistes ont besoin pour réaliser leurs projets. Si Dominique et Mathieu sont tour à tour administrateur, cuisinier, lavandière, jardinier, présentateur, constructeur, porteur du projet, ils n’en sont pas salariés, au même titre que les autres membres de l’association. Mathieu est toutefois rémunéré ponctuellement pour le travail graphique et technique qu’il réalise pour le lieu.
Aller vers
Quelles évolutions pour La Métairie des Arts ? Bien sûr il y a le désir de plus de reconnaissance, de plus de moyens, d’une communication plus efficace, de plus de flyers, d’affiches, de France 3 et de La Montagne… Le constat n’est guère différent d’ailleurs: on donne plus aux gens qui ont déjà. Réalité on ne peut plus brûlante à l’heure où nous écrivons ce numéro de La Trousse corrézienne. Et à la fois, Mathieu et Dominique sont conscients que leur liberté au jour d’aujourd’hui est totale, qu’elle n’atteint ses frontières que là où se trouvent leurs limites. Une saison à La Métairie des Arts représente déjà beaucoup de travail, « plus » serait très, peut-être trop fatigant. « Plus » serait peut-être perdre un peu de plaisir. Ou bien « plus » serait restructurer, agrandir et entrer dans un rapport aux artistes plus distants, aux pouvoirs publics plus mondains, jeu autrement politique. En réalité la volonté de crier plus fort n’y est pas. Par contre celle de faire confiance et d’avancer pas après pas, est le socle sur lequel tous deux se posent. Les bases sont savoureuses et une charrue devant ses bœufs n’avance guère. Elle prend le risque d’être piétinée par ces mêmes bœufs censés la mettre en mouvement. En réalité ce que l’on peut dire, c’est que La Métairie est. Le temps fait son œuvre; quand un besoin se présente, les choses sont faites. Et La Métairie avance ainsi. D’elle-même. Le plus joli dans leurs yeux c’est la satisfaction de voir que les rencontres entre artistes suscitées par leurs soins perdurent et donnent naissance à d’autres projets, ce sont les retours chaleureux du public et des artistes, c’est d’être entourés du monde qui se rassemble là après le silence de l’hiver. C’est la beauté des rencontres quand elles permettent de créer ensemble, tranquillement, passionnément, inlassablement…
C’est beau. Arriver à La Métairie, c’est beau. Entre la poste et le presbytère de Saint-Pantaléon-de-Larche, à la pancarte La Métairie des Arts passer le portail et entrer. Dans la cour. Le temps se densifie. Fragilité brute, force délicate, poésie des formes, ce lieu est touchant. Deux chiens me font fête, l’un fougueux, l’autre discret. Puis Dominique Plas et Mathieu Roth le Gentil m’accueillent, l’une éloquente, l’autre silencieux, dans cette ferme en pierres roses du pays, au coin du feu. Il fait bon. Et c’est doux, chaleureux d’être là. Ce lieu, La Métairie des Arts, est atelier, laboratoire, vie et œuvre.
MC Bee





