Dans le dernier numéro de la Trousse, nous nous penchions sur un morceau de notre devise nationale : l’égalité, pour la sous-peser au regard d’un autre principe de notre république ; la justice. Ce mois ci mettons sous la loupe un autre tiers de cette devise : la liberté, en l’opposant cette fois à ce qui semble son contraire : la fidélité. Alors ? Vrais amis ? Faux amis ?
S’il y a un lieu qui sert de champ de bataille à ces deux notions, c’est bien la grande distribution. Pour s’en persuader commençons par un petit exercice : ouvrez votre portefeuille et étalez les différentes cartes de fidélité qui s’y trouvent. Il y a des chances que vous en ayez une par grand enseigne présente autour de votre lieu d’habitation, y compris si vous n’y allez presque jamais. Une approche amusante de la fidélité, un peu comme si vous étiez fidèles en même temps à votre conjoint et à tous les conjoints de tous vos voisins, une sympathique vie en communauté où chaque jour vous choisiriez en toute liberté votre couche du soir en déclarant haut et fort votre fidélité d’une nuit. Suite de l’exercice, entrez maintenant dans une de ces grandes surfaces -si si forcez-vous un peu c’est pour une étude scientifique. Allez dans n’importe quel rayon et c’est dix ou vingt références différentes que vous trouverez pour chaque produit. De quoi pouvoir exercer votre liberté de choix dans ce champ de bataille où chaque marque aura au préalable tenté de s’assurer de votre fidélité par toutes sortes de stratagèmes : publicité, goodies a collectionner, promesse d’une vie meilleure… Et pour vous la torture commence : pour la pâte à tartiner j’écoute les enfants qui ne jurent que par la marque dominante du secteur au risque de contribuer à la disparition des orang-outangs et en engraissant au passage une multinationale ou bien je la prends bio et sans huile de palme sachant que c’est sur les produits éthiques que la grande distribution marge le plus ? Je choisis une fois l’un et une fois l’autre pour user de ma liberté au maximum ? Et tout ce temps passé chaque fois à lire toutes les étiquettes de toutes les marques possibles d’un même produit pour m’assurer que depuis la dernière fois on ne m’a pas glissé un truc en plus ou en moins… une torture !
Une torture dont la fidélité peut vous sortir. Parce que si vous choisissez un petit producteur du coin, que vous vous assurez une fois pour toute qu’il travaille de la manière qui vous convient, alors banco, en lui étant fidèle vous réglez votre problème ; la viande c’est Machin, les légumes c’est Bidule ! Et puis la fidélité à une personne c’est quand même autre chose que la fidélité à un nom écrit sur une boite ! Quand on se regarde droit dans les yeux c’est quand même plus difficile de se raconter des carabistouilles. Si les légumes n’étaient pas comme il faut cette semaine, on saura se le dire la semaine prochaine ! Et puis en étant fidèle à un petit producteur, vous contribuez à pérenniser son activité, vous lui offrez donc la liberté de s’occuper d’autre chose que de sa survie économique. Et à vous, vous vous offrez la liberté de faire autre chose de votre temps que de le passer perpétuellement à exercer votre liberté de choix !
La liberté c’est connaitre tous les chemins possibles, en choisir un en connaissance de cause et lui être fidèle pour en jouir pleinement… et pouvoir exercer sa liberté ailleurs !
Mais la liberté ou la fidélité ne s’exercent pas qu’au moment des courses ! Elles luttent aussi sur le champ de la vie amoureuse. Alors j’ai bien envie de finir par une citation de Marc Lévy, d’abord parce que je l’aime bien et qu’elle résume bien le propos, mais surtout parce que ça me fait marrer de me dire qu’un jour la Trousse aura publié une citation de Marc Lévy… telle est ma liberté !
« Aimer ce n’est pas renoncer à la liberté, c’est lui donner un sens » Marc Lévy
Michel Dupuis





