
À Saint-Hilaire-Luc a eu lieu une conférence le 20 octobre dernier. Donnée par Gilles Clément, naturaliste et écologiste. Ce jardinier développe, à partir d’une critique des transformations de nos paysages, la notion de « Monde-Jardin ».
Cette conférence est partie du thème de l’inversion du paysage. Jadis, le Limousin connaissait une toute autre configuration. C’était une lande de pâture à moutons, sans forêt hormis dans les gorges et les endroits difficiles d’accès.
Le début de l’inversion des paysages commença il y a un siècle selon Gilles Clément, avec un pic dans les années soixante. Conjointement, il développe la notion de tiers-paysage : d’un paysage, on distingue des zones éclaircies et praticables, les lieux de l’activité paysanne. Puis des zones boisées, moins praticables, où l’on cherche périodiquement les denrées de la forêt. Et ce tiers paysage, encore moins pratiqué, où s’exprime la biodiversité. Par exemple les gorges de la Haute-Corrèze.
Que la fonctionnalisation des territoires rende caduque la notion de paysage, on le doit à la logique de notre modèle financier. Dans les années 50, la mécanisation et la chimie s’installent dans le monde agricole, qui s’extrait des rigueurs d’une nature exigeante. C’est l’instauration d’un nouveau rapport à la terre. Car ce n’est plus un lien, mais bien un rapport. Rendu distant par un modèle économique, et surtout, déterritorialisé. On veut l’appliquer partout, peu importent climats, sols ni mœurs. Une efficacité immédiate – à long terme un carnage – est érigée en modèle, par exemple dans l’usage systématique de pesticides, sans considérer la nature des lieux. Une logique qui créé des déserts. Et qui pousse toujours à réduire à néant ce que néglige la production, tandis que le vivant que l’on veut faire croître, c’est à peine si on sait le protéger.
Des contre-modèles existent pourtant. Comme celui de paysage de désendettement : une constellation de polycultures et d’activités humaines – peu quantifiables car multiples. Un ensemble pour résister à la monoculture, à la logique de crédits et subventions, et à cette dette que l’on à face à ces sols qu’on a rendu déserts. Même si les lobbys de l’intensif disent l’inverse, le modèle conventionnel est moins productif, au niveau global, qu’une agriculture respectueuse du vivant. Mais les implications économiques sont d’un ordre très différent, qui ne prend l’humanité que comme paramètre dans un calcul. Cette notion de paysage de désendettement s’oppose à celle de fonctionnalisation de nos activités, et aux politiques qui la sert : aides à l’installation agricole, subventions, crédits etc.
Les sillons qui se tracent
Depuis ces constats, la conférence a fait place à un débat, bariolé de teneurs différentes : Discours de gauche-caviar, forestiers, logiques d’entrepreneurs, sensibilités écologistes et avocats du diable…
Micanard



