
Mais que se passe-t-il donc cette année au sein de certaines écoles publiques du département ?Plusieurs enseignants témoignent avoir reçu depuis quelques mois des injonctions hiérarchiques leur demandant d’appliquer un protocole d’enseignement promu par l’association Agir pour l’école, dont la raison d’être et les finalités sont pour le moins préoccupantes : le capitalisme financier lorgne en effet malignement sur le marché très lucratif que représente l’éducation. Et la Corrèze a été choisie comme département pilote pour cette expérimentation.
Outre qu’il en va là tout bonnement d’une atteinte fondamentale à la liberté pédagogique de ces enseignants, pourtant garante des principes fondateurs de notre école républicaine, il convient de se renseigner un peu plus sur cette association. S’agit-t-il d’une association complémentaire de l’école, membre du CAPE (Collectif des Associations Partenaires de l’École) et reconnue d’utilité publique à ce titre ? Non !
La promotion des méthodes miracles préconisées par l’association Agir pour l’école fait suite au buzz créé par Madame Céline Alvarez, dont les grands médias ont raffolé à l’automne 2016. Cette jeune enseignante, persuadée d’être « l’élue » détentrice de la solution miracle à toutes les difficultés scolaires rencontrées par les élèves, a alors eu la bonne idée de frapper à la bonne porte et de recevoir le soutien d’un certain Jean-Michel Blanquer, pas encore ministre de l’Éducation Nationale et alors directeur de la DGESCO (Direction Générale de l’Enseignement Scolaire), pour promouvoir à grands coups de matériel onéreux la pédagogie Montessori couplée à sa connaissance méticuleuse de la psychologie cognitive. C’est alors l’association Agir pour l’école qui a été choisie pour débloquer les fonds et porter ce projet expérimental. Selon Wikipédia, Agir pour l’école rémunère par exemple une agente elle-même formée en pédagogie Montessori, Anna Bisch, pour assister Céline Alvarez dans son travail quotidien et leur fournit un matériel pédagogique de qualité – à hauteur de 10 000 euros par an ! – afin que l’expérimentation puisse se dérouler dans les meilleures conditions possibles.
Or derrière cette association se cache le fameux institut Montaigne, célèbre think-tank libéral auquel appartient… Jean-Michel Blanquer. Et la boucle est bouclée ! En outre, la recette miracle préconise, dans les zones d’éducation prioritaire, d’organiser (dès la maternelle !) le travail des élèves en groupes de niveaux (déterminés par des évaluations grossières et normatives qui en outre ne correspondent pas aux programmes des cycles d’apprentissages des élèves) pendant trente à à quarante-cinq minutes chaque jour… Une paille, quand on constate que le ministre ambitionne aujourd’hui de réduire fortement les moyens humains dans les établissements scolaires ! Nous n’en sommes donc pas à un paradoxe près, sauf à penser (ce que préconise la méthode) que l’enseignant devra alors coller les autres enfants devant des écrans, à défaut d’être disponible pour leurs apprentissages…
Et la Corrèze a eu l’honneur, en cette année 2018, d’être désignée comme département pilote !
Un communiqué unitaire a été signé par la grande majorité des syndicats ou mouvements pédagogiques de ce secteur (SE-Unsa, SNPI-FSU, ICEM-pédagogie Freinet, CEMEA, SUD Education, CNT Education, SNUIPP-FSU, CGT Educ’Action, GFEN, CRAP-Cahiers Pédagogiques, SIEN-Unsa, SGEN-CFDT, Ligue de l’enseignement). Nul ne peut croire aujourd’hui que la promotion de ces pédagogies fumeuses et hors sol pourra apporter une quelconque solution aux maux que connaît notre école publique, par ailleurs sans cesse dégradée par les contre-réformes néo-libérales. À vendre notre école publique par morceaux, il est certain, par contre, que nous trouverons des acheteurs…
Le capitalisme financier lorgne donc malignement sur le marché très lucratif que représente l’éducation. Sa stratégie est claire : d’abord dégrader peu à peu l’école publique à coups de contre-réformes faussement pédagogiques qui masquent mal la baisse drastique des moyens alloués et la dégradation incessante des conditions d’apprentissage des élèves ; promouvoir ensuite des propositions émanant du secteur privé, comme cette recette miracle dont l’association Agir pour l ‘école se fait le porte-voix.
Reste alors la question suivante : les parents d’élèves se donneront-ils les moyens, notamment en Corrèze, de s’opposer à ce scandale, en se constituant collectivement via les associations de parents ?
Stlaf



