
La presse satirique. Charlie Hebdo, Siné Hebdo et mensuel, Le Canard enchaîné pour la presse écrite actuelle. Une parution périodique, sans publicité, au ton mordant, provoquant. La presse satirique dite ainsi est éminemment politique : elle prend parti en se moquant. Mais avant ? Quelle est notre mémoire ?
L’imprimerie naît au quinzième siècle. La parution périodique de feuilles donnant « des nouvelles » est plus tardive et fortement cadrée par notre pouvoir central fort, la monarchie absolue de droit divin.
Mais 1789 hurle dans la rue et déclare les droits de l’Homme et du citoyen avec un article onze : « la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi ». La liberté de la presse est proclamée, la liberté de dire et communiquer. « Des dizaines et des dizaines de journaux sont fondés à Paris dès l’automne de 1789 et parmi eux bien sûr des petits journaux contestataires, enflammés, engagés (…) dont « Le Père Duchesne d’Hébert, au langage populaire et cru »1, particulièrement anticlérical et prodivorce certes mais montagnard droit dans ses bottes. Peu apprécié de Camille Desmoulin, lui aussi journaliste, qui fut raccourci par le rasoir national (vocabulaire d’Hébert) le premier.
Le droit de s’exprimer et de moquer est vite réprimé par Napoléon le gros. La grande histoire passe, la censure s’assouplit, « la petite presse »2 émerge, satirique, politique, drôle et participe allégrement et joyeusement à la révolution qui nous fait passer de Charles X à Louis-Philippe le premier.
La période est d’or pour cette presse qui explose. Elle s’exprime par les caricatures, les histoires, les poèmes, les contes, les nouvelles, les textes de théâtre, bref des formes diverses et variées. Elle s’attache des dessinateurs. La caricature de Louis Philippe en « poire » par Charles Philipon, directeur du Charivari et de La Caricature, et Honoré Daumier est célèbre. En réponse, les procès, les amendes, les condamnations à la prison pleuvent comme vache qui pisse.
Poursuivie, censurée, la presse qui fait rire renaît toujours, vive et percutante, politique, anticléricale, divertissante. La loi sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881 autorise enfin notre capacité à moquer. C’est sans compter les pleureurs peureux qui dès que nécessaire, devant la montée de feuilles anarchistes, obtiennent de restreindre les dites libertés. Et font disparaître le « père peinard » d’Emile Pouget.
Ce qui percute peut être dangereux et la liberté d’expression se contraint plus vite et plus fort que le libéralisme économique.
Souvenez vous il n’y a pas si longtemps de Hara-Kiri et sa dernière Une : « bal tragique à Colombey, un mort » qui lui valut d’être interdit à l’exposition et à la vente aux mineurs, en clair d’être censuré… et de renaître immédiatement sous la forme de Charlie « le journal qui profite du malheur des autres ».
Souvenez vous des charges toutes proches de nos politiques contre la télévision satirique des guignols, les vrais ! Des affirmations sur leur contribution au dénigrement du politique, à sa mauvaise image et au « faudrait peut-être voir à limiter, non ? ».
Elle se contraint si bien, cette presse que humoristes et caricaturistes prennent le réflexe de s’autocensurer.
Jules Vallès disait « On a assez d’armes contre nous, nous n’en demandons qu’une, qui sera notre baïonnette, l’ironie »1 . Alors que vive longtemps cette presse qui fait envers et contre tous notre liberté, et le festival international de la caricature et du dessin humoristique à …Saint-Just-Le-Martel, 87.
1 https://blogs.mediapart.fr/edition/bookclub/article/140115/d-ou-viens-tu-charlie, le 14/01/2015, article excellent ! Comme vous pouvez le constater à mes multiples emprunts.
2 https://blogs.mediapart.fr/edition/les-mains-dans-les-poches/article/250214/le-journalisme-de-balzac-aujourd-hui, interview de Marie-Eve Thérenty
Et pour ceux qui le souhaitent, la presse du dix neuvième et après est en lecture libre ici : https://gallica.bnf.fr/html/und/presse-et-revues/presse-satirique
Marie-Laure Petit







