
Après celui d’Aix-Eygurande-Lamazière-Haute, c’est au tour du projet agrivoltaïque de Lavergne, lieu-dit de la commune d’Aix, de recevoir un avis défavorable de la commissaire enquêtrice. Il semble difficile de démontrer le service rendu à l’agriculture par des parcs photovoltaïques au sol, lorsque les fermes sur lesquelles ils s’appuient sont des élevages bovins. Qu’en sera-t-il des trois ou quatre autres projets encore dans les tuyaux sur la seule commune d’Aix ?
Un projet photovoltaïque qui s’appuie sur une installation agricole récente
Ici, le développeur Soleil Éléments 56 a monté son projet avec une exploitation agricole qui comprend deux associés installés en 2023 en reprenant les terres, respectivement de leur mère et de leur oncle partant alors à la retraite. C’est sur la propriété de ce dernier que le parc photovoltaïque est prévu et avec qui il a initialement été amorcé.
La nouvelle exploitation agricole des deux associés occupe aujourd’hui 211 hectares (ha) sur lesquels ils élèvent un troupeau de bovins. Les terres sont presque en totalité des prairies valorisées par pâturage et par fauche. L’emprise clôturée du projet agrivoltaïque est d’un peu plus de 17 ha, pour une surface de panneaux de 3,8 ha.
Pour qu’un projet soit qualifié d’agrivoltaïque, il doit apporter un service direct à l’activité agricole : amélioration agronomique, adaptation au changement climatique, protection contre les aléas, amélioration du bien-être animal. Des critères chiffrés sont définis pour répondre à ces services. Et il semble que ce soit bien là que les développeurs peinent à justifier leur projet.
Une démonstration fragile du caractère agrivoltaïque
Malgré des règles qui paraissent peu ambitieuses pour justifier les services rendus à l’agriculture – une perte de rendement acceptée jusqu’à 10 % de la production initiale (voire davantage à la discrétion du préfet !), une perte de surface exploitable autorisée jusqu’à 10 % du périmètre occupé par les panneaux, un taux de couverture au sol par les panneaux limité à 40 % (concernant uniquement les installations dont la puissance excède 10 mégawatts-crête1 !) – les développeurs semblent minimiser leurs calculs afin de rentabiliser au maximum leurs installations.
Pour le projet de Lavergne, la commissaire enquêtrice relève ces problèmes (comme pour le projet d’Aix-Eygurande-Lamazière-Haute). Au bout du compte, le développeur admet que le projet contribue seulement au bien-être animal : les bovins seraient donc protégés du soleil en été. Argument plutôt faible (si tant est qu’il soit confirmé dans les faits) quand on sait que les arbres et les haies champêtres jouent mieux ce rôle et offrent d’autres bénéfices agricoles et écologiques. Mais poussons alors la logique absurde jusqu’au bout : le confort animal serait alors mieux pris en compte si les panneaux photovoltaïques étaient répartis un peu partout sur les 211 ha de prairies, plutôt que concentrés sur les seuls 1,8 % de l’exploitation agricole qui offrent ce « bénéfice ». Comme le souligne une contribution pendant l’enquête publique : « L’activité agricole apparaît davantage comme la condition permettant de satisfaire aux exigences réglementaires que comme la finalité première du projet ».
Des enjeux sociaux ignorés par la loi
Au-delà de la démonstration d’un réel bénéfice pour l’agriculture, les parcs agrivoltaïques créent une très forte distorsion entre exploitants. Pour le projet de Lavergne, c’est 2000 €/ha/an2 pour les exploitants locataires. Sachant qu’il s’agit d’une exploitation agricole qui continue de s’agrandir de 60 ha en septembre 2026. Cela renforce encore l’existence d’une campagne à deux vitesses : des fermes associées à des parcs photovoltaïques qui peuvent mieux encaisser les baisses de revenu de leur travail agricole, et les autres, encore plus fragilisées par l’ensemble des facteurs climatiques et économiques qui pèsent sur le niveau de leur rémunération.
Le projet de Lavergne souffre d’autres limites que nous ne développerons pas ici : une électricité produite pour être consommée ailleurs, une électricité qui, pour le moment, ne peut être raccordée au réseau (saturation du poste source), une absence d’analyse réelle des effets cumulés avec les autres projets connus, la non prise en compte de la loi montagne3…
Notes
1. Un mégawatt-crête (MWc) correspond à 1 million de watts-crête. Le watt-crête étant l’unité de mesure de la puissance maximale d’une installation photovoltaïque.
2. Pour les 17 ha d’emprise au sol du projet.
3. Absence de demande de dérogation à l’urbanisation en continuité de l’urbanisation existante, et à l’urbanisation dans la bande de 300 m des rives de plans d’eau.
Par MARTINE




