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La Trousse Corrézienne

Local, LTC 14 · 8 septembre 2017

À Tulle, Victor Hugo nous montre son cul

À Tulle, l’avenue Victor Hugo

Si l’avenue Victor Hugo de Tulle – aube décharnée d’un centre vieillissant -, file droit vers un avenir qui lui semble crépusculaire. Si ces échoppes sont vides, sont bureaucratiques ou seulement remplies par quelques fringues d’enseignes lointaines et uniformes… Si ces façades anciennes et visibles, s’enthousiasment encore de fréquenter de très près – de trop près – les architectures sous acides des seventies. Si L’artère, qui tend son dard chargé des pollueuses matinales nous semble si familière… c’est que nous la traversons tels des bêtes assommées par nos vies catatoniques – hypnotiques… L’envie qu’elle nous montre son derrière, ruisselant de la Corrèze bientôt renaturée, nous entraîne sous ses portes cochères, jusqu’au bout d’un Hôtel Royal qui nous en dira tant…

C’est un matin ordinaire dans l’avenue Victor Hugo ; un matin qui nous souffle ces hydrocarbures au visage ; l’heure des âmes qui sommeillent encore… Les trottoirs récemment karchérisés par la ville de Tulle veulent encore nous faire croire à un avenir piétonnier. Les locaux adjacents, vides, nous disent le contraire…

Et derrière coule une rivière

Dans les interstices se devinent des passages, à l’ombre des murs vacillants. Nous pénétrons le monde de l’indicible ou semblant tel. Si les atours visibles exigent quelques réfections de façades, les arrières cours sont démaquillées – ou jamais grimées – ; nous présentant leurs cicatrices bétonnées, leurs ridules ferreuses, leurs cavités fissurées, leurs moisissures, meurtrissures, cassures… leurs humbles discrétions ; strates populaires détruites et recréées par les sécrétions des temps plus ou moins anciens.

Dès l’orée de l’avenue la vie se trouve figée. La Corrèze propose, en arrière plan, son lit tranquille. Quelques arbustes ou arbres épars profilent leur ennuis apparent le long de la rive. Un tunnel aux fonds sombres et inquiétants, lumière absente, portant lourdement le béton de sa parure d’automobiles, ouvre une large gueule pour laisser courir l’eau par ses entrailles.

Plus loin, toujours adossés au ventre gras de l’artère encombrée, les plans s’élargissent. Ils laissent paraître une enfilade hétérogène : du pont XXX au 6 de l’avenue rencontrée, les bâtiments projettent des odeurs différentes ; les couleurs d’un siècle et plus ; le mariage forcé des pierres et du parpaing, du bois et du ciment… Les monstres modernes semblent ne pas s’inscrire dans la durée… La rivière, elle, durera.

En traversant l’avenue, la solitude béate

De l’autre côté, les extérieurs sont des intérieurs. Les largeurs découvertes ne sont plus. Ici se referment les coquilles. Ici, si la solitude peut toujours se partager, elle restera muette et sibylline ; si la pierre et le bois mélangent encore leurs moisissures au béton des étais, si l’apparent siècle – d’avant celui d’avant – semble disparaître au profit des volutes stupides des climatiseurs qui n’ont rien à faire ici ; c’est bien le silence et l’humidité des immeubles chenus qui prospèrent au sein des cours miraculées.

D’une ancienne Brûlerie corrézienne qui s’étiole, dont on nous raconte qu’elle servait également de pause « bonbon » aux écoliers du coin, à la chaîne de café « Bogota », entreprise voisine, qui récupère le symbole, il y a certainement un monde d’ignorance ; mais plus sûrement un monde d’ironie…

De la hauteur du parking qui recrache les eaux décolorées par l’opacité du tube de béton, le monde indicible se présente sous la forme d’une immensité particulière. Peut-être l’œuvre de dieux éculés et enivrés, qui cherchaient, n’en doutons pas, à créer Tulle à travers leur kaléidoscope. Des demeures bourgeoises des hauts de colline aux tours et autres bâtisses improbables, le cul de Victor Hugo nous envoie ses vents étranges. Si les petites morts se vautrent dans les striures de la rue principale, la vie se découvre une voie de sortie, entre les interstices ; une métaphore de la globalisation mourante qui nous entoure : la mouvance populaire et révoltée peut-elle entrevoir un chemin de pierre, de bois et de laideurs organiques par lesquels elle survivrait ? C’est toute la beauté des arrières « Hugoesque »1.

1 – Dictionnaire Anglais : à la manière de Victor Hugo

Rencontre

Au bout de nos divagations « Victorines », se trouvait l’Hôtel Royal et ses hôtes… Serge, sympathique patron du sus-dit hôtel ; lecteur épisodique de La Trousse et – pourtant – sympathisant des rives droites, opposant républicain à Brive – ; créateur de feu Le Phare, feuille de choux « UMPiste »… mais pas tellement « UTOPiste ! » Dont notre bon ami Laurent Darthoux (voir La Trousse de janvier 2017, Page 31) signait quelques éditos… Et Nathalie Thyssier, de l’opposition municipale de Tulle, qui s’empresse de nous embarquer dans une salve anti-renaturation de la Corrèze ou autres projets tullistes… On ne se refait pas !

Pluton 427

Victor Hugo, de jour
L’avenue Victor Hugo et ses façades
Tulle, au petit matin
Le centre ancien de Tulle
Les divagations « victorines »

Du papier, des crayons, pas de pubards.

Le papier, c'est encore mieux.

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