
« Et en plus ils sont hautement subventionnés ». Voilà parfois ce que nous avons pu entendre ou lire sur les réseaux sociaux à notre propos. Une sentence couperet, mettant notre tête au panier des illégitimes et des vendus en plus d’être des plumitifs. Oui, nous sommes subventionnés, à hauteur d’un peu plus de 50 % de notre budget ; et nous sommes très fiers de l’être. Explications.
Subvention n’est pas prestation
Pour définir ce qu’est la subvention, commençons par expliquer ce qu’elle n’est pas : l’« appel à projet ». Commande publique ou semi-publique (fondations) sur le modèle de l’appel d’offre, il donne lieu à concours entre plusieurs protagonistes. Les projets les plus en adéquation avec le cahier des charges des commanditaires remportent la mise. Actuellement, dans l’univers de l’économie associative, l’appel à projet a largement remplacé la subvention publique. Adossé au vocable progressiste d’innovation, il permet de financer des actions à venir sans se soucier du devenir de ceux qui les portent. L’appel à projet a en effet la particularité de ne prendre en compte que les frais directs en excluant ceux de fonctionnement de la structure. Cette forme de distribution de l’argent public ou semi-public a instauré de la précarité, dans l’injonction à une innovation perpétuelle ; de la concurrence, entre structures pourtant souvent coopératives par le discours ; et de l’assujettissement aux donneurs d’ordres, puisqu’il faut leur correspondre ou leur plaire pour l’emporter.
Le Fonds de soutien pour les médias de proximité est une subvention
L’obtention de ce fonds a été pour nous une forme de consécration. En premier lieu par ce qu’il s’inscrivait dans la continuité de l’obtention de notre numéro CPPAP (Commission Paritaire de la Presse et des Agences de Presse). Ce qui signifiait que notre petite initiative citoyenne associative était, à partir de ce moment-là, reconnue organe de presse au même titre que tous les médias. Deuxième point : l’histoire de ce fonds de soutien s’inscrit dans une volonté d’élargissement de mesures visant à garantir la pluralité de la presse comme pilier de la démocratie. Il nous a été donné, comme à d’autres, les moyens d’une expression populaire critique qui nourrit la vitalité du débat dans l’espace public. Et enfin, ce n’est pas cette subvention qui est au fondement de notre journal. Il la précède. Le fonds est mis en place en 2016, suite aux attentats de Charlie Hebdo en janvier 2015. Nous étions alors une poignée à écrire et dessiner quelque chose qui n’avait encore ni nom ni forme. L’échéance était pour février. Nous avons sollicité ce fonds un an après le numéro 0. Il a financé l’existant. Nous avions timidement demandé 7 500 euros, nous en avons obtenus 18 500, parce que nous correspondions pile-poil aux critères du décret1. Opportun hasard.
Subvention et liberté d’expression
D’aucuns pensent qu’être subventionné signifie : ne pas être capable de générer par soi-même l’argent nécessaire à son existence et donc ne pas pouvoir exister. Pour d’autres, c’est s’assujettir, et comme dit l’adage : « on ne mord pas la main qui nous nourrit »… Pour la première assertion, d’un atavisme idéologique hors normes, je n’ai pas la place ici de développer le fait que la majeure partie de nos activités ne sont pas lucratives et n’en reste pas moins nécessaires. Pour ce qui est de la deuxième, il y a débat effectivement. Nonobstant, il me semble que la subvention, telle que définit dans l’exemple qui est le notre, est le moyen le plus démocratique d’attribution de fonds dans le cadre de l’intérêt général. Elle permet de concilier liberté d’action associative et garantie des fondamentaux de la « chose publique ». L’attribution en effet s’appuie sur un texte de loi et fait l’objet d’une délibération entre les acteurs des médias et les services de l’État. Jamais il nous a été demandé quoi que ce soit sur notre contenu éditorial. Et nous n’avons jamais rendu d’autres comptes que celui de faire effectivement notre journal, moindre des choses. Il y a eu tout au plus un Ecophil de remerciement titrant « Merci Daech », un bel hommage à l’esprit satirique des feus journalistes de Charlie et un clin d’œil amer à l’efficacité de la kalachnikov pour la considération du peuple par ses gouvernants…
1 Ce fonds est dédié à « une publication imprimée présentant un lien direct avec l’actualité apprécié au regard de l’objet de la publication et présentant un apport éditorial significatif, ayant un caractère d’intérêt général quant à la diffusion de la pensée : instruction, éducation, information du public, ne constituant pas un outil de promotion ou un accessoire d’une activité industrielle ou commerciale ».
Philippe Van Assche




