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La Trousse Corrézienne

LTC 25, Utopies culturelles en Limousin · 5 juillet 2019

Nomadways

Nomadways

Il y a un an pile j’avais promis de vous présenter Nomadways, voici enfin l’article sur ce projet. Nomadways est une association internationale qui, avant de se poser à Brivezac dans une grange rebaptisée Homade par l’équipe, allait de lieu en lieu un peu partout en Europe. Ce projet, disons le, fait partie des utopies contemporaines. Il s’y mêle origines, langages, savoirs, imaginaires, méthodes, idées à échelle internationale. La ligne directrice : développer de nouvelles compétences par la transversalité et expérimenter l’échange d’outils pédagogiques et artistiques dans les domaines de l’art, de la transmission et du social. On parle de gouvernance collective, de co-création, d’artiviste, de transmission, de militantisme civique, de narration numérique, de tiers-lieu… Rappel, encore une fois, que la Corrèze fourmille d’initiatives surprenantes et audacieuses qui réinventent des manières d’être ensemble, de tisser entre avant et demain, entre ici et là-bas des liens de curiosité, d’appétit, de partage. Partons à Brivezac, dans les murs de Homade. Anne Merlin, l’une des porteuses du projet nous raconte l’aventure.

Nomadways

Nomadways1 est une association internationale créée en 2014. Internationale… en écoutant Anne me parler de ce projet, je me suis rappelé que pour certains le monde est véritablement un village. Juste… un peu plus grand que le village de Brivezac… Nomadways a pour vocation de rapprocher créatifs, pédagogues et acteurs sociaux leurs permettant ainsi de croiser leurs expériences et savoirs afin d’enrichir leurs pratiques respectives. Y est exploré un apprentissage par échange, croisement, confrontation, y est pratiquée une vision de l’humanité large comme le monde, un XXIe siècle qui marche avec des réseaux grands comme la toile du Net. Nomadways c’est trois cents adhérents de toutes nationalités, résidant dans différents endroits du globe. Nomadways c’est une association portée par six membres actifs (dont quatre habitent en Corrèze, une à Toulouse, une en Bulgarie) qui organisent des stages professionnalisant de longue durée financés par l’Union européenne à destination de personnes travaillant dans les domaines de la création artistique, de la pédagogie et de l’action sociale. Ces formations ont pour vocation l’apprentissage d’outils et de connaissances d’autres disciplines afin d’élargir le champ d’action de ses propres pratiques : comment transmettre une pratique artistique, comment utiliser des outils de création pour enrichir une pratique éducative, comment utiliser dans le domaine social des outils de pédagogie et de création ? Telles sont les explorations que propose le projet. C’est donc une histoire de curiosité et d’ouverture, de bienveillance et d’un faire ensemble plus riche qu’un faire tout seul. C’est une échelle de relation que l’on pratique peu dans nos campagnes, où l’on cultive habituellement des modèles relationnels proximaux, non par manque d’intérêt pour la diversité (quoique), mais par état de fait (mis à part dans les grandes villes et les campings, rares sont les endroits où se côtoient l’espagnol, le français, l’allemand, le tchèque. Changeons donc d’échelle avec ce projet. Je vous emmène à Homade2, lieu qui depuis 2017 héberge l’association.

Homade

Après trois ans d’existence itinérante, l’association qui, pour organiser ces rencontres-formations louait ou se faisait prêter des espaces un peu partout en Europe (France, République tchèque, Allemagne, Pologne, Égypte, etc.), fait l’acquisition d’une grange à rénover à Brivezac entourée d’un verger en bord de Dordogne. Comme le souligne Anne, l’accueil des locaux a tout de suite été « merveilleux et salutaire ». En acquérant la grange, l’équipe Nomadways, pleine d’enthousiasme et de très bonnes idées se disait qu’avec de bons tutos Youtube sur la rénovation écologique, un peu d’huile de coude et quelques brosses à dents (pour planter les clous) ils parviendraient rapidement à donner aux lieux un air de bienvenue… Autant dire que, sans l’aide précieuse des habitants vite investis, motivés et généreux de leur temps et de leurs savoirs, la grange ne serait pas encore opérationnelle, ou alors moins fonctionnelle, ou bien peu fréquentable ! Aujourd’hui 4 000 m2 de verdure, une grange de presque 400 m2 divisés en espace de travail, détente, hébergement, bibliothèque, vie collective peuvent accueillir jusqu’à cent personnes ponctuellement, une trentaine de personnes en hébergement ponctuel, trente à cinquante personnes pour les ateliers. Dans les noyers, cerisiers, pommiers, pruniers : des hamacs, des balançoires. La grange ressemble à un patchwork coloré, aéré et accueillant, fait d’un bric-à-brac harmonieusement assemblé. Un accès Internet très haut débit permet de travailler à échelle 2.0, des imprimantes, projecteurs, et multiples espaces permettent un large champ de pratiques et de mise en relation. Une voiture est mise à disposition. On y retrouve l’énergie urbaine et ses formes de travail mais, contrairement à l’agitation des grandes villes, c’est dans un écrin calme, inspirant et vivifiant que Nomadways organise ses formations.

L’équipe

Anne, Valentin, Ilaria, Aïnoha, Hélène, Alex sont respectivement graphiste-plasticienne, musicothérapeute, facilitatrice graphique, pédagogue Steiner-Waldorf, formatrice en éducation populaire, illustratrice et marketing digital woman. De l’équipe initiale de Nomadways Anne est la seule à être encore du bateau, tous les membres actuels ont rejoint le projet au gré des formations. Il en est de même pour les intervenants qui pour la plupart sont d’anciens participants dont la rencontre insuffle de nouveaux croisements. Structurellement, si au début l’association fonctionnait classiquement avec un CA et une présidence, les membres actifs du projet explorent depuis 2016 les formes de gouvernance collective telles que la sociocratie, holacratie inspirée entre autres du « Réinventing Organizations » de Frédéric Laloux3, ouvrage dans lequel l’auteur analyse les structures du travail de l’Antiquité à nos jours. L’association fonctionne donc par cercles, pôles de thèmes de travail et de décision, réunion de gouvernance avec au moins un représentant de chaque pôle de travail. Lors de la dernière AG, a été décidé en collégiale de modifier les statuts de l’association, d’officiellement partager les fonctions d’administration de trésorerie et de présidence. Pas de salarié dans l’association, seulement des prestataires auto-entrepreneurs payés au projet. Chacun exerce son activité par ailleurs au sein d’autres structures. Grâce aux financements européens les formations sont très peu payantes pour les participants. 50 € sont demandés pour les trajets, l’hébergement et la formation.

La suite

À l’avenir, les membres de l’association veulent développer les formations courtes (d’une journée à un week-end) à prix libre, l’accueil de séjours de rupture pour un jeune en grande difficulté et un éducateur en résidence sur de courtes durées (un première expérience de ce type a été mené avec succès l’été dernier), et faire de Homade un tiers-lieu en proposant à des personnes qui œuvrent dans les domaines de la pédagogie, de l’art, du social, voire autres, d’investir ce lieu comme espace de travail. L’isolation des lieux devient la prochaine étape impérative afin d’étendre l’ouverture estivale à une ouverture annuelle (actuellement les formations se déroulant entre octobre et avril sont encore délocalisées). Toute ces initiatives permettraient d’ouvrir et de collaborer avec des partenaires locaux afin d’ancrer le projet sur le territoire. Si ce projet titille votre curiosité, poussez jusqu’à Brivezac, probable que le charme opérera et qui sait ce qui de cette rencontre naîtra !

1. — Nomadways : http://nomadways.eu/en/ tel : 06.50.50.89.67 ; adresse mail : hello@nomadways.eu.

2. — Homade : Homade by Nomadways, le Bourg, 19120 Brivezac

3. – « Réinventing Organizations » de Frédéric Laloux : https://www.reinventingorganizations.com/

MC Bee

Les ateliers de Nomadways
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