
Il a fallu plus de cent ans pour que le ministère de l’instruction publique né en 1828, devienne celui de l’éducation nationale en 1932. En matière de sexualité il valse encore souvent entre éducation et information.
Yvonne Knibiehler dans « L’éducation sexuelle des filles au 20ème siècle » (1), relève que « Dans les sociétés rurales l’éducation sexuelle se faisait empiriquement » , en particulier pour les filles. En revanche, « Le 19ème siècle citadin étale un silence de plomb sur la sexualité. L’usage s’impose de préserver « l’innocence » des filles en les privant délibérément de tout savoir en ce domaine »(1).
Intéressant, comme le fait de plonger dans cette époque montre ô combien l’ambivalence entre la nécessité de former, en particulier pour se protéger des maladies dites vénériennes, et celle de ne point trop en dire, histoire de conserver l’innocence. Surtout aux filles. Et ô combien liberté et égalité des femmes riment déjà avec liberté et éducation sexuelles.
Durant cette première moitié du 20ème, des vœux sont exprimés pour qu’une formation soit dispensée aux maîtres… et aux maîtresses, qui en sont longtemps écartées. En ce domaine, la motion votée en 1923 par la Société de prophylaxie sanitaire et morale en faveur de cette formation, est une perle ! (1)
Bref. Les conditions pour un accès à, au moins, une information sexuelle semblent remplies : santé publique face aux maladies sexuellement transmissibles, naissance de la psychanalyse, etc.
Restent les questions : qui dit quoi, à qui ?
Il faut attendre l’après-guerre. On sent bien qu’il faudrait, mais qu’on ne veut pas. La morale chrétienne héritée des siècles passés, et surtout du 19ème est encore bien présente dans l’intimité de nos corps.
On cogite. En comité, comme le comité « François » en 1947. « Le plan Langevin-Wallon, qui préconisait la réforme de l’enseignement et du système éducatif français à la Libération envisage l’introduction de l’éducation à la sexualité dans les écoles. Ce projet ne sera pas appliqué ». (2)
Marianne ne voit rien venir et s’impatiente, les libertés pointent leur nez.
La loi Neuvirth est votée en 1967 et avec elle, un accès certes très encadré, mais possible à la contraception. Le 1968 révolutionnaire déboule accompagné de la révolution sexuelle.
Et, enfin, ouf ! une circulaire (joli mot non ?) la circulaire Fontanet du 23 juillet 1973. Imprécise, elle distingue l’information, obligatoire, de l’éducation qui reste facultative. « L’information se doit d’être scientifique et progressive : « elle viendra s’insérer normalement et tout naturellement dans les programmes de biologie (…) ». En clair, on présente les choses « scientifiquement ».
Mieux que rien, mais encore difficile à mettre en place, tant les réactions sont vives. Je me souviens parfaitement bien du « non mais de quoi j’me mêle » de mon paternel.
Les enseignants sont peu formés. Le Monde, le 22 octobre 1979 titre « L’éducation sexuelle provoque toujours le même malaise chez les professeurs ». 1979, est l’année du second vote de la loi sur l’avortement qui n’avait été votée en 1974 que pour cinq ans.
De nombreuses circulaires circulent : 1996,1998, 2003, etc. L’éducation sexuelle de l’école primaire, à six ans donc, jusqu’au secondaire devient obligatoire, outre les apports physiologiques intégrés au programme de biologie des différents niveaux. Trois séquences annuelles doivent également permettre de traiter de la prévention des violences sexuelles, de la mixité, de la contraception, du respect de l’autre, etc.
Mais des situations très variables se constatent sur le terrain. Et c’est ainsi que la petite phrase de M. Schiappa annonçant une prochaine circulaire (existant déjà par ailleurs) rendant obligatoire l’éducation sexuelle, a fait s’agiter en tous sens les réseaux sociaux au cours de l’été 2018. Jusqu’à provoquer une enquête de checknews de Libération.(3)
On n’est pas sorti de l’auberge dirait-on !
Alors bravo à cette enseignante de français qui osent prendre le sujet pour en livrer un dossier !
(1) https://journals.openedition.org/clio/436
(2)Véronique Poutrain, L’évolution de l’éducation à la sexualité dans les établissements scolaires, https://journals.openedition.org/edso/951#tocto1n1
Marie-Laure Petit



