
Fin janvier 2019, est annoncée la carte scolaire de la Corrèze pour la rentrée 2019, avec ses suppressions et créations de classes. À Argentat, les parents d’élèves des écoles maternelle et primaire se mobilisent fortement face à la décision de suppression d’un poste et demi. Éclaircissements.
Barre de navigation : la moyenne
Les outils décisionnels diffèrent selon les académies : moyenne d’enfants par classe ou seuils de fermeture/ouverture par exemple. Ici c’est la moyenne.
L’inspecteur de secteur le sait, l’adjoint de la commune en charge des affaires scolaires, les parents d’élèves aussi : le nombre d’enfants à l’école primaire d’Argentat « n’est pas bon ! ». Elle aurait, dans sa catégorie, « la plus faible moyenne du département ». Et comme on déshabille Pierre pour habiller Paul, le navigateur décide de fermer une classe. L’école élémentaire passe de cinq classes à quatre à double niveau donc.
L’école maternelle, elle, bénéficie d’un dispositif « Très Petite Section (TPS) » : l’académie met un demi-poste pour accueillir les petits de deux à trois ans, et la commune y adjoint une ATSEM (Agent Territorial Spécialisé des Écoles Maternelles). Et comme il faut déshabiller… on enlève le dispositif.
Résultat : un poste et demi de gagné pour d’autres écoles ou des titulaires remplaçants.
Et le rituel s’enclenche avec une mobilisation active et visible portée par l’association des parents.
Les moyennes cachent les invisibles. Les invisibles, à l’école primaire, ce sont les enfants des classes ULIS, Unité Localisée pour l’Inclusion Scolaire des enfants en situation de handicap. Douze à Argentat, encadrés par un enseignant spécialisé mais dont les élèves doivent être inclus chaque fois que c’est possible, selon leurs capacités, dans la classe correspondante.
Invisibles car non comptés, puisqu’ils ont leur enseignant… sauf… qu’ils augmentent les effectifs de chaque classe qui les accueille.
Les moyennes cachent la réalité concrète des situations. L’accueil des tout petits, perçu comme une nécessité lorsque les places en crèche ou les assistantes maternelles manquent ou lorsque certains parents ne peuvent payer. « La TPS joue un rôle social essentiel » explique l’élu en charge des affaires scolaires. D’autre part, la moyenne ne prend pas en compte la proximité d’une école privée qui renforce les pressions par la concurrence ressentie.
Mobilisation, contournement
Et comme une danse bien rythmée, face aux écueils que sont les occupations, les négociations s’entament. La carte scolaire, rentrée 2019/2020 s’ajuste. Le dispositif TPS est maintenu, à l’école maternelle. Son enseignant à mi-temps sera affecté l’après-midi à l’école primaire qui perd donc une classe, mais seulement un demi-poste.Vous suivez ?
L’association des parents souhaitait un demi-poste le matin, durant les périodes de l’acquisition des savoirs fondamentaux, mais l’arithmétique s’oppose au pédagogique.
Il m’en reste une impression de déjà vu : conscientes des risques, les communes rurales craignent la suppression chaque année.
Une perte d’école ? C’est une perte d’attractivité pour la commune, le début de l’allongement des kilomètres journaliers effectués par les enfants.
Une perte de classe pour une école à deux classes ? C’est passer en classe unique à gros effectif, risquer la fuite des élèves, et la disparition en ligne de mire.
Une perte de classe dans une école à cinq classes ? C’est l’apparition des doubles niveaux avec la pression des parents pour que leur enfant soit avec un(e) tel(e) etc.
Un collectif pour réagir ensemble
Tous les ans, chaque commune rurale, chaque association de parents essaie de sauver son école ou sa classe en expliquant toutes ses spécificités.
Les élus en charge de l’école savent que c’est l’entente et travailler ensemble qui sauvera l’école rurale.
Les représentants des parents d’Argentat-sur-Dordogne pensent que l’impératif est de se réunir, de mettre en commun, de se rencontrer, d’entendre des idées pour sauver l’école rurale.
Ils ont choisi de créer un collectif pour faire ensemble à une échelle plus large que celle de la commune et appellent toutes les personnes intéressées à les contacter :rpeecolesargentat@gmail.com
Encadré : À savoir
On pense toujours que 23 ou 24 enfants dans une classe, c’est peu. Savez vous que le nombre d’élèves par classe, en école élémentaire est de moins de 21 au Portugal, aux États-Unis, en Pologne, Espagne, Allemagne, Italie, Suisse, Suède, Autriche… ?
La France, avec 23,6 enfants à la rentrée 2016, est bien au-dessus de la moyenne des 36 pays membres de l’Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE).
Elle dépensait en moyenne 6300 €/an (État et collectivités) par élève du premier degré, chiffre encore une fois nettement inférieur à la moyenne de l’OCDE.
De la Direction des Services Départementaux de l’éducation nationale, nous avons obtenu le dossier de presse : des chiffres globaux. Le document fournissant les effectifs par écoles est peut-être classé secret. La peur que l’on ne comprenne pas ?
Sources :
OCDE Regards sur l’éducation 2018 : Les indicateurs de l’OCDE, Éditions OCDE. http://dx.doi.org/10.1787/eag-2018-fr
Marie-Laure Petit



