
Voilà un an déjà que Cathy est partie faire son périple andin loin de sa Corrèze. Dans le numéro 20 de la Trousse je vous avais conté la première partie du voyage de Cathy et Sarah, mère et fille, entre Argentine et Bolivie, à la découverte de projets collectifs dans la même lignée que ceux qu’on aime à vous présenter dans notre journal. Cette fois-ci, c’est Cathy qui raconte.
… On en était où vous étiez en Bolivie dans un village où il y avait un projet de lieu de transmission. Vous êtes retournées en Argentine ensuite ou vous avez continué en Bolivie ?
Ah non, on a continué en Bolivie. On est repartie le 22 janvier pour La Paz. Pour quitter le village, on a pris un minibus-taxi. Les gens n’ont pas de voiture là bas. Au début, le mec qui nous a pris ne voulait pas mettre nos sacs sur le toit. Mais à chaque fois qu’il y avait quelqu’un sur le bord de la route qui faisait signe, il s’arrêtait et l’embarquait. On était entassé. Dans une voiture pour huit personnes, tu te retrouves facilement seize. À la dix-huitième personne le chauffeur a finalement décidé de mettre les sacs sur le toit. À Oruro, on a pris un bus à 11 heures du soir pour arriver à La Paz à 3 heures du matin.
Vous étiez déjà haut en altitude ?
Oui, Oruro est à peu près à la même altitude que La Paz, autour de 3600 mètres. Mais je n’ai pas du tout souffert du mal des montagnes parce que déjà en Argentine on était à plus de 2000 mètres. À la Paz, on a pris un petit hôtel pas cher du tout. J’ai trouvé cette ville extraordinaire. Elle est faite de bric et de broc, avec des constructions toute tarabiscotées. C’est à flanc de montagne, et pour rejoindre El Alto, une ville qui est juste à coté mais à 4150 mètres d’altitude, ils ont construit des téléphériques urbains. À pied tu en as pour trois, quatre heures.
Qu’est ce qui t’a étonné là bas ?
Il y a des marchés partout. On dit que la Bolivie est un des pays les plus pauvres d’Amérique Latine, mais moi je ressentais…, et Sarah me l’a dit aussi « Tu verras Maman, en Bolivie c’est l’abondance ». Et effectivement tu as cette impression d’abondance parce que, peut être encore, les gens ont gardé des cultures vivrières un peu partout. Même dans les endroits secs et rocailleux, ils font pousser des pommes de terre, du quinoa, du maïs. Les femmes sont très rondes. Ils mangent bien. Par exemple, en Argentine, le pain est dégueulasse. Là ils font du pain à base de maïs, à base de différentes céréales, qui ressemblent parfois au pain français. Et sur les marchés, tu as des montagnes de pain, des montagnes de légumes. Oh ! Et puis il y avait la rue des sorcières ! Tu peux acheter des filtres d’amour pour faire revenir ton amoureux, ou des potions pour empoisonner quelqu’un. Dans les vitrines tu pouvais voir des fœtus de lama tout secs.
Et vous avez pu voir des projets intéressants ?
Oui, on a été voir la Casa de les Ningunes. C’est un projet d’habitat collectif et d’expérimentation autour de la nourriture consciente 1 et de la lutte contre le réchauffement climatique. Il y a huit personnes qui habitent cette maison en permanence . Tous les mois ils mettent chacun cent bolivianos (treize euros) pour les repas et ils mangent super bien. Ils organisent des ateliers de cuisine, des repas, donnent des conférences et aussi ils louent leurs salles. Ça leur permet de financer le lieu. C’est vraiment un endroit intéressant.
On est aussi allé visiter le Musée Solón 2. C’est un artiste bolivien né en 1923 qui a fait beaucoup de choses autour de l’Homme de la Mancha, Don Quichotte. Des tableaux, des fresques, des tapisseries. C’est assez impressionnant.
Avant d’aller vers le Lac Titicaca, Sarah voulait voir Tiwanaku à 70 kilomètres de La Paz. Ce sont les ruines d’une civilisation pré-inca qui sont en assez bon état encore. Ils ont régné sur une bonne partie du Pérou et de la Bolivie entre le Vè et le Xè siècle.
Et enfin le fameux lac Titicaca…
Il est immense. On pourrait se croire au bord de la mer. Il fait plus de 190 km de long. On voulait prendre un bateau pour aller à Copacabana, un petit village sur une autre rive où Sarah connaissait quelqu’un. Mais nous sommes arrivées trop tard. Pour dormir sur place, on a dû aller chez une dame, très gentille, mais qui louait des chambres vraiment miteuses. On aurait dit la Corrèze il y a cent ans. On n’avait pas trop le choix sinon il fallait retourner à la Paz. Je crois que la dame ne les avait pas louées depuis longtemps. Mais elle était vraiment très gentille. Le lendemain, il faisait beau, on a pris le bateau et on est arrivé dans un endroit magnifique, un camping autogéré avec quelques petites constructions. Le paradis sur terre. Le matin, tu ouvrais tes volets avec vue sur le lac. J’ai même vu un colibri.
Bien sûr, on a fait un truc super touristique : des ruines incas sur l’île du Soleil. Je n’ai pas du tout aimé. Tout était payant et chronométré. Tu avais dix minutes pour monter en haut d’une pyramide et redescendre ; je n’y suis pas allée. Bon en même temps ça permet aux locaux de vivre. Mais il y a quand même des gens qui en ont assez de cette invasion. Il paraît même qu’il y a des touristes qui se sont fait agresser. C’est le même problème partout avec le tourisme.
Ensuite, on a fait un crochet par le Pérou pour rejoindre la Bolivie car le lac est à cheval sur la frontière. Enfin depuis La Paz, nous avons rejoint Oruro en bus pour prendre le train qui devait nous ramener jusqu’à la frontière argentine. Mon vol retour était prévu pour le 7 février. On était le 30 janvier.
Ah et c’est là que vous êtes restées coincées dans le train ?
Oui. On a quitté Oruro à 15 heures. On devait arriver le lendemain matin vers 7 heures. Mais à midi on était encore dans le train, bloqués à flanc de montagne entre deux tunnels. Le train ne pouvait plus avancer parce qu’il y avait des pierres sur la voie. Il avait tellement plu – c’est la saison des pluies de novembre à mars – il y avait des éboulements un peu partout. À chaque fois que le conducteur essayait de repartir, les vibrations faisaient tomber de nouvelles pierres, et il y avait surtout un gros rocher qui menaçait de se détacher. Mais ça, on ne l’a su qu’après parce qu’au début on avait très peu d’information. Les contrôleurs nous avaient enfermés dans les wagons, par mesure de sécurité je suppose, mais on n’avait plus rien à boire et à manger et ils ne nous ont rien distribué au début. On a passé une deuxième nuit dans le train. Le lendemain matin, Sarah et deux autres jeunes sont sortis par la fenêtre et sont allés voir le conducteur et les contrôleurs pour réclamer des informations, de l’eau et de la nourriture. Une petite locomotive a fini par arriver pour dégager la voie, et le train a pu repartir mais en sens inverse. On est donc reparties vers Oruro. On a réussi à prendre un mini bus qui a slalomé entre les rochers sur la route et sous la pluie, de nuit, et heureusement que je dormais m’a dit Sarah ! On est arrivés enfin à Villazon au petit matin du 1er février. Les rues étaient remplies de boue. Une fois la frontière franchies au petit jour, il fallait encore rejoindre des amis plus au sud, puis faire un crochet par Amaïcha pour récupérer mes affaires, et prendre enfin un bus pour trente heures de trajet encore, jusqu’à Buenos Aires. Le bus était super confortable ! J’ai quand même réussi à visiter le quartier de la Boca et l’école de la Mécanique à Buenos Aires avant de prendre mon vol retour. Il faisait 3° à mon arrivée à Paris.
1 – La nourriture consciente est une réflexion sur l’impact environnemental de la production alimentaire et la création de propositions gastronomiques pour réduire cet impact. https://lacasadelosningunos.wordpress.com/
2 – https://fundacionsolon.org/about/casa-museo/
Julie Devès






