
Jeudi 10 août, journée particulière à Chanteix.
Certes, c’était l’ouverture du Festival aux Champs, dont la longévité, trois décennies après sa création, en fait une véritable institution locale. Même si l’association Tuberculture a dû, et doit encore, traverser des moments critiques. Même si naguère on n’était pas loin de jeter l’éponge, celle-ci n’étant plus apte à absorber le déficit. Mais voilà, contre vents et marées, la pugnacité d’un capitaine au long cours, à qui Chanteix et ses habitants doivent la paternité de leur festival, pourrait encore longtemps avoir raison des Cassandre.
Tout ce que le pays de Tulle compte de représentants de la République : sénateur (mis au régime sec puisque bientôt privé par ses collègues députés de son enveloppe parlementaire, l’une des dernières formes clientélistes de libéralités) ; fringuant député dans sa gabardine beige boutonnée sur deux rangs, ceinture bouclée (député qui a dû approuvé cette suppression de l’enveloppe parlementaire, même si à titre personnel, il n’était peut-être pas tout à fait contre son maintien) ; conseiller régional tout sourire ; conseiller départemental du canton, ventripotent et si heureux d’être grand-père (me confiait-il plus tôt) ; maires venus en voisins ; président de l’agglo (qui ne tient pas plus que ça aux cérémonies républicaines, mais, que voulez-vous !) et quelques conseillers communautaires de Tulle agglo, tous avaient une belle occasion de figurer sur la photo de famille.
Car c’est en présence de cet aréopage local que Jean-François Poumier, Jeantou pour les intimes, le fameux capitaine-président, devait se voir remettre l’insigne de Chevalier de l’Ordre National du Mérite. Certes, du mérite, il en déborde et la médaille est – mais n’est-ce pas toujours le cas ? – bien méritée. Et puis, reconnaissait-il avant la cérémonie, percevant sans doute un brin d’ironie dans mon regard, « Je ne peux pas la refuser à celui qui me la remet. » Et celui-ci n’est autre que Jean Mouzat, maire de Chanteix, arborant, lui, le ruban rouge de la Légion d’Honneur dont il a été promu en 2014 au grade de Chevalier. Mais une remise de médaille ne s’entend qu’au terme d’un long panégyrique, exercice soigneusement préparé par celui qui allait adouber l’enfant du pays. Le long compagnonnage et l’indéfectible complicité qui lient les deux hommes sont légendaires. Alors, même si, comme Jean-François Poumier, on agit en croyant dur à ce qu’on fait, souvent avec abnégation, toujours avec désintérêt (Eh ! On arrête de passer la brosse à reluire, hein !), même si on n’évolue pas dans le sens du courant dominant, même si on abhorre les honneurs (quelquefois, on fait semblant, c’est tendance), une distinction de cette nature, on ne peut pas la refuser à celui qui vous l’obtient. C’est ça l’effet magique de la cooptation républicaine.
Grâce à Lapin Compris et à son « Histoire de la Légion d’Honneur » (LTC n° 11), je vais pouvoir donner un conseil éclairé à Jean-François : si c’est désormais trop tard pour ses propres filles, devenues grandes, il pourra en tous cas faire en sorte que ses petites-filles et arrière petites-filles soient admises dans l’une des « Maisons d’éducation », établissements d’élite réservés à la descendance féminine des impétrants de la Nation.
Didier Bertholy




