
Entre la mythologie et la réalité, il n’y a finalement qu’un village – celui de La Roche Canillac – au bout d’une route chaotique puis d’un chemin qui serpente le long d’un vieux mur en pierre. Les premières bâtisses du moulin de Larchat apparaissant à la genèse d’une vallée découvrant sa bergerie dans une danse ondulatoire. Nanou m’accueille, le sourire aux lèvres, pour me révéler un peu de la légende rurale…
Si elle ne fait pas partie des primo-arrivants du moulin, Nanou n’en est pas moins une petite mémoire vivante ; joyeuse conteuse des premières initiatives qui bercèrent et rythmèrent ce lieu enchanteur ; elle me sert un thé et raconte alors :
Louis Bedhet, dernier dinosaure d’un communisme libertaire revendiqué et assumé, est l’un des six précurseurs à s’installer dans l’idéalisme communautaire et à vouloir en tirer la possible magnificence sociale et sociétale. Nous sommes à la fin des années soixante-dix et changer le monde, le rêver dans l’autonomie alimentaire et dans l’autogestion est – encore un temps – un symbole de modernité. Mais « rêver le changement » – comme dirait l’autre (sic !) – ne résiste pas toujours à la réalité de l’utopie fantasmée et, très vite, Louis se retrouve seul à tenter cette vie autarcique ; seul mais pas à court d’idée ni d’envie. Pendant quelques années, il gère cette ferme qui s’étend sur plus de 30 hectares et, s’il n’hésite pas à accueillir du monde, les choses redémarrent vraiment au début des années 90 avec l’arrivée d’une femme, mère célibataire, et d’une autre, passionnée de chevaux, qui permet la création d’un haras. Dans le même temps, Louis ouvre une école de cirque. Ils sont trois, plein d’une ardeur libertaire évidente ; l’autogestion en pratique ! Ils accueillent une adolescente en rupture familiale et scolaire et continuent leur bout de chemin ensemble, pendant dix ans environs.
Le moulin de Larchat devient, dans les années 2000, un lieu de passage où les personnes rentrent dans la communauté pour en ressortir au bout d’un an ou deux. Lieu de pèlerinage laïque au service de la liberté ? C’est en 2004 que mon hôte, Nanou, arrive sur le site. Jusqu’en 2015, les différents collectifs ainsi générés font vivre la ferme associative. Suite à une année difficile, Louis et Nanou décident alors d’arrêter la communauté.
De nouvelles envies
L’envie militante est encore là, toujours dans un idéal de simplicité volontaire. La participation à la vie locale devient importante : mise en place d’un marché sur La Roche Canillac2, complété par un marché de l’art3 pendant la période printemps-été ; création d’un jardin médiéval4 avec la participation des habitants de La Roche. « Que les gens puissent se rencontrer ».
À l’arrêt de la communauté, la question de l’avenir se pose. Nanou et Louis veulent recentrer l’accueil sur site autour du « féminisme ». En reprenant l’actualité au vol, accueillir des femmes réfugiées leur paraît évident ; « On a du terrain et des maisons, autant que ça leur serve ». Et même s’il faut également réhabiliter l’une des bâtisses (il n’y a pas d’eau chaude courante sur le terrain, par exemple), ils obtiennent de l’aide ; d’Emmaüs Égletons, qui leur prête du matériel, mais aussi de différentes personnes du territoire. Ils sont prêts alors pour « l’aventure » administrative : accueillir trois personnes réfugiées s’apparente à faire un véritable travail de lobbyiste auprès des structures en charge de ces questions (préfecture mais aussi certaines associations) ; et ce, même si la commune de La Roche Canillac soutient le projet.
Nanou et Louis souhaitent que cet accueil soit participatif ; que les femmes réfugiées ne soient pas simplement « débarquées et parquées » sans réflexion autour de leur avenir dans cette nouvelle vie.
En attendant que les réseaux d’associations contactés leur apportent des réponses, Nanou et Louis continueront à s’occuper de leurs animaux et d’entretenir la légende de Larchat. Alors si vous entendez des histoires autour d’un moulin perdu dans une contrée lointaine, dites-vous qu’il n’est pas perdu mais bien ancré dans son époque et dans sa localité.
1 – http://moulindelarchat.blogspot.fr/ et http://bit.ly/1WjqjPz
2 – tous les dimanches matin – maraîcher, marchand de fruits et légumes, fromages, buvette de thé, café et crêpes.
3 – de mi-avril à fin septembre, des habitants partagent leur passion, en même temps que le marché (voir agenda page 8)
4 – variétés anciennes de légumes, plantes, aromatiques…




