
Avec la liquidation judiciaire de l’Agence Départementale de Développement des Initiatives Artistiques et de Médiation (ADDIAM), exécutrice depuis trente ans de la politique culturelle du Conseil départemental, se pose la question des orientations du nouvel exécutif. Retour sur cet épisode.
Pascal Coste et son bras armé, Patricia Buisson1, avaient annoncé la couleur depuis longtemps : l’ADDIAM allait disparaître. Chargée d’instruire les demandes de subventions des petites comme des grosses structures culturelles au Conseil départemental, mais aussi de nombreux autres projets (résidences d’artistes, festival de Sédières…), cette association, présidée par l’élu en charge de la culture, François Colaçon actuellement, était financée à 80 % par le département. Elle employait sept salariés. Pascal Coste avait rassuré les salariés : tout serait fait pour éviter les licenciements. Pourtant, il a été décidé de retirer la subvention de fonctionnement, entrainant la liquidation judiciaire de l’ADDIAM, et le licenciement de ses salariés.
On pensait que l’exécutif avait élaboré une nouvelle politique culturelle, au cours de l’année 2015, et que celle-ci impliquait une nouvelle organisation. Ce n’est pas le cas.
Comme nous l’avions évoqué dans un précédent article (voir La Trousse n°4 ), les « chefferies » du Département ont été violemment chamboulées en septembre dernier. Ainsi, le nouveau directeur de la Jeunesse des Sports et de la Culture, Gilles Vialle a reçu une grosse promotion : il était précédemment chef du service des Collèges. À son arrivée, il adopte le discours de ses bienfaiteurs : la culture doit être dorénavant bénéficiaire. Là semblent résider toute la vision et le projet culturel de la nouvelle majorité.
Entendez par là tout d’abord que les économies directes réalisées par la disparation de l’ADDIAM et du Festival de Sédières, plus de 600 000 euros, vont disparaître du budget de la Culture. Et c’est sans compter les 75 000 euros de co-financement de l’État, qui vont repartir à Bordeaux.
Faire des économies est peut-être une bonne chose, en ces temps de « crise ». Le problème, c’est que c’est autant d’argent qui n’est pas réinjecté dans l’économie locale. D’abord de nombreux emplois vont être touchés : 6 salariés de l’ADDIAM d’abord, mais aussi les nombreux intermittents du spectacle, déjà frappés depuis plusieurs années par les coupes budgétaires. Au final, outre les difficultés personnelles de ces personnes, il sera sans doute compliqué de trouver un régisseur ou une habilleuse quand cela sera nécessaire. Or, les grosses structures culturelles ne peuvent fonctionner sans ces intermittents. Ajoutons à cela que le Conseil départemental a tendance à glisser vers des versements de subventions aux compagnies avec une sorte de droit de cuissage : « qu’elle viennent jouer gratuitement, puisque nous les subventionnons ».
Ensuite, alors que le tourisme est mis en avant par nos dirigeants comme un axe de développement économique, comment le territoire peut-il être attrayant s’il y a de moins en moins d’événements culturels ? Doit-on seulement compter sur notre belle nature, un mois de temps sec dans l’année et quelques Marchés de Pays, pour remplir les hébergements ?
Surtout, cela dénote une réelle hostilité envers les milieux culturels. Comme si le poids des a priori pesait encore : la culture de l’élite, des saltimbanques qui jouent avec l’argent public.
On peut craindre le pire. Une des rares et brillantes idées soumises par le nouveau directeur de la Culture : faire venir Les Insus (ancien groupe Téléphone, sans la batteuse), à Sédières. Coût ? A minima, 300 000 €. Impossible donc dans un espace pouvant accueillir au maximum 2000 personnes. Qu’à cela ne tienne, Gille Vialle propose de vendre des frites et des sandwichs, pour rentabiliser l’affaire.
Cette idée a été abandonnée, mais on peut craindre que la politique culturelle corrézienne s’oriente largement vers ces seules conceptions de la culture…
1 Directrice générale des services
Céline Perrin




