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La Trousse Corrézienne

Ecophil, LTC 5 · 4 mars 2016

Du vert, du vert, du vert partout !

« Interdiction du brûlage à l’air libre des déchets verts » : le dessin

C’est la Corrèze. Pluie, soleil, un cocktail simple mais idéal pour une végétation au mieux de sa forme. Sécateurs, tondeuses, coupe-haies, tronçonneuses s’en donnent à cœur joie à chaque saison. Ça en fait du déchet vert, diront certains. Pas de problème, répondront d’autres : un peu d’huile de vidange et c’est parti pour le feu de la Saint Jean. Et bien non ! vous dira le préfet.

Plus question de voir partir en flammes les gracieuses branches de thuya ou de laurier, les rejets de châtaigniers, la tendre pelouse fraîchement coupée. Finies les volutes de fumées blanches qu’on croit chargées simplement de vapeur d’eau accumulée dans le bois jeune ou dans l’herbe grasse. C’était pratique et convivial, mais malheureusement très polluant aussi. Brûler cinquante kilos de déchets verts émet autant de particules que 9800 kilomètres parcourus par une voiture diesel récente en circulation urbaine. Ils équivalent à six mois de chauffage d’une maison équipée d’une chaudière au fuel. Et ces fameuses particules véhiculent des composés cancérigènes comme les hydrocarbures aromatiques polycycliques. Pour ces raisons, depuis 2011, le brûlage des déchets verts est interdit pour les particuliers, les collectivités et les entreprises.

L’asthme est la principale affection aggravée ou déclenchée par la pollution de l’air

Dans une lettre1 du 23 février 2015 qu’il adresse aux maires du département, le Préfet reconnaît que cette interdiction peut paraître incongrue en Corrèze. L’air de nos campagnes serait un des moins pollués de France. Interpellé par les élus sur les difficultés d’application d’une telle interdiction, le Préfet leur a rappelé qu’il s’agit surtout d’une question de santé publique. La pollution atmosphérique représente un facteur de risques important pour de nombreuses affections respiratoires aiguës ou chroniques telles que l’asthme. Entre 10 et 35% des causes d’asthme traité annuellement sont attribuées à [je prospose : des asthmes traités chaque année sont attribués à…] la pollution de l’air. Il est donc demandé un effort particulier aux collectivités pour diffuser l’information auprès des habitants du territoire. D’autant plus que des solutions alternatives existent : compostage, broyage, déchetterie.

Le compostage, étant donné le taux d’humidité en Corrèze, est plutôt rapide. Tous les déchets verts, quelque soient leurs formes et leurs états de décomposition peuvent rentrer dans les recettes des composts. S’ils sont frais, donc verts, ils comportent de l’azote ; c’est l’énergie du compost. S’ils sont fanés, donc bruns, ils comportent du carbone ; c’est le structurant du compost. L’ensemble donne un compost mûr au bout de quelques mois. Et puis si ce n’est pour le compost, c’est un habitat parfait pour les petites bêtes auxiliaires du jardin: hérissons, crapauds, insectes. Leur présence limite l’invasion de limaces et autres prédateurs de jeunes pousses.

Hachés menus, par un broyeur, les déchets végétaux deviennent un excellent paillage qui a de multiples vertus : il limite la pousse des adventices, il apporte de la matière organique, il préserve l’humidité du sol, il abrite la micro faune du sol…

Séchés le temps nécessaire, les bois coupés peuvent devenir un excellent combustible pour le chauffage. Cela aussi bien pour les bois feuillus comme résineux. Rappelons-nous les fours à pain de la campagne corrézienne, ils utilisent principalement des fagots de feuillus pour la cuisson des fournées. Quant aux feuilles mortes que l’on veut brûler à l’automne dans les jardins, elles n’ont pas besoin de l’être car elles sont un apport de nutriments aux arbres et aux autres végétaux du jardin.

Le broyage implique un équipement un peu plus complexe. Les broyeurs de jardin, si on n’y met pas le prix, sont vite limités à des branchettes de rosiers. Quant aux broyeurs professionnels, ils sont hors de prix pour le particulier, et même pour des petites communes : autour de 8000 euros. Mais, l’État s’est assuré que les services de l’ADEME2 sont « complètement mobilisés pour apporter aux collectivités qui le souhaitent toute l’aide et les conseils possibles ». Il est notamment prévu un soutien financier pour l’acquisition de matériel permettant le recyclage et le réemploi des déchets. Jusqu’à 55% selon les informations données sur le site internet de l’ADEME. Cependant, dans un souci de mutualisation, l’ADEME préfère soutenir l’achat collectif d’un tel outil qui ne serait utilisé que quatre ou cinq fois par an dans chaque commune. La mutualisation permet aussi d’acquérir un engin plus puissant et d’élargir les possibilités de travaux.

Prêt de broyeur gratuit à Tulle

En 2014, la nouvelle équipe municipale d’Espartignac (400 habitants) s’est adressée à l’ADEME pour l’achat d’un broyeur. Elle a été réorientée vers le SIRTOM 3, qui détient la compétence « déchets » sur ce territoire. A l’époque, le SIRTOM intégrait le Communauté de commune d’Uzerche et concentrait ses investissements sur le matériel roulant (camions bennes). Les broyeurs n’étaient pas une priorité, et ne le sont toujours pas finalement. Pour le moment, la seule possibilité est d’amener les déchets végétaux à la déchetterie d’Uzerche. Ils seront ensuite acheminés sur des plateformes de compostage gérées par des privés qui ensuite revendent le terreau aux agriculteurs ou aux particuliers. Tulle Agglo a fait un autre choix. Les habitants peuvent emprunter un broyeur gratuitement pour deux journées maximum. En échange, ils s’engagent à utiliser le broyât chez eux pour le compostage ou le paillage. Cette démarche permet de prendre conscience de tout le cycle : de la production du déchet à sa valorisation finale.

Les solutions existent mais les habitudes persistent

Selon la gendarmerie, la loi a été relativement bien acceptée et appliquée. Depuis le décret d’application de 2011 et surtout avec l’arrêté préfectoral de 2015 (il était temps !), les gendarmes constatent de moins en moins de feux illégaux. Mais quand le cas se présente, avant la verbalisation, « on préfère informer et prévenir ». C’est étrange, car à proximité de chez moi, je constate encore régulièrement des feux de grosses branches bien vertes (quand il n’y a pas d’autres choses qui brûlent avec).

La gendarmerie reconnaît par contre que les communes ont des difficultés à gérer cette interdiction pour leur propre production de déchets. Certaines avouent s’arranger avec un agriculteur qui peut bénéficier d’une dérogation au titre de ses activités professionnelles et qui alors brûle chez lui. D’autres font appel à une entreprise (paysagiste, pépiniériste) basée sur la commune. « Nous ne souhaitons pas concurrencer un privé en achetant un broyeur que nous pourrions louer ou prêter aux habitants ». Il faut compter un tarif de 50 euros de l’heure pour une séance de broyage effectuée par ce professionnel. Ça peut être lourd dans un budget municipal.

Comme souvent en matière environnementale, la Corrèze n’est pas très avant-gardiste. Nos voisins haut-viennois ont déjà une longueur d’avance (voir encadré). L’interdiction du brûlage a permis le développement de solutions alternatives, écologiquement respectueuses. Et si on en faisait autant avec les pesticides ? Là aussi c’est une question de santé publique.

1 disponible sur le site de la Préfecture

2 ADEME : Agence De l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie

3 SIRTOM ; Syndicat Intercommunal de Ramassage et de Traitement des Ordures Ménagères de la région de Brive

Encart 1 (1110 signes) (ou en éco breves page 20)

Chez nos voisins

En Haute-Vienne, le Syndicat (SYDED) qui gère le traitement des ordures ménagères (oui, les déchets verts sont considérés comme des ordures ménagères) couvre la quasi totalité du département. Il a mis en place onze plateformes de broyage, à proximité des déchetteries où les particuliers et les collectivités peuvent venir déposer leur déchets verts. L’association Eco-compost 87 se charge alors du broyage et l’achemine ensuite chez un agriculteur pour faire du co-compostage. Il s’agit d’incorporer le broyât au fumier pour en améliorer la qualité avant l’épandage. Ce système de valorisation ne permet pas encore aux producteurs de déchets de récupérer leur propre broyât.

Au Vigen, un horticulteur qui stocke près de 10m3 de déchets végétaux par jour fonctionne sur le même principe. Avec la commune, ils ont décidé de monter une filière complète de revalorisation des déchets verts pour les collectivités et les entreprises. Les branches pourront être transformées en plaquette pour la filière bois-énergie. La tonte pourrait partir vers la méthanisation, et le reste pour le co-compostage.

Encart 2 (748 signes)

Brûler de l’eau

Le brûlage des déchets verts, c’est comme essayer de brûler de l’eau. Lorsque que les végétaux sont de couleur verte ils sont loin d’être secs. Ils sont composés de plusieurs éléments dont plus de 50 % d’eau. Ainsi lorsque l’on essaye de brûler des branches de thuyas ou de laurier peu de temps après les avoir coupées de l’arbre, le début de la combustion provoque une épaisse fumée blanche. Cette dernière n’est ni plus ni moins que l’eau présente dans les végétaux. Là elle est sous forme de vapeur d’eau. Lorsque le feu dépense son énergie à la déshydratation des parties vertes des végétaux il n’a pas assez de chaleur pour bien brûler le bois. Cette mauvaise combustion provoque notamment l’émission de particules fines dans l’atmosphère.

Julie Devès

Du papier, des crayons, pas de pubards.

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