
Plouf ! Nous nous jetons à l’eau pour y jeter l’idée reçue qu’il serait hygiénique de faire nos besoins dedans. Plouf, plouf, nous revenons sur terre, pragmatiques, pour y remettre à leur place nos déjections et fermer la parenthèse destructrice et irrationnelle de plus d’un demi-siècle de chasse d’eau. Plouf, plouf, plouf, l’enjeu est de taille et le changement viscéral, évidemment. Alors en guise d’introduction nous vous proposons un dernier plouf libératoire pour couler ensuite notre prose dans le silence des copeaux.
L’eau n’est pas le bon endroit pour la décomposition d’une déjection humaine. Et plutôt qu’un long discours, je vous propose ici une simple expérience. Prenez deux seaux. Vous remplissez l’un de cinq centimètres d’eau et l’autre de cinq centimètres de copeaux de bois. Faites ensuite vos besoins dedans. Recouvrez d’eau pour l’un et de copeaux pour l’autre. Laissez agir une dizaine de jours… Vous pressentez me lisant qu’il ne vous sera pas utile d’aller au bout de l’expérience pour réaliser le tableau. Dix jours plus tard… d’un côté l’excrément commence à composter, la matière ne sent pas. De l’autre l’eau est devenue un mélange putride et puant. Le constat est simple : une déjection humaine a besoin d’oxygène pour se décomposer rapidement et efficacement. Mais alors pourquoi chions-nous dans l’eau ? Les raisons sont certes techniques mais aussi psychiques. Elles seront exposées dans ce dossier.
L’eau c’est la vie et chier dans la vie est mortifère. Notre circuit domestique d’eau est ponctionné dans celui du cycle naturel, au niveau de la nappe phréatique quand c’est possible puisque c’est là qu’elle est la plus pure, filtrée et enrichie par sa percolation dans le sol. Un système d’adduction nous la garantit potable. Nous l’utilisons, la souillons de savons, de lessives, d’urine, de fèces. L’eau devenue impropre est rassemblée dans des stations spécifiques qui l’épurent. Et nous la rendons au cycle naturel, souvent dans une rivière. Système d’adduction et d’épuration sont là pour que l’eau ne devienne pas la mort. Ils demandent toujours plus d’investissement. Pour exemple, l’Agglo de Brive a investi quatre-vingt millions d’euros depuis sa création pour l’évacuation et dépollution des eaux. Au regard de l’argent dépensé, les résultats sont décevants. Les pollutions en nitrates, phosphates, métaux lourds, résidus pétrolifères restent de manière générale élevées en sortie de station d’épuration. Et c’est sans parler des recompositions induites par les traitements (1).
L’eau devient un cocktail pétrochimique. Il y a bien des façons de faire pour rendre notre source de vie imbuvable et l’humain y est devenu expert. Y mettre nos excréments est un de ces moyens. Ils constituent en effet une bonne pollution organique, bactérienne, virale, mais aussi chimique. Si pour les premières les différents traitements de l’eau limitent les dégâts, concernant les molécules de synthèse nos technologies sont impuissantes à les filtrer. Et nous sommes en France les plus grands consommateurs de médicaments. Du seizième jusqu’au début du vingt-et-unième siècle le paradigme de la toxicologie était celui énoncé par Paracels (2) : « c’est la dose qui fait le poison ». Les scientifiques comptaient jusqu’alors sur les fortes dilutions pour garantir l’innocuité. Dans les années 90, la découverte des perturbateurs endocriniens (3) change la donne. On constate alors que la faible dose peut avoir un effet déterminant dans la durée, qu’elle agit en décalé sur plusieurs générations et que le nombre élevé de molécules dans un milieu multiplie de manière exponentielle leurs facultés de nuire.
Distinguer nos eaux. C’est l’un des moyens à portée de citoyen pour limiter le suicide collectif en cours. Il s’agit de ne plus produire d’eau vanne, cette eau chargée d’excréments, et ainsi n’avoir plus que des eaux grises à traiter, celles de la douche et de l’évier. Des toilettes sèches et c’est 99% de la pollution domestique de l’eau réglée d’un coup ! Reconnaissez que le jeu en vaut la chandelle et quelques contraintes. En Corrèze c’est possible. L’environnement et l’habitat s’y prêtent. Ce dossier vous présente des éléments concrets pour y penser sérieusement et, pourquoi pas, passer à l’acte.
(1) « Si la désinfection de l’eau écarte le risque microbiologique, elle soulève une autre problématique liée à la formation de sous-produits de désinfection (SPD). Ces derniers, reconnus potentiellement néfastes à long terme pour la santé du consommateur, apparaissent après réaction des désinfectants avec la matière organique naturelle ou les polluants anthropiques initialement présents dans la ressource en eau (résidus de médicaments, pesticides,…) » Source : rapport de l’académie nationale de pharmacie et des technologies 15 février 2012
(2) Paracelse (1493 – 1541) est le précurseur de la toxicologie. Citation : « Toutes les choses sont poison, et rien n’est sans poison ; seule la dose détermine ce qui n’est pas un poison. »
(3) Définition de l’OMS en 1996 : « substance étrangère à l’organisme qui produit des effets délétères sur l’organisme ou sa descendance, à la suite d’une modification de la fonction hormonale ». Extrait des Travaux parlementaire du Sénat au 16/04/2014 : perturbateurs endocriniens, le temps de la précaution : « Dans le cas des perturbateurs endocriniens, cette mise en cause d’ordre philosophique de la perception du risque et de la toxicologie classique trouve un écho d’autant plus grand qu’un nombre très significatif d’études montre, selon les produits, des effets à faible dose et paradoxaux, des effets fenêtre, des effets cocktails et des effets transgénérationnels. »
Dossier réalisé par Philippe Van Assche (chiotte master), Yannig Jaouen et Mars — dessins de Scalp et Kriss





