
Jeudi 4 février : un dossier dans le journal La Montagne. Le thème : « l’armée de l’air ». En pleine prolongation de l’état d’urgence, en pleine hystérie sécuritaire, le journal local se positionne…
La neutralité (de façade) de La Montagne se craquelle dans ce panégyrique pseudo-militaro-scientifique. La visite d’un établissement militaire de Charente (la région s’agrandit !) par des BTS de Brive sert de prétexte à cette publicité géante pour nos chers défenseurs Z’ailés du peuple. Double page avec visite guidée, témoignage de raseurs rasés rayonnants, et surtout un message ! Mais un vrai. Un message d’unité. Une évidence pour tout le monde. Le commandant de la base nous le dit. Et il sait lui. Pensez donc, il a fait le Kosovo ! S’adressant donc à la fibre patriotique de cette jeunesse – œuvrée celle-là !-, il dit : « C’est d’abord votre volonté de défendre votre pays. Il en va de la défense comme de l’éducation : un pays qui ne se défend pas, disparaît »1.
Du rêve en barre
Dès le premier article, le ton est donné. C’est Charlie qui visite La Chocolaterie. C’est beau, c’est merveilleux. Et pourtant c’est la vraie vie. L’industrie du « rêve armé » au service de l’éducation populaire ; l’un des profs le dit, c’est une visite qui met les élèves au contact du monde professionnel… Elle nous le vend bien la « journaliste » de La Montagne, on la sent bien la montée de lait qui se produit au contact de la testostérone ambiante. Elle parle d’émerveillement et de rêves. Ah, si elle avait pu lécher la carlingue androgène de l’escadrille volante…
S’ensuivent la description humide et suintante des drones et autre simulateur de vol… Puis l’intermède « pédagogique » du commandant de la base. Là aussi on parle patrie et rêve de grandeur de l’industrie militaire. On dirait du Oliver Stone…
Notre « journaliste » nous narre, pour finir, la belle histoire de ces deux princesses qui rêvaient (elle utilise encore ce terme dans le titre de cet article) d’être de preux guerriers volants. Elle ne nous dit pas s’ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants, ni s’ils tuèrent et bombardèrent beaucoup d’enfants ?
Apolitique mon cul !
Une discussion récente avec une journaliste de La Montagne, qui s’étonnait du ton militant de La Trousse Corrézienne, nous laissait croire que son journal était neutre et apolitique. La neutralité d’un média ne peut exister. Au moment où Hollande et son gouvernement prolongent un état d’urgence qui mise sur la peur du peuple, faire un dossier sur l’armée de l’air et ses courageux et braves militaires qui nous protègent n’est pas un geste neutre. La Montagne n’est pas apolitique : parler de « rêve » à longueur de lignes sur un sujet qui traite de l’armement, donc de moyens de détruire, n’est pas anodin ; mettre en évidence la comparaison grossière et dangereuse d’un commandant de base « Il en va de la défense comme de l’éducation : un pays qui ne se défend pas, disparaît » est clairement une prise de position de la « journaliste » et de son journal.
Et je pense qu’un pays qui ne s’éduque pas, passe son temps à vouloir se défendre !
1 – La Montagne, jeudi 4 février, p3.
Encadré :
Hollande, Combes et La Montagne sont dans un bateau…
Il est bon de signaler l’accointance évidente entre la ville de Tulle et le journal La Montagne, non ? Dans le dernier Tulle Mag de février, une double page, encore, nous vante les mérites, dans l’ordre : des agents du service du domaine public, de la police (qui « veille à notre sécurité ») et enfin du Conseil Local de la Sécurité et de la Prévention de la Délinquance… Dormez sur vos deux oreilles braves gens ! Vos poules sont bien gardées. Pour ce qui est de vos libertés… elles sont gardées au chaud, pour plus tard…
Pluton 427


