La Coordination des Intermittents et Précaires (CIP) œuvre depuis 2003 à écrire un nouveau modèle d’assurance chômage, et au-delà, un autre modèle de société ?
La CIP, réunie en séance de travail à Tulle les 15 et 16 mars derniers, tenait une réunion publique dimanche 15 mars à 17h au CCS à Tulle, en présence, notamment, de Mathieu Grégoire (sociologue, maître de conférence à l’université de Picardie), et de Samuel Churin (CIP-idf). Ce fût l’occasion de faire la lumière sur l’action de ce mouvement citoyen.
La Coordination des Intermittents et Précaires est née en 2003, à l’occasion du conflit dit « des Intermittents* ». Elle est composée de groupes régionaux autonomes ne dépendant d’aucune organisation politique ou syndicale.
La crise de 2003 a été l’occasion pour des intermittents de s’organiser et de décider de travailler sur le fonctionnement des régimes d’assurance chômage, d’en comprendre les mécanismes et de proposer d’y apporter des améliorations.
Depuis sa création, la Coordination a pris acte des changements importants intervenus dans la société entre la création de l’assurance chômage et nos jours.
D’abord, contrairement aux idées reçues, le régime des intermittents du spectacle ne tient pas à la spécificité du monde du spectacle, mais à la réalité de l’embauche : l’intermittence de l’emploi. Cette discontinuité structurelle de l’emploi avait un caractère exceptionnel au moment de la création de ce régime spécifique, en comparaison au reste de la population active, majoritairement dans l’emploi stable. Aujourd’hui, la discontinuité tend à devenir la norme d’emploi. En 2013, 86 % des contrats de travail signés étaient des CDD (contre 10% de CDI).
Aussi, fort de son expérience d’un régime spécifique lié à l’intermittence de l’emploi, la CIP œuvre aujourd’hui à imaginer un système d’indemnisation qui réponde à l’ensemble des travailleurs intermittents, au sens de discontinus, précaires.
Ensuite, si tous les politiques s’accordent sur un objectif de plein emploi, la CIP a une toute autre vision. Elle rappelle que le plein emploi n’a jamais réellement existé. Il y a toujours eu des « sans emploi », même pendant les trente glorieuses. De plus, à cette époque, les femmes, majoritairement au foyer, n’étaient pas prises en compte. Or, les dépenses consacrées à l’objectif de plein emploi sont colossales, estimées à plus de 100 milliards d’euros. Ces mesures prennent la forme d’aide à l’emploi, de formation, d’actions de « mobilisations » (entendez : aide à la rédaction de CV, test d’aptitude à l’employabilité, validation de capacité au travail à la chaîne …), de réductions ou d’exonérations de charges cotisations sociales. Faute de créer en masse des emplois, ces politiques d’emploi à tout prix s’attachent à « armer » les chômeurs, les rendant plus compétitifs sur le « marché » du travail afin d’être « employables », sans résultat.
Enfin, lorsque l’on parle chômage, on imagine une personne privée d’emploi, et qui perçoit une allocation chômage. La réalité est toute autre : actuellement, 6 chômeurs sur 10 ne sont pas indemnisés, soit environ 3,5 millions de chômeurs.
Aussi, dans un contexte où plus de 6 millions de personnes sont inscrites à Pôle Emploi, si Pierre Gattaz, Président du MEDEF, arrivait à mettre en place le plan de communication écrit sur son pin’s, à savoir « 1 millions d’emplois », cela ne changerait pas grand-chose pour les 5 millions restants ni pour les comptes de l’Unedic.
Forte de ces constats et de son expertise du travail discontinu, la CIP mène différents projets de recherche sur la question du chômage, tant sur un plan sociologique, économique que philosophique. Elle est devenue experte sur le sujet.
La CIP travaille à la mise au point d’un nouveau modèle d’assurance chômage, applicable à l’ensemble des chômeurs à emploi discontinu, leur permettant ainsi de percevoir une indemnisation minimale indexée sur le SMIC. La question qu’elle pose ainsi est celle de la place des chômeurs et du chômage dans la société. Aujourd’hui culpabilisés, considérés comme assistés, oisifs, fraudeurs, responsables de leur inactivité salariale, la CIP voit dans le chômage non une fatalité, mais un axe d’émancipation, une maîtrise retrouvée sur le temps : une dissociation du travail et de l’emploi. La réécriture de la notion de richesse, malheureusement réduite aujourd’hui à sa seule définition économique.
Et si le véritable enjeu de progrès social portait sur la possibilité de disposer d’une partie de son temps, sans contrepartie ? La reconnaissance de richesses « non économiques » ? Une société laissant place au potentiel inventif et créatif de chaque individu, sans exception ?
Contrairement aux idées reçues, de nombreuses études, notamment au Canada (programme Mincome), ont montré qu’en allouant un revenu de base aux personnes sans emploi, ce n’est pas l’oisiveté qui est au rendez-vous, mais au contraire, des reconversions professionnelles inattendues, des engagements citoyens, un changement de société favorable à l’émancipation individuelle et collective.
Aujourd’hui, la Coordination des Intermittents et Précaires propose de changer de logiciel de pensée et se donne pour objectifs de continuer l’écriture et le chiffrage d’un nouveau modèle de couverture sociale ainsi que de mobiliser les politiques sur ces questions d’ici l’horizon 2017.
Si vous souhaitez plus d’information, il y en a sur www.cip-idf.org, et en local n’hésitez pas à contacter par mail ciplimousin@gmail.com
simon chapellas et céline perrin




