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La Trousse Corrézienne

LTC 1, Société · 1 mai 2015

La France ne sera jamais un pays gazier

Dessin : « Gaz de schiste : la croissance façon bourrin »

Le gaz de schiste est toujours dans l’actualité. Même si l’engouement planétaire semble quelque peu s’essouffler suite à quelques déboires américains, les lobbys ne baissent pas les bras. Les « écologistes passéistes » ont beau dénoncer les multiples dangers liés à la fracturation hydraulique, l’industrie continue de vanter les mérites économiques de cette exploitation… Crise oblige…

Les arguments sont, avouons-le, frappants.

Refuser pareil « levier de croissance » serait tout simplement immoral. En d’autres époques, on aurait qualifié les opposants de traîtres à la patrie. Et arrive sur la table l’argumentaire en béton : indépendance énergétique face aux gaziers russes (la crise en Ukraine rend l’argument plus vendable encore), lutte contre le chômage (même si aux USA on estime que sont créés moins de 2 emplois par puits), baisse des prix de l’énergie (pour combien de temps). Face à un tel tableau, comment s’entêter dans l’opposition ?

Envisageons donc quelques points de « désaccord » :

Des réserves artificiellement gonflées…

Nous serions le pays béni des dieux du gaz. La France reposerait sur une réserve de 5 000 milliards de mètres cubes de gaz… Ébouriffant ! Pour un pays qui consomme environ 50 milliards de mètres cubes par an, nous serions tranquilles pour un siècle ! Pas moins… Ce chiffre est en réalité purement théorique, les donnés étant fournies par EIA (Agence d’Information sur l’Énergie américaine). Selon le New York Times, cette agence prétendument indépendante utilise des données de consultants directement liés à des entreprises du secteur de l’énergie. Un de leurs documents de référence aurait même été financé par l’industrie. On comprend mieux l’enthousiasme de cette agence… Mais tout n’est pas rose chez l’oncle Sam : la collusion évidente de l’agence avec le lobby du gaz a fait naître un certain nombre de dissensions en interne. Ainsi un géologue salarié de l’EIA dénonce le caractère « irréel » des chiffres fournis par les entreprises et d’en conclure: « l’EIA, indépendamment du nombre de spécialistes qu’elle a engagés, reste techniquement incompétente pour estimer les quantités de ressources restant à découvrir dans la nature ».

L’exemple polonais…

Autre pays béni des dieux gaziers, la Pologne avait vu ses ressources estimées à plus de 300 ans de consommation (3 fois plus que nous). Après quelques forages, les estimations ont chuté de plus 85%. L’exploitation devenant donc non rentable, les compagnies étrangères (Chevron en tête) ont jeté l’éponge. Il devient évident que les entreprises ont une fâcheuse tendance à gonfler leurs estimations dans le seul but d’obtenir l’aval des autorités et de pouvoir ainsi mettre le pied sur le sol européen.

Exploration, où est le piège ?

Pourquoi, nous disent les foreurs, nous empêcher d’évaluer le potentiel de notre sous-sol ? Parce que la seule manière de savoir, c’est de forer et de pratiquer la fracturation hydraulique sur chaque gisement que l’on vise. En résumé, pour savoir si on peut forer, il faut forer… Difficile dans ces conditions de ne pas voir dans cette volonté d’évaluation une habile manœuvre visant à contourner l’interdiction de forage. La recherche scientifique a bon dos. Relativisons tout de même la volonté et la capacité de résistance de nos dirigeants. Le gouvernement, s’il vient juste de refuser 7 demandes de nouveaux permis, n’a pas remis en cause les 61 permis d’exploration en cours de validité. Prudence donc, des foreuses sont en action sur notre territoire.

Le gaz et l’emploi…

Aux Usa, on avance que 500 000 puits auraient créé quelques 870 000 emplois. Difficile d’avoir des chiffres précis à ce propos. Le « pifomètre » semblant l’instrument de mesure le plus utilisé. En France, il est impossible de prédire l’ampleur des créations. Premièrement, je l’ai dit plus haut, car les estimations des réserves en gaz de schiste sont extrêmement approximatives, et probablement nettement surévaluées. Deuxièmement, parce que personne n’est d’accord, et dans la foule des hypothèses, difficile de trouver du grain à moudre (du gaz à brûler devrais-je dire…). Si on s’en tient aux calculs des partisans du gaz de schiste, on arrive à la conclusion que 60 000 emplois pourraient être créés en France. Aucune étude par contre n’évalue les pertes d’emplois liées à l’envahissement des puits.

Et le paysage français ?

Voilà bien, je le sais, un aspect du problème dont les industriels se contrefichent. Mais pourtant… Chacun le sait, la durée de vie des puits est extrêmement limitée. Conséquence, pour maintenir la rentabilité d’une concession, il faut forer et forer encore pour maintenir la production. Résultat, des paysages littéralement mités, des puits parfois distants de moins de 500 mètres aux USA, des milliers de camions sur de petites routes de campagne… L’enfer gazier. Imaginez ce type d’exploitation dans nos riantes campagnes parsemées de petits villages, de fermes isolées. La France ne peut pas, ne doit pas être, ne sera jamais un pays gazier. Il est temps de se tourner vers d’autres énergies, d’abandonner les énergies fossiles. Il est temps de faire taire les lobbys gaziers qui nous enferment dans un système mortifère.

pascal piveron

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