
DA SILVEIRA Je reviens avec plaisir au Battement d’ailes 1 . Au détour d’un bout de route, une ancienne ferme, des champs, une colline où s’entremêlent des bâtiments rénovés et des constructions plus récentes. On s’y sent tout de suite bien, c’est un lieu à la fois calme et énergique. La colline de Lauconie rassemble des habitants, des paysans, des artisans, des bénévoles. Comment cette mosaïque s’organise-t-elle ? Qu’est-ce qui pousse dans cet humus ? Balade sur une colline en mouvement.
Tiers-lieu agroécologique et culturel, imaginé collectivement depuis vingt ans, où l’on cultive la terre autant que les liens. C’est une solution concrète pour allier écologie, autonomie, partage, convivialité et transmission. Un espace qui se réinvente, où l’on vient aussi bien pour acheter une botte de carottes, que pour partager une chanson, pour apprendre à tailler un arbre fruitier, pour loger quelques nuits dans une yourte… C’est une respiration collective, une envie d’un autre rapport au temps, à la terre et aux gens.
Au fil des années, le site se transforme. Les jardins s’agrandissent, les espaces se diversifient, et l’on bâtit des infrastructures capables d’accueillir plus largement. Le Battement d’ailes ne s’est pas construit d’un seul geste, mais par couches successives, au rythme des mains et des idées qui s’y sont investies. Des rendez-vous réguliers structurent la vie du site. Tous les vendredis, un marché rassemble producteurs et artisans locaux. On y trouve du pain, des légumes, du fromage, des conserves, des tisanes, parfois du miel… Le mardi soir, le Bar des voisin·es ouvre ses portes, offrant un temps de rencontre et d’échanges informels.
L’accueil est une dimension importante. Le site propose plusieurs formes d’hébergement : un camping, des yourtes et des gîtes. Ces solutions permettent d’accueillir des voyageurs de passage, des groupes en séjour ou des participants à des stages. Les espaces mutualisés (salles de réunion, cuisine collective, extérieurs aménagés) servent également à des séminaires, des rencontres associatives ou des résidences de travail.
L’entretien et l’avancée, tant du site que des projets, demandent une présence quotidienne et mobilisent bénévoles, habitants et membres des collectifs, dans une logique de soin commun au lieu. Les activités qui en découlent assurent la continuité matérielle du projet et rappellent que le lieu repose sur une implication collective au long cours. La vie du Battement d’ailes se déploie sur plusieurs axes : alimentation, formation, culture, hébergement, convivialité. Chacun peut y entrer par une porte différente, mais toutes ces portes mènent à un même espace partagé, où se croisent des usages multiples et complémentaires.
Avec La ferme commune, entre autres, le site est aussi un lieu de production respectueuse des sols, de la biodiversité et des cycles naturels. Les pratiques mises en place visent autant à nourrir qu’à tester la faisabilité d’un modèle agricole moins dépendant des intrants et plus attentif aux écosystèmes. Les jardins et les ateliers ne sont pas seulement des espaces de culture : ils sont aussi des supports pédagogiques. Le projet revendique une dimension de transmission et de partage. L’idée n’est pas seulement de gérer un lieu pour celles et ceux qui y vivent, mais d’essaimer, de transmettre savoir-faire et pratiques, et de soutenir d’autres initiatives. Le Battement d’ailes, et bien plus encore : la colline de Lauconie
Noémie est la seule salariée du Battement d’ailes en ce moment. Depuis deux ans et demi, elle participe à la coordination des projets culturels. Elle a découvert le lieu par l’intermédiaire d’un ami. Aujourd’hui, elle s’occupe de la programmation des ateliers, de la communication et de l’animation
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du lieu et participe au comité de pilotage. Elle crée des temps de rencontre, d’entraide, de mise en réseau. « Chaque personne qui arrive enrichit l’ensemble. » Noémie répond patiemment à mes questions et me raconte les différentes strates du coin : le Battement d’ailes est membre de La Coopérative de la colline, structure associative qui relie les initiatives de la colline de Lauconie. Le collectif se vit au quotidien sur la colline et son rayonnement dépasse le voisinage immédiat. Parfois en décalage avec l’environnement local, le Battement d’ailes se pense comme un espace de ressources et d’ouverture, ancré dans un mouvement plus large. C’est à la fois un lieu de vie, un laboratoire et un point d’appui, où les circulations entre habitants, porteurs de projets et partenaires extérieurs font émerger une dynamique collective singulière autour de l’autonomie alimentaire et énergétique, des partages de savoirs et des expérimentations sociales.
L’agenda annuel est bien rempli : aux ateliers de danse traditionnelle, proposés deux fois par mois, s’ajoutent une fête annuelle en juin, cinq week-ends de transmission, celui de L’arbre en fête organisé avec le SAEL 2 , et, bientôt, les 20 ans du collectif. L’événement, en préparation, mettra en lumière les activités régulières du Battement d’ailes : bar des voisin·es, bal trad’, ainsi que les actions avec le Planning familial, la librairie et maison d’édition La Mérule, le centre Alice Guy 3 et le réseau S.a.f.e 4 qui auront lieu exceptionnellement hors les murs, à Tulle. « La fête se veut une ouverture, une occasion de faire du lien », souligne Noémie.
Des projets ambitieux : vers la création d’une foncière Alexia est habitante de la colline et ouvrière agricole en maraîchage. Elle s’est rapprochée du Battement d’ailes il y a trois ans et participe à un chantier structurant : la création d’une foncière pour permettre un accès plus égalitaire à la terre. « L’idée est née quand une maison voisine a été mise en vente. On a commencé à chercher une forme pour l’acquérir collectivement ». L’objectif est clair : protéger les biens (bâtis et terrains), faciliter l’accès au logement et éviter la spéculation. « On veut diluer la propriété, sortir des rapports de pouvoir liés à la location, et faire en sorte que l’usager ait de vrais droits : qu’on ne puisse pas le mettre dehors du jour au lendemain. » La foncière est pensée sans limites géographiques. Trois à cinq personnes, dont Alexia, portent la réflexion et échangent ponctuellement avec un groupe plus large pour s’assurer de la cohérence des avancées. Ils ont commencé par des arpentages de textes pour cadrer l’intention et se créer une culture commune. Puis des rencontres : notaire et juristes. Ils contactent d’autres expériences, comme l’Arban 5 et la ferme de la Rauze 6 . Les sujets à traiter sont nombreux : forme juridique, modalités d’entrée et de sortie, droits d’usage… Un point de vigilance revient souvent : l’égalité réelle d’accès. « L’origine sociale conditionne beaucoup la façon d’arriver dans un lieu. », explique Alexia. En filigrane, la foncière n’est pas seulement un montage technique : c’est une politique d’accueil et un partage du pouvoir sur le sol. Elle organise la rencontre entre des habitants, des activités économiques et un bien commun à protéger. La foncière est une manière de sécuriser l’avenir collectif. « La plus grande frustration, c’est le manque de temps, mais on avance pas à pas. », Alexia
MARIE





