
Être compagnon du réseau REPAS (Réseau d’Échanges et de Pratiques Alternatives et Solidaires), c’est découvrir le milieu autogéré, expérimenter la vie en collectif, participer à des chantiers, s’ouvrir à de nouvelles grilles d’analyses et de propositions. Et se dire que quand on ne sait pas, on peut l’exprimer.
Mais aussi, dire bonjour à tout le monde quand on arrive quelque part, se demander quelle était notre vie d’avant, et vivre avec 2 pulls pendant 4 mois !
34 ans, avec un besoin d’agir en cohérence avec ses idées et idéaux. Construction d’un poulailler et d’un système de phytoépuration avec d’autres compagnons, immersion dans une coopérative paysanne puis dans un centre agroécologique et culturel. [pas de pharse…]
Depuis février, j’ai les ongles noircis de terre, des couleurs au visage à force de rester dehors, la tête et la barbe en friche, et le sourire au coin des yeux.
Désherber, planter, pailler, visser, scier, assister aux réunions et aux AG, se positionner et réfléchir… Je profite donc de cette période autant à joindre mes mains à celles des autres, qu’à questionner les acteurs de l’économie alternative et solidaire, à politiser mes pensées personnelles écologiques, sociales et humaines, et re-prendre confiance en mes idées et mes talents.
Je prends conscience que depuis trop longtemps les dernières phalanges de mes mains ne m’ont servi qu’à presser des boutons de claviers ou de télécommandes, que mes douze années de salariat en entreprise m’ont appris à courber l’échine et à me vider de mes rêves. Et finalement, je me rends compte aussi qu’on m’avait un peu appris l’aumône, mais pas la solidarité.
Je n’ai pas d’idée précise sur mon après-compagnonnage. Peut-être que j’aurais besoin d’encore un peu de temps pour faire mûrir mes envies et décider par quoi passera mon engagement : participer à la création d’un lieu collectif, rejoindre une équipe existante, ou autres choses ? Je vis ce moment, au présent, comme un levier fort et sensible qui m’invitera prochainement, je me le souhaite, à me réaliser pleinement. Je vois l’avenir avec confiance et envie.
La promotion 2016
Agés de 22 à 35 ans, diplômés ou non, en provenance de nombreux secteurs – agriculture, social, associatif, culture – nous sommes 21 personnes venant de toute la France à participer à cette aventure. Nous venons pour certains avec l’envie de vérifier des engagements déjà bien présents, et pour d’autres, avec la volonté de s’ouvrir vers d’autres formes d’organisation de vie et/ou de travail, ou encore, de façon plus intime, tenter de remettre du sens dans nos vies.
Ce parcours est accompagné et encouragé par les permanents des structures engagés, les salariés et bénévoles, habitants des localités que nous rencontrons par le débat, les rires et les coups de main. Ce n’est pas seulement un voyage personnel, il y a des urgences – économiques, écologiques, sociales, éthiques – dans nos sociétés auxquelles ils nous demandent de répondre ; alors cela bouscule de temps à autre : « L’autogestion c’est comment je m’approprie ma vie et ma prise de décision. C’est une prise de pouvoir, une philosophie, mais aussi un mode d’organisation », « Comment je me situe par rapport à mon travail ? Maître ou esclave ? Pour moi, les enjeux du travail, c’est la réalisation d’une utopie », ou encore, « Quand on essaie de prendre une posture, on se vautre ! », « À ceux qui veillent au bien, la non-coopération avec le mal est un devoir autant que la coopération avec le bien ! », et aussi, « Parfois les personnes qui arrivent dans nos entreprises, pensent que l’on a réponse à tout et que tout se passe facilement pour nous, mais nous sommes tous des gens ordinaires… »
Un temps riche de questionnements
Le compagnonnage REPAS n’a pas vocation à nous apprendre un métier, mais à nous initier au travail coopératif. C’est aussi un temps que nous pouvons prendre pour nous ré-interroger sur des questions de fond. Extraits :
– Quels sont les questions sociétales et politiques qui m’animent aujourd’hui ? Suis-je capable de me ré-accaparer des questions économiques, juridiques et politiques ?
– Est-ce qu’on a le droit de refuser ? À quel moment doit-on désobéir ?
– Pourquoi vivre sans patron ? Et si nous décidions par nous-mêmes ?
– Comment vivre mes idéaux pour rester vivant ? Changer le monde ou chercher à m’impliquer dedans ?
– Qu’est-ce qui me fera avancer le plus : expérimenter à partir de ce que je connais déjà ou partir à la découverte d’autres choses ? L’apprentissage par formation ou par expérimentation ?
– Comment exprimer ses propres convictions sans fragiliser un groupe ? – Comment un groupe vit avec son environnement extérieur ?
– Quand je consomme, à qui je donne mon argent ?
– Qu’est-ce que je donne à mon corps pour me nourrir ?
– Combien d’argent minimum me faut-il sur mon compte en banque pour me sentir rassuré ?
Une sélection rassemblée sur le chemin :
– Des films : Merci patron ! François Ruffin, Jimmy’s Hall Ken Loach, L’an 01 Gébé, Être et devenir Clara Bellar
– Des livres
Société – Famine au Sud Malbouffe au Nord Marc Dufumier, L’empire de la honte Jean Ziegler, La Terre en héritage Jean-Marie Pelt, Être radical Saul Alinsky
Sur les alternatives – Les Sentiers de l’utopie Isabelle Frémeaux et John Jordan, Les dernières heures du soleil ancestral Thom Hartmann, les Editions REPAS
Économie – Ecologica André Gorz, De la convivialité Ivan Illitch, La stratégie du choc Naomi Klein.
Des outils pour travailler ensemble en collectif : Plaisir d’être en réunion Béatrice Poncin et Faire ensemble Robina McCurdy
Approcher un autre fonctionnement du travail
Cela fait près de 20 ans que les structures coopératives du réseau REPAS proposent un compagnonnage à travers toute la France. Ces structures collectives autogérées tendent vers un fonctionnement valorisant au mieux les salariés (ex : hiérarchie horizontale, choix de son temps de travail, diversification des tâches, outils pour exprimer ses difficultés ou ses envies…), et en lien avec leur environnement (production au plus écologique, implication dans le territoire, stimulation du lien social…).
Ces entreprises se développent dans différents secteurs d’activités : maraîchage, boulangerie, production de bois, ressourcerie, centre de formation d’agriculture bio, café culturel, etc… Pour cette année 2016, différentes structures ont voulu partager leurs expériences. Autour de la Corrèze, on retrouve Ambiance Bois, Le Monde Allant Vers, Champs Libre, Court-circuit et le Battement d’Ailes.
Patrice Le Saec



