
Chers Sénateurs,
J’utilise l’adjectif « cher » eu égard aux émoluments dont vous bénéficiez pour accomplir votre tâche de parlementaire. J’utilise « tâche » eu égard à la décision que vous venez de prendre.
Quelle mouche vous a piqué ?
Tous deux, comme un seul homme allais-je dire, mais il est des jours où je préfèrerais que vous ne fassiez qu’un, voire moins, venez donc de rejeter le projet de loi visant à interdire les néonicotinoïdes ! Je lis dans vos yeux, fatigués d’une harassante journée de travail, que vous ne savez pas ce qu’est (je propose d’enlever le « qu’ ») un néonicotinoïde. Ce n’est pas une nouvelle marque de cigarettes. Les néonicotinoïdes, ce sont des insecticides utilisés dans l’agriculture pour se débarrasser des petites bébêtes qui font rien qu’à détruire les plantes. Mais, le problème des néonicotinoïdes, c’est qu’ils tuent aussi les abeilles, et que les abeilles, elles, sans le savoir, avec leurs petites papattes, elles contribuent à la pollinisation des plantes, en dehors de faire du miel, bien entendu.
Alors, Messieurs les Sénateurs de la Corrèze, quelle abeille vous a piqué pour que vous décidiez d’empêcher l’interdiction ? Ou plus exactement, pour reprendre le titre de France Soir, « de vous prononcer pour une diminution progressive des néonicotinoïdes » sans fixer de délai d’interdiction, ce qui revient, vous l’aurez compris, à maintenir l’autorisation.
Quel moustique vous a donc piqué ?
Je vous imagine tous deux dans l’hémicycle, par un début d’après-midi de printemps, vaguement somnolents, repus de viande en sauce que la cantine du Sénat vous concocte journellement, ouvrir le dossier des néonicotinoïdes, plisser votre front soucieux en vous disant : « Ça me rappelle quelque chose ! ». Et votre voisin de droite (ou de gauche c’est pareil), vous pousser du coude en vous disant : « Ça c’est encore un coup des écolos avec les pesticides ! ». Les mots sont lâchés qui vous sortent de votre torpeur, vous vous extirpez brutalement de vos fauteuils moelleux, comme qui, d’un coup, aurait quelque chose à dire, votre flamme CPNT (Chasse Pesticide Nature et Tire-bouchon) se rallume et, on va voir ce qu’on va voir. Et, si en plus de ça, ça peut faire chier les socialistes !
Quelle libellule t’a donc piqué toi et ton voisin d’hémicycle ?
Oui, parce qu’au fond, foncièrement, t’as aucune raison toi, personnellement de faire chier les abeilles, peut-être même, qu’à temps perdu, t’es un grand-père, un papounet qui fait sauter ses petits enfants sur ses genoux, qui les emmène en balade dans la campagne corrézienne en leur expliquant : « Tu vois, mon petit, ça, c’est des ruches et ça fait du bon miel… c’est les abeilles avec leurs patounes, et patati, et patata… »
Mais quel coléoptère t’a donc piqué ?
Donc, au fond, ton idée, ton programme politique, tu m’arrêtes si je dis une connerie, c’est de faire plaisir à tes copains en faisant chier tes adversaires, au fond, la planète, tu t’en bats les jumelles, le réchauffement climatique, la disparition de l’ours polaire et de Maya l’abeille, c’est le dernier de tes soucis.
Mais quelle infirmière vous a piqué ?
Des comportements pareils, ça me donnerait presqu’envie de voter socialiste. Mais je ne le ferai pas, parce que moi, j’ai un programme.
Jean-Marc Vareille



