Pour rendre hommage aux princes et princesses de notre temps, on ne dit plus une messe, surtout lorsqu’ils ou elles sont « de gauche ». Par contre, la tradition du cénotaphe, variante sans corps du mausolée, a toujours cours. C’est ainsi qu’à Uzerche, en mars 2017, a été maçonnée en grande pompe la première pierre de l’auditorium Sophie Dessus, députée maire de la ville décédée brutalement un an plus tôt.
Avant d’aller plus loin dans le propos, qui sera une invitation à ne pas tout confondre, je tiens à préciser quelques points. Moi aussi j’ai rencontré Sophie Dessus à de maintes reprises et je lui trouvais, moi aussi, d’indéniables qualités humaines plutôt rares dans le monde qu’elle fréquentait. Moi aussi j’ai été sincèrement peiné de sa disparition subite et je ne trouve pas complètement illégitime de lui rendre hommage pour son action sur le territoire. Pour autant, je trouverais honnête de la part de journalistes, surtout quand ils écrivent dans l’Echo, de distinguer dans le brouillard des larmes surannées de l’émotion ce qui est du domaine du respect dû à chacun de ce qui est du domaine de la politique. Ils nous feraient croire que la mort absout toutes les querelles qui fondent la démocratie. Mais surtout, ce faisant, et dans leur zèle ému qui porte à la connivence, ils nous montrent à quel point la mort révèle la réalité du consensus des notables qui nous dirigent. Ce consensus qui invite de plus en plus de citoyens, se sentant légitimement dépossédés du pouvoir, à se tourner vers d’autres bonimenteurs. Voyez par vous même la litanie des hommages des huiles sublimée dans l’article de L’Echo.info du 3 mars 2017.
Au nom de la région Nouvelle-Aquitaine, Pascal Cavitte a cité un vers de Victor Hugo traduisant son état d’âme « La mélancolie, c’est le bonheur d’être triste ». Le président Pascal Coste a salué une « femme bâtisseuse », affirmant « ce projet est bien là et nous serons tous là pour le défendre. Il faut le faire vivre ». « La culture était une priorité pour cette petite-fille d’académicien et parente de Simone de Beauvoir » a rappelé le sénateur Daniel Chasseing. « En transformant ces friches industrielles en lieux de création artistique, l’utopie a pris vie » s’est réjoui le député Alain Ballay. La culture a ensuite pris le pas de danse contemporaine dans cette salle habillée de couleurs. Sur un tapis blanc, les danseurs de la Cie Koubi ont livré un extrait de leur prochaine création, un moment unique mêlant grâce, puissance physique des mouvements et sensualité des corps dans un ballet intense ascensionnel. Le chorégraphe Hervé Koubi pouvait rappeler à tous à quel point « Elle aimait les artistes. Merci Sophie. Nous sommes là ». Une belle preuve d’amour.
Un chantier à 3,7M euros…1
Notez l’enchaînement. J’avoue ne pas savoir quelle est l’opportunité réelle, hors l’hommage du cénotaphe, d’un auditorium au gradin fixe de 330 personnes. Je ne sais pas non plus quelle en sera son accessibilité. J’avoue avoir des doutes sur les deux. Ce dont je ne doute pas c’est qu’en ces temps troublés de politique libérale particulièrement délétère pour nos territoires ruraux, un hommage digne pour une femme de gauche aurait pu être tout autre. Par exemple : la création d’un emploi associatif Sophie Dessus, pour soutenir l’économie solidaire sur le territoire. Avec 3 700 000 euros, selon le modèle des feus emplois associatifs région, il était possible de financer environ 100 postes sur 3 ans. 100 postes mais aussi potentiellement 100 nouvelles activités pour dynamiser le territoire et peut-être faire revivre effectivement cette papeterie, qui à part quelques flamboyances, est bien morne et bien triste pour un « écoquartier ».
1- 3.700.000 euros HT, subventionné à hauteur (maximale) de 80%. Les travaux sont financés par l’État (34 % : 1.250.000 euros), l’Europe (21,5 % : 800.485 euros), la Région Nouvelle-Aquitaine (14,5 % : 539.515 euros), l’autofinancement de la commune (20 % : 740.000€) et le Département (10 % : 370.000 euros).
Philippe Van Assche





