
« Tiens, c’est pas un peu radical, comme méthode ? » est l’idée qui m’a traversée quand mon amie Claire, 37 ans, skyzophrène depuis notre adolescence, résidante en foyer occupationnel depuis bientôt 15 ans, a subi une ablation de l’utérus il y a quelques mois. Suite aux effets secondaires des nombreuses prises médicamenteuses liées à sa maladie, elle avait en effet développé des fibromes utérins, et cette solution lui a été présentée comme la plus simple et la plus efficace, d’autant plus que Claire a toujours clamé qu’elle n’aurait jamais d’enfants…
Sauf qu’a priori un utérus n’est pas juste un sac vide qui sert à fabriquer du mouflet en série.
Une pratique courante
La semaine dernière, c’est une autre personne dont j’apprends qu’elle a subi une « hystérectomie » à 40 ans, suite à un prolapsus (descente d’organes). Encore une fois, on lui a présenté l’ablation totale de sa matrice comme plus pratique et efficace. Décidemment, j’ignorais qu’en dehors d’un cancer de l’utérus ou d’une volonté de changer de sexe, on avait d’autres bonnes raisons de le passer entièrement au rebus. Ma curiosité irrémédiablement engagée, mes recherches m’ont appris qu’environ 70 000 hystérectomies sont pratiquées chaque année en France, dont moins de 15 % pour traiter un cancer ou un prolapsus. La graaaande majorité des interventions est réalisée pour supprimer des fibromes utérins.
Mais pourquoi, alors que la plupart des fibromes utérins, parfois douloureux ou gênants, sont bénins ? Certains disparaissent même spontanément à la ménopause, et on peut de toute façon les traiter par des méthodes moins radicales, naturelles ou allopathiques.
La Corrèze ne fait pas dans la finesse
Encore plus saisissante, une enquête de Jérôme Vincent (1) met en lumière les départements français dans lesquels les taux d’hystérectomie sont les plus forts ou les plus faibles, m’apprenant que les dits-taux varient très fortement d’un département à l’autre !
Ainsi, ce taux varie de 147 pour 100 000 à Paris à 266 en Corrèze, Corrèze qui fait partie des 9 départements « hystérectomisant » le plus, avec la Savoie et la Martinique. Allez, enlevez-moi donc tout ce bazar, qu’on n’en parle plus.
D’autres études conduites à l’étranger (malheureusement sans équivalent en France) soulignent que ce sont les femmes au niveau économique et éducatif les plus bas qui sont davantage soumises à une ablation de l’utérus. Que faut-il en conclure ? Que les médecins n’ont pas toujours envie de s’emm… avec des traitements dont il faudra assurer le suivi et dont on n’est pas sûr de l’efficacité (il faudra peut-être tatônner, réadapter… bref y passer du temps) ? Que les injonctions médicales sont plus suivies par les femmes dont la confiance en elles laisse à désirer ?
Il convient d’ajouter qu’une intervention coûte en moyenne 500 €. Tout cela est décidemment un peu troublant.
Des effets secondaires en pagaille
On ne mesure sans doute pas assez en amont les conséquences sur la vie sexuelle et psychologique des femmes opérées. Les effets secondaires varient selon le type d’hystérectomie (partielle, totale), mais à long terme on retrouve souvent un rétrécissement du vagin, une forte baisse de la libido, et une défaillance des ovaires qui ne sont plus approvisionnés en sang suite à l’opération. Ces derniers ne produisant plus d’hormones femelles, les femmes voient leur risque de perte osseuse augmenter (la fameuse ostéoporose), ainsi que celui de sécheresse vaginale, d’incontinence urinaire et de cardiopathie ischémique (les artères du coeur qui galèrent…). Pour pallier à tout ça, certaines femmes se tournent alors vers un traitement de remplacement hormonal, mais qui présente d’autres effets secondaires… Sans compter les nombreuses dépressions recensées chez les femmes opérées.
En gros les louloutes : l’hystérectomie, c’est indispensable en cas de cancer de l’utérus, d’hémorragie de l’utérus (hyper rare), et dans les cas graves d’endométriose. Et n’oublions pas le cas des transgenres, pour qui cette opération peut venir finaliser une démarche de changement de sexe. Mais en dehors de tout ça, il est préférable de bien peser les avantages et les risques qu’elle représente. Ses effets sont très lourds et irréversibles, l’hystérectomie doit donc rester une solution de dernier recours, et pas une opération à la mode… de chez nous visiblement.
Allez, même en Corrèze, ni Dieu nichons !
L’embolisation des artères utérines, l’endométrectomie, la myomectomie, la thermocoagulation permettent en effet d’éviter l’ablation pour certaines pathologies utérines. (source : « le point santé », article du 10/12/16)
Sousou



