
On pourrait croire que devenir grand-mère file un coup au casque. Ben non. Vieillir c’est avoir tous les âges en même temps, accumuler des plaisirs, des émotions, des douleurs, des joies, des détails, des grands moments de tous les âges, bref être de plus en plus riche. Donc aucun coup au casque. Je suis même ravie, en devenant grand-mère me voici devenue une Artisteeee pouvant parler de son art, enfin !
J’y avais pensé, il y a trente deux ans en devenant mère, que plus tard ce serait bien cette ouverture sur l’enfance, sans la trouille au ventre de mal comprendre, mal faire, mal aimer. Et voilà, ma fille est entrée en compagnonnage, je n’ai jamais posé de question, et c’est là. Je deviens artiste. C’est très simple : comme dit notre professeure de théâtre, savoir observer et copier. Je regarde, j’écoute et je copie, youpie.
Tout a commencé par l’annonce et mon apprentissage des nouveautés édictées depuis ma reproduction personnelle dont le zéro alcool que je reconnais n’avoir jamais entendu. Ma fille m’a affirmé : « mais enfin maman, depuis tout le temps c’est zéro alcool ». J’ai retenu le reste de mes souvenirs de vieille post soixante-huitarde, des années soixante dix. Et j’ai fait comme eux. J’ai attendu, effarée devant la sur-surveillance qui filerait des angoisses au plus serein des futurs parents s’ils existent, et, sans explication superflue, j’ai compris le choix de l’accouchement à domicile. J’ai apprécié leur capacité à dire leur désir d’être à trois quelques jours, sans parasitage grand-parental immédiat.
Et…, je me suis posé ma grande question : « comment me faire appeler ? ». Ah, ah, me choisir un nom, la grande aventure, le grand remue-méninges. Il m’en est passé des jolis, abandonnés une fois mis en bouche, puis comme, en définitive, trouver un nom est une bien grande décision, j’ai opté assez vite pour la facilité : mon surnom familial largement usité par ma grande famille. Auquel les deux tourtereaux ont ajouté immédiatement mamie devant. Non, ai-je affirmé, sans mamie, et j’étais affirmative. Sans doute pas assez, ma fille m’a regardée comme elle sait le faire affirmative puissance 10 « non mais c’est quoi là votre génération ? Franchement, y a des noms suffit de les prendre non ? Moi, je me fais appeler maman et toi t’as fait pareil, alors ? ».
Bon le nouveau nom très joli mamielala a été adopté. Et j’adore mamie, ma mie, donné comme un cadeau.
Je n’ai rien lu pas prête au recommencement type comparaison de couches ou au questionnement genre « comment faire quand votre fille devient mère ». Là, j’y vais au plaisir et au ressenti. Et le grand, le plus grand, l’immense plaisir c’est voir sa fille avec la sienne. Je me souviens lui avoir dit, quand elle entendait son nourrisson pleurer sans trop savoir quoi faire, « ça fait un truc là, au coin du ventre hein ? », elle m’a regardée, et répondu doucement, avec un hochement de tête, oui, comme si on se reconnaissait. Ma fille, elle, a lu. Logique. En particulier elle a cherché Les instincts maternels de Sarah Blaffer Hrdy, sociobiologiste et primatologue, alors épuisé. J’ai trouvé et offert. Elle me l’a repassé ensuite, me disant, ça te plaira. On se connaît un peu toutes les deux. J’ai lu et apprécié. Passionnément. J’y ai gagné un langage commun, l’essentiel, et découvert un rôle à ma mesure « alloparent », joli n’est-ce pas comme nom scientifique ? Et c’est ainsi que j’ai commencé à être une artiste.
Mamielala



