Pour la première fois en plusieurs décennies, le taux de mortalité en France a fortement augmenté en 2015. Cette anomalie n’en est pas une si l’on considère aujourd’hui l’état de la santé dans notre beau pays.
La lente et inexorable destruction de nos services publics s’accélère, malgré les mobilisations et les luttes de tous les acteurs de ceux-ci. S’il est un service public symbole de cet acharnement libéral, ce sont les hôpitaux. Aujourd’hui, en cas de problème majeur de santé, on peut encore être pris en charge plus ou moins rapidement et avec qualité, quelque soit le lieu où l’on se trouve. Mais le compte à rebours est lancé. Les effets de la RGPP [manque une note de bas de page] et des diverses réformes néo-libérales à la sauce anglo-saxonne sont terribles pour le service public hospitalier, et plus largement pour la politique de santé. On ne vous demande pas encore votre carte bleue avant d’aller vous faire soigner, mais votre carte verte. Cela n’a que trop duré aux yeux de ceux qui considèrent notre santé comme une vulgaire marchandise sur laquelle il faut socialiser les dépenses et privatiser les profits. Autrement dit, faire des lieux de soins des entreprises privées à forte rentabilité. Pour parvenir à ce sabotage en règle, la recette est connue. On met en place les fameuses Agences Régionales de Santé, on diminue les budgets alloués aux hôpitaux, et l’on met à leurs têtes des directeurs dont la gestion est la même que pour une entreprise. Pour trouver de l’argent, pour que « son » hôpital soit bien noté par cette fameuse ARS et bénéficie de crédits supplémentaires l’année suivante (sur le dos des autres hôpitaux bien sûr), on fait preuve de méthodes de management dignes du dix-neuvième siècle. On compresse les personnels jusqu’à bout (des semaines à près de 90 heures pour certains), on sous-traite certaines activités, comme le nettoyage (et l’on remarque que les maladies nosocomiales explosent), on limite les durées d’hospitalisation, on refusent certains actes médicaux jugés non rentables au profit de ceux qui rapportent. Le résultat est sans appel : des équipes de professionnels démotivés, un travail en équipe qui existe de moins en moins, une perte de sens des métiers. Les patients se retrouvent souvent face à un système qui ne leur explique plus leurs pathologies ou les soins prodigués, qui ne prend plus soin d’eux au-delà de la simple technicité des actes médicaux. Quand on sait que la fréquentation des Urgences a doublé ces dix dernières années en France, avec des moyens en baisse constante, c’est un miracle qu’il n’y ait pas plus de drames humains.
Et on ne s’embête plus avec cette idée archaïque de l’égalité devant les soins. Les petites structures ne peuvent être rentables selon les nouveaux dogmes managériaux. Donc on les ferme. Les exemples ne manquent pas de maternités qui ont été fermées ou sur qui pèsent une menace.
Alors que l’accès pour tous au service public de santé a constitué un progrès majeur ces dernières décennies, nous voyons de plus en plus de personnes qui renoncent à se soigner faute de moyens pour se déplacer de plus en plus loin ou dans l’incapacité de payer ce qui avant était assuré par la collectivité. Désormais, il faut payer des mutuelles ou des assurances privées pour êavoir une chance d’être soignés.
Cette santé pour tous, c’est l’un des acquis les plus précieux du programme du Conseil National de la Résistance, assumer collectivement ce qui nous attend tous un jour ou l’autre : voire notre vie confiée à des structures et personnels de qualité, quelque soit notre origine et nos revenus.
Il est plus que temps de se battre pied à pied contre toutes les fermetures d’hôpitaux et de services, pour l’embauche massive des différents métiers de la santé, pour un accès gratuit aux soins sans distinction aucune. Et mettre au centre des priorités une politique publique de santé axée sur l’éducation, la prévention, et faire taire ces labos pharmaceutiques qui jouent avec nos vies en fonction de la courbe du CAC 40.
- Extrait d’« étudiant – poil aux dents » de Renaud
Dersou Ouzala





