
Le printemps est revenu ! Le soleil se fait chaud et incite à contempler paisiblement l’éclosion des premières fleurs qui envahissent les prairies et sous bois. Chien et chats sont comme joyeux du retour des beaux jours et gambadent comme des fous. Mes enfant grandissent et s’épanouissent harmonieusement. Depuis quelques jours l’heure de ma retraite a sonné. Je vais gagner plus en faisant la même chose (avant j’étais chômeur) Bref tout va bien. Il est 13 heures, c’est le moment d’aller savourer un pastis en chauffant ma gueugueule au soleil.
Empli de cette heureuse paix bucolique, je ne pense plus à Trump, Poutine, Erdogan, Orban et consorts, je ne pense plus aux somaliens qui crèvent de faim, aux femmes violées, lapidées, aux réfugiés qui se noient en méditerranée ou pourrissent en rétention, je ne pense plus aux Le Pen, Fillon, Macron qui nous pendent au nez, aux bidochons décomplexés qui, planqués derrière leurs claviers, polluent l’espace numérique de leurs logorrhées fascisantes, je ne pense plus au climat qui se réchauffe ni aux espèces qui disparaissent. Je pense juste que je mérite un premier prix de zénitude.
Pas pour longtemps ! La lecture d’une brève du Canard me plonge dans un spleen profond. Je vous la livre.
La société British Condom va commercialiser un préservatif « intelligent » et connecté. Il va permettre de mesurer, entre autre, le rythme des mouvements, le nombre de positions pratiquées, la durée de l’acte, le nombre de calories brûlées (ça c’est pour les obèses qui ont choisi le régime « sport de chambre ») et comble de la modernité de partager ses performances en ligne.
Arrivé là je me pose quelques questions. Une partie de jambes en l’air serait assimilable à un sport ? Jamais je n’avais vu les choses sous cet angle et heureusement. Débandaison et fiasco étaient assurés. Anachronique vieillard que je suis je n’avais jamais pensé qu’à intimité, amour, plaisir et jouissance partagée. Et puis que devient la partenaire dans cette histoire ? Un tapis d’entraînement pour préparer un championnat du monde de coït ?
Ces salopards sont en passe de faire triompher leur sacro-sainte compétition mortifère au plus profond de notre vie intime. De rage je vide mon verre cul sec et vais m’en servir un autre, thérapeutique celui-là, c’est à dire bien chargé. J’allume une cancérigène bien roulée et le sirote en laissant flotter mes pensées.
Compétition… Consommation… Marketing… Publicité…
Publicité ! Je hais cette mère de la surconsommation, cette génitrice des dividendes indus.
Me reviennent alors en mémoire quelques réclames de mon enfance. C’est comme ça qu’on appelait la pub dans les années soixante. Elles étaient moins invasives mais déjà perverses.
Pour le vin cuit, « Dubo, Dubon, Dubonet ». Après l’apéro bon enfant on passe au gros rouge : « Kiravi : le velours de l’estomac » Et quand bien torché, et l’ulcère douloureux on vire féministe radical, « Moulinex libère la femme » il est l’heure d’aller vomir.
Mais la plus belle de toutes est pour une eau minérale de la région de Vichy : « Buvez Charrier l’eau radioactive ». Si si, je vous jure et à l’époque ce n’était pas la seule qui faisait sa pub sur le thème. « note de bas de page 1 Pour les incrédules j’ai regroupé quelques pubs et étiquettes à l’adresse : trousseradioactive.ouvaton.org »
Quand on sait que mes biberons ont été fait à l’eau de Charrier on a peut-être l’explication de cette chronique insensée.
Brice




