
Comme on peut vite dégringoler : une hospitalisation, des rendez-vous manqués, en quelques mois Issa a perdu son appartement et s’est retrouvé à la rue.
Il a la trentaine et vit seul dans un quartier de Brive, Gaubre-Tujac. Il se dit mal entouré, un voisin le colle, essaie de le mêler au quartier. Issa est déjà suivi au Centre médicopsychologique. Cet hiver il s’est senti déraper. Il reste enfermé, beaucoup. Se force à sortir pour aller à ses rendez-vous médicaux, administratifs mais n’y arrive pas, un blocage. Il sort de chez lui et rentre sans être allé au rendez-vous, ne sait pas l’expliquer. Il continue de travailler sur les marchés, pour fréquenter des gens normaux. Mais les gars du quartier le traitent mal. Issa tombe en dépression, il est sur le point de faire une connerie, encaisse jusqu’à ce que ça éclate. Un matin, il se réveille à l’hôpital, attaché. Il ne comprend pas ce qu’il fait là, comment il est arrivé là. C’est l’imam du quartier qui a appelé pour qu’on vienne le chercher. Division au sein de la même communauté, certains poussent dans un sens ou dans l’autre, mais personne n’envisage de vous laisser trouver votre propre chemin. « Le voisin qui colle veut que je vende de la drogue, que je participe aux conneries. Moi je ne veux pas, j’ai des enfants. J’ai déjà perdu mon droit de visite depuis un an, j’ai raté une visite. Ils s’en foutent. Ils insistent. On s’embrouille. Je me fais cracher dessus. »
PIERRE PARCŒUR





