
Je prends plusieurs fois par an un trajet qui passe par Lapalisse et rejoint, à proximité de Digoin, la nationale N79, puis la N70 vers Chalons-surSaône. Je connais les deux morceaux de nationales, je les ai vus être modifiés, bouleversés de travaux, évoluer de deux voies en trois, puis en deux fois deux voies sur certains tronçons. Le 2 mai, empruntant le trajet habituel, je me dirige vers la bretelle pour rejoindre la N79 et comprends que c’est maintenant une autoroute. À péage. En « flux libre ». C’est le genre de truc dont je me méfie : le mot libre, après le mot péage. J’ai très vaguement compris qu’il n’y avait pas de station de péage, mais des enregistrements réguliers de plaques d’immatriculation. Le libre signifie que vous ne savez pas vraiment où commence et où finit le péage : vous y entrez, en pleine liberté mais sans en avoir vraiment le choix, tout du moins la première fois. Ayant très vaguement compris que je réglerai par Internet, sous 72 heures, j’ai essayé de retenir le nom du concessionnaire, puis, j’ai oublié. Comme j’ai oublié de payer.
20 – LA TROUSSE CORRÉZIENNE N° 47
contestataires doit suffire pour que l’association dans laquelle on est investi soit considérée comme non respectable, « séparatiste ». Au sein des associations, on est alors implicitement conduit à se demander qui peut-être considéré comme « dangereux » par l’État 3 . Ce dernier vise donc à ce qu’elles fassent le tri par ellesmêmes, excluent les « mauvaises graines 4 », selon la même logique discriminatoire et ségrégative que le crédit social chinois : disqualifier et écarter les personnes ne se conformant pas aux exigences du régime. Et après avoir déployé un tel mécanisme sournois et discriminatoire, l’État se permet de faire des leçons de républicanisme !
1. Suivi des déplacements, des paiements et des échanges télécommunicationnels, vidéosurveillance avec reconnaissance faciale, etc. 2. Lire « Les préfectures coupent sournoisement les vivres aux associations », IPNS, journal d’information et de débat du plateau de Millevaches, n° 81, décembre 2022 (et La Trousse, n° 45). Ainsi que Julien Talpin, « Loi séparatisme : la critique associative face au contrat d’engagement
Inquiète de l’aventure narrée par Le Canard enchaîné du 10 mai, vécue par un automobiliste pour qui 0,60 € s’est transformé par la liberté des pénalités en 90 € en un mois, je tape sur le net « flux libre ». Dingue : je tombe direct sur le bon site ! Le contour de Digoin, gratuit avant, me coûte maintenant 0,30 €. Quelle est la liberté de prendre un morceau d’autoroute, sans même le savoir, pour avoir ensuite la liberté d’être obligée de payer ? Je ne prendrai plus ce truc. Je verrai Digoin. J’ai regardé la carte, je crains que cela ne continue, il reste beaucoup de morceaux de terre libres.
républicain », AOC, 17 février 2023 (urlr.me/fTtkM). 3. Cela implique de décaler le regard : ne plus considérer ce qui semble conforme à l’intérêt général mais la représentation subjective de l’État autoritaire et paranoïaque. 4. Un article du Collectif contre la contre-insurrection évoque la « doctrine de guerre révolutionnaire » développée lors de la guerre d’Algérie mais qui s’avère « encore bien présente à l’esprit de la classe dirigeante française », qui est « une boîte à outils pour tuer les révolutions dans l’œuf, en coupant les rebelles du soutien de la population » pour réduire leur possible influence : « L’écoterroriste, un ennemi intérieur de plus ? », Enquête critique, 18 janvier 2023 (urlr.me/Fz4nV). Il semble que ce soit la logique appliquée.
MARIE-LAURE PETIT





