
Il est des parcours de vie qui méritent le détour. Pour savoir, comprendre, réfléchir et agir. Pour l’espoir aussi. Celui de Karim MOKHTARI est suffisamment singulier et porteur pour qu’on s’y arrête.
De « l’itinéraire d’un enfant cassé » à celui d’un adulte « réparateur et constructeur »
Karim a raconté son histoire dans un livre co-écrit avec Charlie Carle. « Rédemption, Itinéraire d’un enfant cassé ». Poignant. Et incroyablement … positif ! Parce qu’il fait la part belle au formidable potentiel qu’il y a en chacun de nous de prendre sa vie en main. Pour peu aussi que sur le chemin de la liberté, il y ait de l’écoute, de la confiance et un peu d’amour.
Une enfance terrible, terrifiante. Une jeunesse qui passe de violence en violence. De foyers d’éducation spécialisée en établissements pénitentiaires, de tentatives de suicide en grève de la faim, de mitards en passages à tabac, Karim livre un combat permanent. Un combat pour survivre.
Et puis … Le travail sur soi, la réflexion, l’envie de se façonner un autre destin et d’agir. Des personnes aussi. Qui accompagnent, font confiance, offrent des opportunités et parient sur la possibilité de changement de tout un chacun.
Des itinéraires pour tous
Raconter un vécu est important. Le transcender pour qu’il ait un sens et serve à autrui plus encore.
Fort de son expérience, Karim poursuit son chemin dans une voie d’encadrement et de décideur. Très engagé, il participe, s’investit, parraine et met en place. Associations, structures et programmes. Parmi les plus connus, Unis-Cité qui accompagnent les jeunes volontaires en Service Civique, Carcéropolis, qui présente l’univers carcéral et sensibilise autour de la question, et 100 Murs qui, entre autres, forme des professionnels éducatifs et judiciaires accompagnants des jeunes mineurs placés sous main de justice. Autant d’itinéraires possibles pour s’informer, comprendre et agir. Multipliant ses interventions, cet homme qui revient de loin, sillonne les routes. De Strasbourg à Nantes en passant par Montpellier et même la Corrèze. De conférences en débats, de Sciences Po en universités, jusqu’aux petites salles de province, il raconte, explique, nous donne des pistes de réflexion et d’action.
Changement de direction
Pour regarder autrement. Les autres, l’avenir, la société. Pour modifier le regard que nous portons sur celles et ceux qui se sont arrêtés sur la case prison.
Karim porte aussi ce message partout : « L’homme est capable de changer. De s’améliorer. Cela doit nous apporter l’espoir et l’envie de construire une société plus juste. » S’arrêter, bifurquer, prendre une autre voie, changer de cap. La Vie c’est le changement et le changement c’est la Vie. C’est universel. Pourquoi, dès lors, nier, voire refuser, cette faculté aux personnes détenues ?
Pourquoi leur coller définitivement une étiquette d’indignité et les enfermer plus encore dans ce cercle infernal où elles doivent payer, payer et encore payer, même une fois sorties ?
Qu’avons nous à gagner à continuer à condamner … une fois la peine purgée ?
Relayer ce message, c’est encourager l’opinion publique à porter un autre regard sur la prison.
Pour prendre conscience que rien n’est figé, définitif.
L’actualité n’est guère propice à l’apaisement et à l’ouverture. Raison de plus pour rester vigilant dans notre façon de penser, de dire et de faire. Il est nécessaire et urgent de sortir des clichés qui enferment et excluent. Plutôt que nourrir le rejet, n’avons nous pas intérêt à faire progresser notre humanité ? Individuellement et collectivement. Ils sont nombreux les chemins à explorer … Chapeau bas, Monsieur Karim MOKHTARI et … Bonne Route à nous tous !
Cathy Serin



