S’ouvre dans un nouvel onglet
Menu
La Trousse Corrézienne

Chez nos voisins, LTC 5 · 4 mars 2016

ESS en procès, dans le mou d’une économie aux multiples facettes

« L’ESS en procès » : le dessin

Il s’agit en réalité du faux procès de cette économie qu’on appelle et sociale et solidaire. C’est l’association PR2L1, qui met en scène cette soirée à l’occasion de l’inauguration de son exposition sur deux cents ans d’histoire de l’ESS à la médiathèque de Limoges. En ce vendredi 5 février la salle Blanqui est muée en tribunal et les gradins sont pleins d’un public invité à juger la grande dame.

Philippe Bertrand, animateur de l’émission Carnet de campagne sur France Inter, a revêtu pour l’occasion la robe du juge. A la barre se succèdent procureur, avocats de la défense et de l’accusation, témoins à charge et à décharge. A la barre, justement, le témoin à décharge, Stéphane Grasser, brille par sa démonstration. Il est gérant de la Société Coopérative d’Intérêt Collectif L’Arban2 en Creuse. Son intervention nous aide à mieux cerner, dans le fatras des différents statuts, tailles et modes de gouvernance, ce qu’est cette économie qu’on nommera, volontairement et uniquement, « solidaire ». C’est là, dans cette acception du terme, qu’il semble possible de trouver l’alternative radicale à l’économie capitaliste et libérale. C’est là aussi pour les territoires ruraux les plus pauvres, l’opportunité de réinventer de la richesse aux critères plus humains. Le témoin en témoigne, en quatre points.

Une expérience radicale éclairante

Point 1. Pour Stéphane Grasser, ce mode d’échange implique un nouveau rapport au travail. Le salarié est aussi co-dirigeant de l’entreprise. L’autogestion y est un choix éthique d’émancipation des personnes. Point 2. Ce modèle économique ne laisse pas à la porte de l’entreprise le principe qui régit nos états de droit : la démocratie. Pour la prise de décision : un homme égal une voix et ce peu importe le montant de la participation monétaire à la société. Point 3. La rémunération va d’abord aux salaires et ensuite au capital, si décision prise dans ce sens. A l’Arban, la décision est de ne pas rémunérer les parts sociales. Point 4. Enfin, les acteurs ne sont pas guidés uniquement par l’objectif de la rentabilité mais prennent en compte la dimension de l’utilité sociale et de l’impact environnemental. L’économie solidaire peut être amenée à prendre en charge de plus en plus la part du commun que l’État a délaissé.

Une coopération à toutes les sauces

A part cette intervention ancrée dans la pratique aussi claire qu’éclairante, le reste du faux procès est décevant. Pas de franches condamnations. Il y avait pourtant matière à pointer du doigt les bonimenteurs et les opportunistes. Et dans le lot, les mutuelles qui n’en sont pas, comme Malakof-Méderic, mais aussi les autres qui suivent toutes la tendance au regroupement, s’éloignant des territoires et des sociétaires, devenant des mascarades de démocratie. A ce propos, nous avons entendus des regrets, un peu de nostalgie, pas plus. La banque qui porte le moins bien son nom a été égratignée mais sans jamais être nommée. Il y eu les boucs-émissaires. La coopération bidon de système U et de Leclerc a été fustigée. Et enfin, haro à l’unanimité sur le système collaboratif, d’Uber à Blalblacar… ils n’ont rien de collectif, de coopératif. Ils ternissent l’image de la grande dame. Mais ne sont-ils pas diversion ?

Les pompiers du néo-libéralisme

Une manière de formuler une critique non critiquante est de la porter au loin. Ici, pas un mot sur « l’insertion », cette économie sociale dévoyée où tout va à rebours de l’expérience relatée par Stéphane Grasset. Celle là même qui en place d’alternative contribue à conforter le système tel qu’il est en proposant de réinsérer ceux qui n’en veulent pas ou, à l’inverse, ceux dont il n’a pas voulu. Paradoxe. Les entreprises qui s’inscrivent dans ce schéma sont très souvent des structures hyper-hiérarchiques. Pire, le pauvre réintégrable y est souvent réduit à de la matière première façonnable selon les objectifs des cadres salariés et faire valoir social des dirigeants bénévoles. Évidement, le principe de « un homme égal une voix » n’y a pas cours, ni sens… et il ne s’agit nullement de transformer mais bien de s’adapter au marché, voire même de le conforter en lui proposant le maillon social nécessaire à son acceptation. Eh bien, faux procès, faux nez : pas de réelle condamnation.

Pénétrés par innovation

Le linge sale n’a pu être lavé en famille. Il est resté dans un même panier, sous un seul vocable, pour plusieurs réalités parfois antinomiques : de la déclinaison étatique de la charité jusqu’à l’innovation sociale… Ah l’innovation sociale ! Le haut du panier. Les intervenants s’en sont faits des gorges chaudes. C’est qu’elle est inscrite dans la toute nouvelle loi sur l’ESS. L’innovation y est le sésame. Déclinons, conjuguons,… innovons… pour « la course à l’échalote » ! Et pourtant, nous constatons souvent qu’en termes de pratiques culturelles et culturales nous pourrions trouver bien des endroits où il serait judicieux de « revenir à »… Ah, bah, tiens, c’est justement ce que veut dire innover… Belle contradiction. Et dire qu’on nous vend « innover » comme innovant ! Alors : économie radicale pour un autre vivre ensemble ou injonction à « innover » ? Ce ne sont pas là les mêmes perspectives. Il aurait fallu distinguer les réalités, les enjeux et identifier les contradictions pour juger. On reste radicalement dans le flou.

1- Pôle International de ressources de Limoges et du Limousin pour l’Histoire du Monde du Travail et de l’Economie Sociale – 40 rue Charles Silvestre – 87100 Limoges – 05. 55. 39. 24. 63 – http://www.pr2l.fr/

Encadré

2- L’ARBAN intervient dans les domaines de l’éco-construction, de l’habitat et de l’urbanisme durable. Elle se définit comme un outil de développement local à l’échelle du Parc naturel régional de Millevaches et se positionne à la fois comme un opérateur immobilier qui développe des opérations d’éco-habitat à faible loyer et comme un atelier d’urbanisme rural – structure d’étude et de conseil en matière d’urbanisme à destination des collectivités. L’ARBAN privilégie pour ses interventions des méthodes participatives et entend s’engager dans l’expérimentation de nouveaux modes d’habiter (habitat partagé, …) aussi bien que d’un accès alternatif au logement (accompagnement à l’auto-construction, …). Le bourg, 23340 FAUX-LA-MONTAGNE – 05 55 64 58 29 – contact@l-arban.fr

Philippe Van Assche

Du papier, des crayons, pas de pubards.

Le papier, c'est encore mieux.

C'est bien de nous lire sur ton mobile. Mais la Trousse papier, c'est autre chose : 5 numéros par an, écrits et dessinés en Corrèze, postés chez toi.

Dans la même trousse

Un jugement positif est un jugement

Mince, on avait compris qu’asséner des jugements négatifs à nos enfants était délétère, et on commençait à bien savoir faire côté positif… Et ce ne serait pas (forcément) bon ? J’avais lu cette idée, je l’observais et la sentais importante : « un jugement positif est un…

15 décembre 2017

Linky, le compteur « communicant »

Les compteurs « communicants » Linky débarquent

ERDF remplace nos 35 millions de compteurs électriques : Linky, Gazpar et Cie, des boîtes « intelligentes » au coût payé par les usagers.

4 mars 2016

Le p’tit coin

Le p’tit coin du n°5 : Vinci en mécène, les gendarmes de Neuvic, le nom de la région et une histoire vraie.

4 mars 2016

Articles récents

Dessin d’Herbette : Donald Trump reçoit un paquet cadeau « LMB » des mains d’un homme en costume — « Formidable, thank you! »

Vente de LMB Aerospace à Malemort

Le Parti communiste français (PCF) – section de Brive a fait parvenir le communiqué de presse ci-dessous à La Trousse corrézienne en février dernier. Nous lui posons en retour quelques questions dans l’encadré qui figure en bas de page.

17 octobre 2026

Illustration : un panneau « DÉVIATION » jaune et noir à la peinture épaisse.

Déviation de la RD 901 à Varetz : une opération qui interroge

Le 12 juillet 2024, le conseil départemental de la Corrèze a décidé, à l’unanimité, de retenir le tracé de la variante numéro 1 et donc de relancer à l’identique un projet datant de plus de 30 ans.

17 octobre 2026

Aquarelle de Bernard : la vache Mounette, une fleur à la bouche.

Vachement bien…

C’est l’histoire d’une vache qui dépérissait au fond d’une étable, faute de bons soins sans doute. Paul l’a vue et il n’a pas aimé ça, alors il l’a achetée. Il l’a amenée chez lui, il l’a retapée, il l’a baptisée Mounette et chaque année ensuite,…

17 octobre 2026

✕
Fermer le menu
Les rubriques
LE JOURNAL
♥ Soutenez-nous : faites un don !S'abonner au journal