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La Trousse Corrézienne

LTC 24 · 3 mai 2019

Sexplications d’adolescents (1)

« Sexplications d’adolescents » : le dossier

Introduction : informer, s’informer, déformer

« Informer, s’informer, déformer » est l’un des cinq « enjeux littéraires et de formation personnelle » figurant dans les programmes de français en vigueur depuis 2016, au même titre que « Dire l’amour » ou encore « La ville, lieu de tous les possibles ? ». Le jeu de mots – paronomase, pour les amateurs – contenu dans cette formule invite à réfléchir sur l’origine de l’information, sur son degré d’élaboration (du fait brut jusqu’à l’information) et sur sa visée. Suite à une rencontre l’an passé autour des phénomènes migratoires1, La Trousse corrézienne a proposé cette année à une classe de réaliser le dossier du journal (édition de mai-juin 2019). Il s’agit non pas de publier un ou deux articles créés en amont dans la classe, mais une série d’articles et de dessins à l’issue d’une enquête de terrain.

À l’automne, les élèves de 4èmeC se sont interrogés sur le thème du dossier. Plusieurs idées ont émergé en paroles, puis à l’écrit de manière anonyme : dix-sept propositions au total qui ont convergé notamment autour des sports, de la vie au collège, du numérique et de la sexualité. C’est ce dernier thème, adolescents et sexualité, qui a finalement fait consensus.

Éduquer à la sexualité : rappels institutionnels

L’éducation à la sexualité est inscrite dans le Code de l’éducation (articles L. 121-1 et L. 312-16) depuis la loi n° 2001-588 du 4 juillet 2001. L’article L. 312-16 est ainsi libellé : « Une information et une éducation à la sexualité sont dispensées dans les écoles, les collèges et les lycées à raison d’au moins trois séances annuelles et par groupes d’âge homogène. Ces séances présentent une vision égalitaire des relations entre les femmes et les hommes. Elles contribuent à l’apprentissage du respect dû au corps humain. » Au total, pas moins de sept textes officiels parus à ce sujet ces sept dernières années. Dans les faits, il n’est pas toujours possible d’insérer des séances d’éducation à la sexualité dans les emplois du temps, au même titre que la Sécurité routière ou la formation aux premiers secours (Prévention et Secours Civiques – PSC1). Ces séances peuvent être dispensées par des organismes agréés par le Ministère de la Santé, par le Planning familial ou par le personnel des établissements. Chaque année une formation de plusieurs jours leur est proposée à ces derniers par le Plan Académique de Formation (PAF).

Socle d’écoute

Une fois leur projet de dossier fixé, les élèves de 4èmeC ont bénéficié de deux séances d’éducation à la sexualité en demi-groupes, soit quatre au total. On a disposé les chaises en demi-cercle et on a bâti un socle d’écoute, de respect, de confidentialité et de non-jugement. Forts de cette confiance, les élèves ont abordé des thèmes tels que le consentement mutuel, la majorité sexuelle, les nudes (des selfies dénudés) ou encore la pornographie. Aux dires des intervenantes qui ont programmé des séances pour la totalité des élèves de 4ème du collège Clemenceau avant de rencontrer les 4èmesC de Victor Hugo : « Même de 15h à 17h, même quand ils n’ont pas cours sur ces créneaux, les élèves en redemandent ! ». « Ici, entend-on, on peut tout dire, à condition de ne pas faire d’allusion directe à son expérience personnelle. » Les élèves sont amenés à dire « on » ou bien « j’ai entendu dire que… », consigne dont ils s’emparent très rapidement. Nul n’évoque sa vie privée mais chacun s’exprime et réagit à une série d’affirmations, grâce à un abaque de Régnier, dispositif du nom de son fondateur. Chacun possède trois cartons qu’il lève au moment voulu : un carton vert (« d’accord »), rouge (« pas d’accord ») et jaune (« je ne sais pas » ou « mon avis est mitigé »). Parmi les affirmations qui sont proposées, citons par exemple : « Avoir une relation sexuelle et faire l’amour c’est pareil » ou encore « On doit être prêt à tout pour garder l’autre ». On s’exprime individuellement, puis on discute. Ceux qui le veulent justifient leur point de vue et posent des questions. D’autres écoutent et observent, très attentifs. Les intervenantes reprennent la balle au bond, écrivent des mots au tableau, explicitent ou reformulent, interrogent à leur tour…

Les vingt-huit élèves de 4ème ont ciblé différents aspects pour créer leur enquête sur les adolescents et la sexualité : les écrans, la communication avec les parents, l’homosexualité, etc. Ils ont élaboré des questionnaires distincts en direction des adolescents, des adultes et d’éventuels professionnels. Ils ont formulé des questions, réalisé des interviews, recueilli, noté, réfléchi, construit puis rédigé et parfois illustré les textes que voici.

1 – Une classe de 4ème du collège Victor Hugo avait publié deux articles concernant les migrants (voir Trousse n°18).

Amour et sexualité, un sujet tabou ?

Malgré tous les tabous, vous vous posez sûrement beaucoup de questions sur ce sujet… Cet article pourra éventuellement répondre à certaines d’entre elles. Alors, la fin des tabous ?

Est-ce difficile d’en parler ?

Certains pensent que c’est assez facile d’en parler, mais d’autres pensent le contraire. Or pourquoi est-ce aussi difficile ? Là est la question… Souvent les personnes avec qui vous abordez le sujet ont un sourire qui apparaît sur leur visage. Pour les adolescents c’est drôle, alors qu’avec les personnes plus âgées ça ne l’est pas. C’est la principale raison pour laquelle il est difficile d’en parler : la gêne. La peur d’être jugé ou moqué a surtout bloqué certains adultes interrogés, tandis que les adolescents étaient plus à l’aise…

Peut-on s’aimer à l’adolescence ? Est-ce important ?

Malgré tous les préjugés et les remarques sur l’amour irréel des adolescents, beaucoup d’adultes disent le contraire : « L’amour est sincère pour certains, ça dépend des personnes. » Cependant, globalement beaucoup d’avis se rejoignent sur un point : il s’agit d’un amour sincère mais immature car « il manque des clés, des connaissances… ». Beaucoup d’adolescents sont immatures et ne se rendent pas compte du véritable amour ; mais ils peuvent le vivre car c’est quand même important de vivre de nouvelles expériences comme celle-ci.

Les adolescents, eux, semblent penser différemment : « Je pense qu’il n’est pas important de tomber amoureux à l’adolescence parce que nous sommes tous différents et tout le monde va à son rythme. » Les adolescents ne trouvent pas que tomber amoureux est nécessaire, ce n’est pas une priorité. En lisant cet article, vous vous êtes sûrement posés des questions mais la seule manière d’y répondre concrètement est de les vivre ; et comme on dit : « Qui ne tente rien, n’a rien ! »

Immaturité ?

Du côté des adolescents, l’amour n’a pas d’âge et ce n’est pas non plus important d’être amoureux (par peur du jugement). Cependant, quelques-uns d’entre eux pensent le contraire : « L’amour des adolescents est réel car c’est important, c’est la période où tu te construis et ce sont les relations qui font ce que tu seras plus tard. » Or il n’y a pas d’avis précis car tout le monde pense différemment. Les adultes ont tendance à penser que treize ans est trop tôt pour avoir un rapport sexuel. C’est intéressant de savoir ce que pensent des inconnus et de voir que l’on ne partage pas tous le même avis. Pour conclure, comme le dit cette phrase d’un adolescent recueillie lors de l’interview : “Je pense que tant que l’on n’a pas vécu cette expérience à l’adolescence, on ne peut pas en déduire grand-chose. »

Finalement, il n’est pas important de vivre l’amour à l’adolescence car ce n’est pas une priorité dans la vie des adolescents. Dans leur vie, ils vont au collège, voient leurs amis… À cet âge, ils pensent et parlent tout le temps de sexualité ; et la plupart savent faire la différence entre l’amour et la sexualité. Chacun fait ses choix, mais globalement les adolescents sont plus intéressés par la sexualité que par l’amour, même si c’est un problème aux yeux des adultes.

La vie sexuelle sur les écrans

Interdit aux moins de 18 ans… Pour rédiger cet article nous sommes allés interviewer des collégiens, des passants… Nous nous sommes présentés en faisant part de la raison de notre venue. Nous les avons interrogés avec des questions très brèves de façon à avoir leur avis et leur vécu sur le sujet et surtout pour les faire réagir.

Tout le monde le sait, tout le monde le fait, mais personne n’en parle…

En 2019 presque tous les adolescents ont un smartphone et vont sur des sites pornographiques tels que tukif, youporn, pornhub…et regardent des vidéos interdites aux moins de 18 ans qui ont été créées par des acteurs et mises en ligne par les réalisateurs. On peut imaginer qu’en les regardant, les adolescents se masturbent dans des pièces de la maison comme les toilettes, la douche, le lit… autrement dit dans l’intimité.

Face à la question : « Que faites vous derrière votre écran ? », 60% des jeunes interrogés ont avoué : « Je me masturbe et ça me fait du plaisir », les 40 % restants n’ont rien répondu. Mon œil ! Ils le font quand-même mais ne veulent pas le partager. Il n’y a que les personnes ouvertes d’esprit qui parlent de ce sujet tabou car ça dévoile un peu de leur vie intime. La plupart des adultes interrogés ont répondu « Oui » à la question : « Pensez-vous que vos enfants sont déjà allés sur un site pornographique? », les autres ont dit « Non, je n’ai pas d’enfant ».

La pornographie est-elle un bon moyen pour apprendre le sexe ?

Pour le savoir nous avons interrogé quelques personnes et dans la majorité des cas la réponse est que la pornographie n’est pas un bon moyen pour apprendre le sexe car les vidéos et photos proposées sur les sites sont réalisées par des acteurs qui simulent des orgasmes avec un scénario monté de toutes pièces, ce n’est pas comme dans la réalité. Cependant quelques jeunes sont persuadés que c’est un bon moyen d’apprendre le sexe et qu’il faut reproduire ce que les acteurs font sur ces sites pornographiques pour le découvrir.

La masturbation plus tabou que le sexe

Aujourd’hui, comme le montre notre enquête, la masturbation est plus tabou que le sexe ; en effet, 60% des adolescents interrogés sont déjà allés sur un site pornographique et se sont masturbés et l’écrasante majorité des personnes interrogées était extrêmement gênée.

La pornographie, une nouvelle addiction ?

Selon Delphine Rideau et Yaëlle Amsellem-Mainguy sur France Culture, il faut en parler. la pornographie est une addiction comme les autres, elle est seulement moins abordée. Ce sont souvent les adolescents les plus touchés et concernés, c’est pourquoi nous sommes allés en interroger, ainsi que des adultes sur leur vécu d’adolescents, sur leurs pensées, leurs actes et comment ils réagiraient devant un adolescent addict à la pornographie.

Nous pensons que la société ne peut pas limiter la pornographie mais que les parents des adolescents pourraient leur expliquer ce qu’ils voient, ce qu’ils entendent et que les ados devraient leur poser des questions au lieu d’aller s’instruire sur des sites pornographiques.

Amour et sexualité

Du papier, des crayons, pas de pubards.

Le papier, c'est encore mieux.

C'est bien de nous lire sur ton mobile. Mais la Trousse papier, c'est autre chose : 5 numéros par an, écrits et dessinés en Corrèze, postés chez toi.

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