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La Trousse Corrézienne

LTC 16, Utopies culturelles en Limousin · 5 janvier 2018

Scène musicale mobile — rencontre avec Alexis et Thomas

La scène musicale mobile

Scène musicale mobile, rencontre avec Alexis Thépot et Thomas Valentin

Pour ce tout beau numéro de cette toute nouvelle année 2018, je suis allée à la rencontre non pas d’un lieu mais de deux des artistes de la Scène Musicale Mobile, compagnie nouvellement installée en Corrèze. La démarche de ces artistes, au delà de ce qu’artistiquement elle propose, a titillé notre curiosité dans la manière qu’elle a d’envisager la diffusion de leurs œuvres et le regard critique que cette bande porte sur le réseau culturel.

Petit aperçu d’un paysage pas très… bucolique

Il est très difficile pour un artiste de montrer son œuvre au public s’il n’a pas eu l’opportunité, la chance (ou la grâce ?) d’être parrainé par un programmateur de théâtre institutionnalisé et de voir par là même son travail soutenu et appuyé auprès du si bien gardé réseau des programmateurs. D’une part parce que les artistes qui aspirent à entrer dans ce circuit institutionnel, voix principale pour assurer leur survie et la diffusion de leurs créations, sont nombreux. D’autre part parce que ce milieu pourtant sensé être lieu de réflexion et d’élévation des esprits, partage de savoirs et d’émotions, lieu de catharsis, est loin d’être à l’abri de l’injuste inégalité qui grignote depuis la nuit des temps l’idéal d’un équilibre entre les êtres. Soit dit, on ne peut pas dire que l’argent de la culture soit réparti de manière équitable. Plus un artiste, une compagnie est soutenue, plus elle est reconnue plus elle est…soutenue. Financièrement et notoirement. Car ce secteur a cela de particulier qu’au capital financier de sa marchandise s’ajoute le capital notoriété (ou star système). Et comme pour alimenter son capital notoriété il faut être dans la place, autant dire qu’habiter hors des grandes métropoles, en milieu rural par exemple, ne présente pas que des avantages. Malgré les penseurs, philosophes, poètes qui l’on bâti et traversé, le milieu de la culture n’échappe pas aux crocs de la société capitaliste. Si bien le travail d’un artiste pour pouvoir être visible dans ces circuits-là doit avant tout se doter d’un véritable arsenal de guerre : en plus de la pertinence artistique, l’œuvre devra être accompagnée d’objets de communication, dossiers, vidéos, photos, de chargés de diffusion et de production et d’un acharnement forcené. Tout cela coûte de l’argent. Beaucoup de petites compagnies tiennent à bout de bras des projets de spectacle s’improvisant, en plus de leur métier de créateur, producteur et diffuseur n’ayant pas les moyens de payer quelqu’un ayant les compétences de remplir ces tâches pour le moins ingrates au vu de l’indisponibilité notoire et croissante des programmateurs. Et si certaines compagnies s’endettent à vie pour montrer leur spectacle dans les vitrines du festival d’Avignon (l’un des plus grands supermarchés du spectacle vivant au monde), d’autres tentent des voies de traverse. Scène Musicale Mobile tente de se positionner souverainement. Allons voir !

Histoire d’eux

La compagnie fondée en 2007 à Strasbourg par deux musiciens Alexis Thépot (scénographe, violoncelliste, metteur en scène) et Thomas Valentin (pianiste, compositeur, comédien) avec la chanteuse Jeanne Barbieri autour des chansons qu’ils composaient, a très vite glissé vers la théâtralisation de leur musique. Puis, comme l’un, Alexis, est scénographe, la question de l’espace s’est posée et avec elle celle des arts plastiques. Et ce n’est pas tout, avec une curiosité insatiable et une envie certaine de bousculer les angles de vue, viendront se frotter à leur travail : danse, cirque, poésie, en rue, en installation, sous chapiteau, en salle… La compagnie protéiforme reste malgré tout centrée autour de la question de l’écoute. « Nous nous préoccupons en premier lieu de la situation d’écoute des spectateurs – « centre de l’œuvre », au centre de l’œuvre – avec la volonté de donner à notre auditoire l’envie d’affiner leurs points de vue sur le monde qui les entoure ». Sculpteurs d’« Espaces d’écoute » et d’« instruments lieux », ils inventent leurs spectacles au grès des rencontres. Aujourd’hui orchestrés et portés administrativement par Alexis et Thomas, les spectacles sont créés en création collective. Chaque création est initiée par l’un ou l’autre des membres de la compagnie mais le résultat final est le fruit d’une recherche collective. En 10 ans et une dizaine de projets, sont passés par la compagnie : poètes, comédiens, acrobates, musiciens, régisseurs, metteurs en scène. Bref ils créent, inventent, questionnent les choses qui unissent les êtres et permettent l’expérience du commun.

Applications

Malgré une production d’œuvres en tout genre, je vous invite à aller sur leur site (1), ainsi qu’un soutient constant de la région Alsace, de la ville de Strasbourg, de la DRAC (direction régionale des affaires culturelles) la compagnie ne peut pour le moment pas assurer à ses membres les cachets suffisants pour maintenir leur intermittence (système d’indemnisation des intermittents du spectacle) faute d’être insuffisamment reconnue par les programmateurs. Il y a deux ans, las de ne pas trouver de partenaires auprès des programmateurs, ils décident de construire leur propre espace de diffusion : un chapiteau auto-construit, en partie autofinancé, en partie financé par Kisskissbankbank (plateforme de crowdfunding ou financement participatif) puis, à cours de moyens, par des subventions. L’idée était d’être entièrement autonome de la création à la diffusion de leur spectacle, d’aller eux- mêmes chercher le public où il est. Est né un chapiteau insolite et une création en 2016 : le cabaret déluge, autour de la thématique de l’Arche de Noé et de l’apocalypse… Après la mise en pratique de cet idéal le constat est un peu amer. L’autonomie et l’itinérance en petite équipe sont compliquées à mettre en œuvre. Il faut obtenir l’autorisation des autorités locales puis faire venir les publics hors des lieux habituels de diffusion, ce qui fut difficile malgré les bénévoles et la bonne volonté de tout un chacun. Il y aurait encore beaucoup à dire encore. « En tant qu’artiste il faut sans arrêt se repositionner. Sensibiliser les publics est un travail au long terme. Et aujourd’hui l’idéal serait d’avoir les moyens de financer le poste d’un/e chargé/e de diffusion qui assure ce travail laborieux. » Quoiqu’il en soit, bienheureux ceux qui tentent et bienvenu à eux !

(1) : http://scenemusicalemobile.com

MC Bee

Alexis et Thomas, de la scène musicale mobile
En tournée avec la scène musicale mobile
La scène musicale mobile en concert

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