
Mon « Après Charlie » fut celui de la colère (une fois passée l’émotion, individuelle et collective). Colère face aux récupérations diverses et variées de cette fameuse « unité nationale » qui était plutôt une « émotion partagée », vécue collectivement cette fois.
La plupart des émotions et des blessures suscitées par des actes barbares (et ils sont nombreux malheureusement), restant secrètes, intimes, parfois simplement partagées au sein des foyers, ou entre pairs.
Colère face au déferlement d’attaques, d’inepties et d’indécences formulées en toute « mauvaise foi »… visant l’école, l’éducation, la jeunesse… foulant aux pieds ces fameuses valeurs républicaines tout en les élevant au pinacle !
Alors, en tant que mère, enseignante, formatrice et maintenant grand-mère… je voulais revenir sur ces moments sombres qui, après une belle lumière, ont surtout produit des relents nauséabonds… toute une équipe m’a accompagnée.
Nous parlerons dans les pages qui suivent, de ce qui a été dit et vécu au sein des établissements scolaires mais aussi dans les institutions chargées de les « encadrer » ! Nous écouterons celles et ceux qui, chaque jour, vivent avec nos enfants de belles et de moins belles histoires éducatives… mais il en va ainsi de la jeunesse, pour laquelle se pose « une véritable urgence » : celle de les regarder, de les entendre et de les convaincre non pas « qu’ils sont chez eux » mais « qu’ils sont nous et que nous sommes eux ».
« Ne permettez plus que les hommes politiques stigmatisent l’insupportable violence faite aux individus alors qu’ils la suscitent sciemment, dès l’enfance, vulgarisant, au nom de la rentabilité, un élevage concentrationnaire où, parqués de vingt-cinq à trente par classe, les écoliers se trouvent crétinisés par les principes de compétition et de concurrence, soumis aux lois de la prédation, initiés au fétichisme de l’argent, confits dans la peur de l’échec, infestés par l’arrivisme, livrés à des fonctionnaires amers et mal payés, moins enclins à nourrir la curiosité des jeunes générations qu’à se venger sur elle de leurs infortunes. Les collectivités d’enseignants, de parents et d’élèves n’ont-elles pas le pouvoir d’imposer des normes scolaires répondant, non à la rentabilité des malversations budgétaires, mais au souci de confier à un grand nombre d’accompagnateurs d’apprentissage, aussi avides d’enseigner que de s’instruire, de petits groupes d’enfants et d’adolescents à qui rien de ce qui est humain ne demeurera étranger ? Si elles ne l’ont pas, qu’elles le prennent ! Qu’elles exigent, à contre-courant des coupes et des concentrations opérées par l’économie parasitaire, la multiplication de petites écoles, permettant à l’enseignant d’individualiser son enseignement et de propager jusque dans le milieu familial et social cette intelligence sensible du vivant, seule capable de décourager la barbarie ! »
Raoul Vaneigem, dans Pour l’abolition de la société marchande pour une société vivante
Dans sa grande clairvoyance, le gouvernement veut créer une réserve citoyenne pour « enseigner » la laïcité… voici là où nous pourrions mettre notre goutte d’eau de colibris, humblement. Il est fait appel aux journalistes et aux associations. Nous exécutons ce travail pédagogique de fait depuis longtemps, au côté des enseignants et des acteurs socio-éducatifs, continuons à faire entendre nos voix sur cette question, en discernant le matriciel du tendanciel. Il y a encore du boulot !
« Il y a une façon aveuglée de s’extasier de l’histoire imaginaire qui est le plus sûr moyen de laisser échapper l’histoire réelle — celle qui s’accomplit hors de toute fantasmagorie, et le plus souvent dans notre dos. Or, l’histoire réelle qui s’annonce a vraiment une sale gueule. Si nous voulons avoir quelque chance de nous la réapproprier, passé le temps du deuil, il faudra songer à sortir de l’hébétude et à refaire de la politique. Mais pour de bon. »
dossier préparé par cécile, aldo, ana, cathy, rolande, jacques, michel, pierrette et nathalie





