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La Trousse Corrézienne

Encore plus loin, LTC 0 · 27 février 2015

Décidément l’Islande est en avance

Photo : deux hommes en costume devant l’inscription « Reykjavík »

Des anarcho-punks aux finances publiques… à Reykjavík

Quand des punks quittent leurs squats et leurs lieux alternatifs, ils sont aussi capables de gérer une ville, voire une capitale d’Europe.

De 2010 à 2014, Reykjavík a vécu une expérience unique en son genre : avec son maire, Jón Gnarr, ancien comédien, et des artistes se disant anarcho-surréalistes, totalement novices en politique, la capitale de l’Islande allait être administrée… avec succès ! Celui qui tournait dans des séries télévisées avec la chanteuse Björk, qui désignait les banques comme les responsables de la crise, qui faisait des propositions pour le moins loufoques – « Un Disneyland à la place de l’aéroport » ou « De la bonté envers les malheureux » -, qui fut qualifié de « clown » mais qui se présentait comme une antidote aux politiques rois de la finance qui tournent de séminaires pour gérer une ville de 180 000 habitants, allait administrer la ville et gérer un budget de 12 millions d’euros pendant 4 ans avec les membres de son « Meilleur Parti », en majorité des stars du rock et presque tous des ex-punks. En fin de mandat, il laisse la capitale islandaise en pleine forme.

Les punks ont assaini les finances

Tout au long de sa mandature, Gnarr a mis en pratique les convictions qu’il a toujours revendiquées dans son parti, fondé en 2009 : justice sociale, égalitarisme avec les individus et respect de l’environnement (Vivre en Islande). Côté finances, elles ont été assainies. Explication d’un (ir)responsable du parti : « En tant qu’artistes, on avait l’habitude de travailler avec de petits budgets, ça nous a aidés ». CQFD.

« Ils ont également tenu quelques discours réussis, construit plusieurs dizaines de kilomètres de pistes cyclables, conçu un plan d’urbanisme, réorganisé les écoles, développé les petits ateliers d’art et fait de la capitale une ville agréable à vivre et en plein essor. Le tourisme a enregistré une croissance de 20 %. Le prix de l’immobilier recommence à grimper, des hôtels sortent de terre un peu partout, les costumes ne sont toujours pas revenus à la mode mais on voit beaucoup plus de Range Rover dans les rues » peut-on lire dans un article publié dans Courrier International en août dernier1.

Celui dont l’objectif était : « de me démettre moi-même de mes fonctions. » a tenu ses promesses. Il a passé la main le 12 juin 2014. Aujourd’hui, à 47 ans, Jón Gnarr souhaite redevenir un simple conseiller municipal… « l’exercice du pouvoir a un temps, cette chance doit aussi échoir à d’autres hommes de qualité. »

A-Gnarr-chie vaincra

On connaît la vie fragile des groupes musicaux ou des collectifs, les hésitations ou l’opportunisme en milieu militant. On connaît également la bénéfique utilité du retour d’expérience de ceux qui peuvent en faire bénéficier les autres. Alors, en réponse aux ex-patrons et aux ex-présidents de la République qui tournent de séminaires en colloques pour faire bénéficier les participants de leurs expériences moyennant des rémunérations exorbitantes, Jón Gnarr et son équipe pourraient, pour faire avancer la cause, s’adresser aux anarcho-surréalistes, aux anarcho-punks ou aux anarcho-partis d’Europe pour les aider à mieux organiser et gérer des collectes-concerts de soutiens, les conseiller sur le montage de fêtes populaires ou de sauvegarde de quartiers face à l’invasion gentrificatrice, guider les anarcho-hobereaux à s’orienter sur les chemins escarpés de la lutte des classes ou, pourquoi pas, coacher des partis ou des collectifs pour qu’ils puissent sortir des impasses (physiques ou politiques) dans lesquelles certains s’enferment.

Si après avoir démontré leur capacité à gérer des budgets, une ville capitale de 180 000 habitants et mis en pratique leurs valeurs, Jón Gnarr et ses anarcho-surréalistes s’arrêtent là, c’est un peu Durruti et Sham 692 qu’on crucifie.

  • 1 Courrier International (5 août 2014) « Jón Gnarr : quatre ans d’anarchie, quel bonheur ! » : bit.ly/1AjRRts — article publié initialement le 30 mai 2014 dans le journal Tages-Anzeiger de Zurich.
  • 2 Groupe de oi ! britannique formé en 1976 à Hersham dans la province de Surrey, au sud-ouest de Londres. Le nom de ce groupe vient d’un graffiti que le chanteur Jimmy Pursey a vu sur un mur des toilettes (hersham 69). Ils sont connus pour être l’un des premiers groupes de punk rock avec un « style de rue », n’ayant pas un genre « haute-culture » comme d’autres groupes punks britanniques contemporains.

Sources : article publié sur le site Autre Futur : www.autrefutur.net — lien vers l’article : bit.ly/1o96p5J

lucie heymé

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