Qu’est devenue cette horde d’étrangers menaçant la veuve et l’orphelin ou l’ordre et la sécurité dans nos paisibles campagnes ? Rappelez-vous l’an dernier, après le démantèlement de la Jungle de Calais, le gouvernement avait réparti sur toute la France ces personnes qui vivaient dans le plus grand bidonville de France. L’annonce de leur arrivée à l’automne 2016 avait mobilisé du monde lors des réunions publiques à Voutezac et Saint Priest de Gimel. État des lieux un an après.
Arrivés au compte-goutte en 2015 et début 2016, ce sont vingt-cinq hommes qui sont accueillis à Saint Priest de Gimel dans les locaux de Voilco, et une vingtaine à Voutezac à l’automne 2016. Fin mars 2017, ces deux centres d’accueil ont fermé et les jeunes hommes ont été répartis sur des centres plus pérennes à Allassac, Uzerche et Egletons (AFPA). À ce jour, une large majorité d’entre eux est encore en Corrèze, et pour ceux qui ont eu la chance d’obtenir la protection de la France, la plupart tente sa chance dans notre département.
Nous avons suivi le parcours de ceux qui avaient été accueillis à Saint Priest de Gimel. Pakistanais, Soudanais, Afghans et Éthiopiens. Hormis deux personnes qui sont reparties dans leur pays d’origine, tous ont fait une demande d’asile en France. C’est à ce titre qu’ils ont été hébergés et ont reçu une allocation mensuelle de 210 euros. Mais avant de faire un état des lieux des différentes situations, rappelons rapidement la procédure de demande d’asile.
Il existe plusieurs situations qui donnent le droit pour les étrangers de résider durablement sur le territoire français. L’asile, c’est-à-dire la protection qu’offre l’État français à un étranger reconnu victime de persécution, en est une. En 2016, la France a délivré près de 210 000 titres de séjour à des étrangers. Seulement 30 000 pour l’asile. C’est dire si cette réalité est surmédiatisée par rapport à ce qu’elle représente en termes de porte d’entrée pour les étrangers. Concernant la procédure, sans entrer dans les détails, une fois le dossier envoyé dans les délais, il faut attendre l’entretien à l’OFPRA à Paris. Puis attendre la réponse suite à cette première étape. Si c’est positif, la personne obtient soit le statut de réfugié, pour dix ans, soit la protection subsidiaire pour un an renouvelable, tant que le pays d’origine reste peu recommandable. Par contre, si la réponse est négative, il est possible de faire appel devant la Cour Nationale du Droit d’asile. Une fois de plus, il faut attendre la convocation à une audience devant le juge puis la réponse. Soit la décision de l’OFPRA est annulée et la personne obtient la protection, soit elle est confirmée et la personne est déboutée du droit d’asile et doit quitter le territoire français.
Sur les vingt-cinq personnes accueillies à Voilco, cinq ont obtenu le statut de réfugié (Soudanais du Darfour et Éthiopiens) et cinq ont bénéficié de la protection subsidiaire (principalement des Afghans). Une personne a été déboutée et a quitté la France. Tous les autres ont vu leur demande rejetée en première instance et sont en attente de passer devant la Cour d’appel. Deux attendent encore une réponse de l’OFPRA. Pour certains la procédure a pris moins de cinq mois, pour d’autres plus d’une année et elle est encore en cours. Une demande d’asile c’est principalement de l’attente et de l’incertitude.
Ceux qui ont eu la chance d’avoir des papiers – comme on dit -, n’ont pas particulièrement cherché à rejoindre les grandes villes. La plupart vivent maintenant à Tulle, Brive ou Egletons. Ils sont accompagnés par l’association le Roc pendant les trois premiers mois, le temps de trouver un logement, d’ouvrir les différents droits, et éventuellement de trouver un emploi, une formation, ou un stage. Une personne a pu faire quelques missions d’intérim dans une scierie, une autre a été embauchée par Voilco pour la saison estivale et a enchaîné avec un contrat d’insertion en espace vert. Un kebab de Tulle en a recruté un troisième et un quatrième effectue des stages dans des garages en espérant décrocher un poste grâce à ses six ans d’expérience en Afghanistan. C’est un peu plus facile pour les plus de 25 ans qui peuvent bénéficier du RSA. Pour les plus jeunes, les services de l’État étudient la possibilité d’adapter certains dispositifs existants aux spécificités de ce public. Enfin, tous ont, ou vont, signer le fameux Contrat Républicain d’insertion qui les engage notamment à suivre entre 50 et 200 heures de cours de français. Et après…Inch’Allah.
Julie Devès



