
C’est au dernier étage du 51 rue Louis Mie, au milieu des pièces envahies par l’amoncellement d’objets divers et variés, qu’Eva trie, classe, déplace et re-déplace. Les étagères dégorgent de papiers, des trombones rouillés jonchent le sol et une multitude de boîtes à archives forment des pyramides sur une étagère, ou par terre. Un déménagement se prépare.
Depuis 30 ans l’association Peuple Culture Corrèze (PEC 19) occupe un grand bâtiment (mis à disposition par la mairie), y accueille beaucoup de monde et ce local sert de base à de nombreuses activités. Si beaucoup d’entre nous connaissent les activités actuelles de PEC 19, peu se représentent l’ampleur de ses actions et la richesse de ses productions depuis sa création en 1951.
Il y a des livres, des brochures, des tracts, de la correspondance, des coupures de presse, des documents administratifs mais aussi des bandes-sons, des cassettes, des diapositives, des expositions (et même des puzzles !)… Différents formats qui sont autant de témoins d’une pratique associative active via ses champs d’action – parmi lesquels la formation et les actions culturelles (notamment les arts plastiques et le cinéma documentaire) occupent une place prépondérante.
A l’étude de ces documents, la prise de position publique de PEC 19 à différents tournants politiques est manifeste. Comme en mai 68, où l’association prouve sa solidarité avec les étudiants et les ouvriers ; elle organise aussi de nombreux voyages d’études, au Chili par exemple, juste avant le coup d’état de Pinochet, au Portugal peu après la Révolution des œillets, ou en Palestine au début des années 2000… Courageux et engagés.
Outre leur intérêt historique et politique ces archives répondent à des questionnements plus sociologiques : qu’est-ce que le monde associatif ? Qu’est-ce que l’éducation populaire en milieu rural, au fil du temps ? Quelles sont les pratiques associatives ? C’est quoi être militant associatif ? Alors qu’il est rare que des associations conservent autant et sur une si longue période, les détails sont ici nombreux et savoureux.
Mais auparavant, un tri s’impose : pas de pitié pour les triplons ! Il faut bien séparer le bon grain de l’ivraie et alimenter la filière du papier recyclé… Puis il faut décider d’un système de classement qui soit le plus cohérent possible et représentatif de l’association. Ce système sera également appliqué aux documents actuellement produits, afin de prévoir leur conservation future. C’est le travail d’Eva, qui répertorie et enregistre dans un tableur tous les documents destinés à la conservation.
La phase suivante sera confiée aux Archives municipales de Tulle qui ont manifesté leur intérêt pour le fonds de PEC 19. Elles assureront leur mise à disposition publique et leur conservation dans les conditions adéquates. Charge à elles également d’établir une cotation, permettant la localisation des documents, et d’assurer leur diffusion.
Au dernier étage du 51 rue Louis Mie, entre les dossiers épars la poussière vole et Eva se laisse émouvoir : elle a trouvé un texte qui relate la mort de Victor Jarra (un chanteur poète chilien) sous la dictature. La manière est terriblement choquante. Elle a inscrit dans son tableur la date à laquelle la petite association corrézienne a fait venir des originaux de Goya. Elle relève que le bulletin (publication destinée aux adhérents et conçue par des groupes de travail) du début des années 70 intitulé « Femme et citoyenne » pose des questionnements féministes particulièrement intéressants et toujours d’actualité. A l’heure où sa mission s’achève, elle est déçue de ne pas avoir pu écouter les vieilles bandes audio, faute de matériel adapté ; elle est aussi admirative de la cohérence des actions menées au fil du temps. Bientôt, PEC 19 déménagera. Le public et les chercheurs pourront accéder à 66 années de témoignages associatifs et militants.
Peuple et Culture Corrèze – 51 bis rue Louis Mie (à l’heure de la parution) – 19000 Tulle tél : 05 55 26 32 25 peupleetculture.correze@wanadoo.fr – http://peupleetculture.fr
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