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La Trousse Corrézienne

Local, LTC 15 · 3 novembre 2017

Permaculture pour ma culture chez Melilotus à Chanteix

La permaculture chez Melilotus à Chanteix

Si, dans votre jardin, vous avez décidé de placer votre bac à compost près de votre potager qui lui-même n’est pas trop loin de votre maison, parce que vous avez calculé que vous feriez 798 allers-retours du potager au susdit bac, vous êtes en plein dedans ! D’une certaine manière, tout le monde fait de la permaculture. L’économie de l’effort au profit du bien-être et de l’autonomie de la nature. Aussi petit soit-il, le jardin peut devenir un havre de pérennité, encore faut-il prendre le temps d’observer mère-nature, alors je suis allée à sa rencontre.

Un peu de théorie

Je sais pourquoi je n’avais pas trouvé le mot « permaculture » dans mon vieux dico : il a été seulement introduit en 2010 dans le Petit Robert ! La permaculture est née il y a à peu près 50 ans en Australie, inventée ou devrais-je dire ré-inventée par David Holmgren et Bill Mollison. C’est une nouvelle façon d’organiser les cultures basée sur l’observation, la diversité, le design et le respect de trois piliers fondamentaux : prendre soin de la terre, prendre soin de l’homme, et partager équitablement les ressources et récoltes.

Partant du principe que nous autres, habitants de la planète, avons trop tiré sur la corde de l’abondance et avons épuisé la terre, le mode de pensée permacole c’est : « chacun sa place, dans un cadre harmonieux et rien n’est inutile. »

« Le problème est la solution » Bill Mollison

Alors qu’est-ce que ça veut dire tout ce charabia ?

Ça veut dire que tout d’abord, tu commences par jeter tous les produits chimiques qui empestent le placard puis tu pars observer la nature, armé d’un carnet et d’un crayon. Pourquoi ? Ben pour voir comment elle fonctionne. Par exemple, certaines plantes ne peuvent pas s’associer, tout comme certaines personnes ne se supportent pas. Au final, mettre Donald Trump et Gandhi dans la même pièce, c’est un peu comme mettre les poireaux et les petits pois côte à côte. Certaines plantes ont besoin d’ombre, d’autres de soleil, certaines vont chercher les nutriments en profondeur, d’autres se contentent de puiser dans l’humus en surface. Il y a aussi de bonnes associations : on dit par exemple que les œillets d’Inde chassent les nématodes (vers microscopique qui dévore les racines) des tomates et le basilic leur donne une saveur particulière.

Puis vient le design, qui veut dire « dessin » ou « conception », c’est la deuxième étape : dessiner un jardin intelligent, où chaque plante, arbuste, chaque motte de terre est pensée pour vivre en harmonie, éviter trop d’efforts voire créer de l’énergie grâce au soleil, au vent et à l’eau. Chaque action doit générer une autre action en évitant au maximum les fuites. Les poules par exemple, sont de bonnes alliées : elles chassent les limaces, produisent des œufs, créent du compost avec leurs déjections et mangent les déchets végétaux. On protège la nature, on nourrit l’homme, on nourrit la terre, on respecte donc bien les trois piliers.

S’il y a un critère à retenir, c’est que c’est un placement durable. N’est-ce pas pour nourrir et prendre soin de nos enfants que nous travaillons ? Ce n’est pas comme si on générait trois fois plus de nourriture (transformée ou pas) que ce qui est réellement nécessaire pour nourrir la planète, sans compter que les ressources ne sont pas partagées équitablement…

« Alors que les problèmes du monde sont de plus en plus compliqués, les solutions sont honteusement simples. » Bill Mollison

Melilotus à Chanteix

Passons à la pratique, je suis accueillie à la ferme Melilotus à Chanteix, il est 10 heures, et lorsque j’arrive, deux stagiaires sont déjà à pied d’œuvre. Ils font de l’émondage(1), ça sent très bon.

C’est ici qu’Audrey Benavent et Julien Barataud sont installés depuis cinq ans. Ils n’ont aucune formation agricole lorsqu’ils se lancent, mais sont néanmoins tout deux issus d’un cursus de protection de l’environnement. Au départ, ils assuraient à la fois une culture maraîchère et de plantes aromatiques et médicinales. Depuis, et face à la demande et à l’énorme travail que cela représentait, ils ont concentré tous leurs efforts sur les plantes, qui sont ensuite transformées en infusion, en huiles médicinales et essentielles, en baumes et hydrolats… parmi toutes ces plantes, des mauves, soucis, échinacées, hysope, guimauve… Chacune contient des principes actifs extraits par différentes techniques, par exemple grâce à la distillation à l’aide d’un alambic.

Ici, interdiction d’utiliser le terme « mauvaise herbe », on parle d’« adventices », du latin « qui vient de l’étranger » . Chaque plante, chaque insecte a une fonction et encore une fois chaque action servira une autre action, autrement dit rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.

On pourrait parler des divers labels bio parfois controversés, du rôle de chaque plante et insecte, mais il est midi, et à midi c’est un repas bien mérité qui nous attend… après avoir épandu au pied des rosiers des rameaux de bois afin de limiter les mauvai… les adventices. Sacré travail, qui devrait protéger les plantes pendant à peu près trois ans. Nous avons bu un verre de sirop d’hysope, le maire de Chanteix s’est joint à nous et Audrey me confie que c’est une grande partie du travail que d’échanger, afin de montrer la démarche, promouvoir les techniques de culture bio et partager, au travers des foires, des marchés et des visites… Julien souligne que « nous apprenons parfois de nos stagiaires, visiteurs. Une idée peut porter ses fruits, d’où qu’elle vienne. Rien n’est figé, tout est en mouvement. » Venons-en à notre sujet : lorsque nous parlons de permaculture à proprement dit, ils sont d’accord sur le fait que « le concept est intéressant mais ce ne sont pas des solutions toutes faites et il ne s’agit pas de ne plus travailler le sol, mais plutôt de guider sa réflexion et ses choix dans une dynamique permacole. Les recettes de bouquins ne fonctionnent pas à tous les coups, finalement c’est du bon sens et on apprend aussi de nos erreurs. » Serait-ce une mode ? « Et pourquoi pas, si ça peut guider les amateurs de jardinage dans le bon sens ! » Et qu’advient -il des ravageurs dans tout ça ? « On est attachés à la biodiversité, à la présence des insectes, et des adventices… L’idée n’est pas de les éliminer mais d’en avoir moins. » Nous avons terminé une partie de l’épandage des rosiers et avons cueilli des fleurs. J’ai adoré.

( 1 ) Émondage, c’est le fait de séparer les branches de l’arbre. Ici, il s’agit de séparer les feuilles des branches.

Chez Axel Lorioux, à Mezinges

Le deuxième jour, je le passe chez Axel Lorioux, à Mezinges. Cette fois, je rencontre un jeune homme dont le but ultime serait de vivre en autarcie, fier de ses cent moutons et un peu moins de ses deux jeunes chiens encore un peu fougueux et probablement intimidés par ma présence. Il me présente sa serre où nous dégustons quelques physalis et quelques délicieuses premières tomates, ramassons quelques courges énormes et partons cette fois pour désherber manuellement le carré de pomme de terres. On y passe la matinée.

Je comprends désormais qu’il est nécessaire sinon indispensable de varier les activités au cours de la journée. Cet après-midi nous la passons à d’autres tâches et en profitons pour discuter. J’évoque la ferme du Bec Helloin en Bretagne1, c’est avec beaucoup de respect qu’Axel me fait entendre qu’une ferme d’une telle envergure possède dès le départ beaucoup de moyens financiers et humains. « Pour se lancer dans un projet comme celui-là, il faut des bras, de l’organisation, de l’argent et beaucoup de bonne volonté… » La suite, Axel la voit ainsi : un habitat proche de son potager, proche de ses bêtes, des arbres fruitiers, un point d’eau, et bien sûr un peu d’amour pour agrémenter le tout.

C’est ainsi que s’écrira la conclusion de cette belle expérience qui me porte à penser que la permaculture est le reflet de l’effort des uns au travers de ceux qui veulent faire un effort. Autrement dit le bon sens est donné à tout le monde, il suffit de s’en donner la peine, et d’y trouver un intérêt. Pour produire autant avec ces techniques qu’avec des technologies conventionnelles, pour protéger la nature qui nous permet de vivre, pour nous nourrir et vivre dans un environnement sain, pour s’économiser sans pour autant se laisser aller. Vous me direz qu’on doit bien gagner sa vie, mais j’insiste, il va falloir commencer à la vivre.

1 – La ferme du Bec Helloin (commune de Normandie), c’est le summum de l’efficacité en termes de permaculture, pas de machine, pas de perte d’énergie, les protagonistes de la ferme assurent des formations et mettent en ligne des vidéos sur YouTube. À voir.

Je recommande aussi de lire « La révolution d’un seul brin de paille , une introduction à l’agriculture sauvage » de Masanobu Fukuoka.

Sarah Alji-Magallanes

Sarah Alji-Magallanes

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