
TINA te suit comme ton ombre. Toi, mais aussi tes voisins, tes parents, tes amis et tes ennemis, si tu en as. TINA ne te lâche pas. Tu n’y échappes pas. Mieux, tu te jettes dans ses bras. TINA t’accapare. TINA, c’est l’inévitable. TINA qui rassure et simplifie tellement la vie.
TINA ? Pas d’autres choix ! There Is No Alternative !
La formule de Margareth Thatcher résumait bien l’idéologie des puissants du monde libéral 1. Cette idée définitive a fait florès : elle a envahi les esprits et surtout l’ensemble des sphères de pouvoir. C’est en son nom qu’on impose à des états souverains, et avec quelle brutalité, de soumettre leur population à la rigueur économique et sociale. C’est en son nom que l’on promeut la « flexibilité », que l’on « ordonne » la « simplification » de la législation du travail, que l’on contient les salaires, les retraites, que l’on rabote les transferts sociaux. Il faut se rendre à l’évidence : la société doit « se ré(re)former », « s’adapter », « se moderniser », « changer de logi-ciel » à l’heure des mégalopoles connectées et des flux mondialisés. Du pragmatisme, ni de droite, ni de gauche…
Tina péremptoire, performative puisque réduisant à néant de facto toute autre forme de rationalité. Serait-ce la figure de l’accomplissement, serait-ce l’entéléchie de notre civilisation ? Toujours plus nombreux sont ceux qui en doutent, pis, qui se rebellent (après qu’ils ont bêlé, parfois) et pensent, marchent et agissent de travers. Allez, vous qui vous obstinez à défricher d’autres voies, vous qui résistez à l’assimilation, vous qui revendiquez l’autonomie, vous qui ployez sous le poids de vos zutopies altermondialistes, rendez-vous à l’évidence ! Quelle énergie vous dépensez pour des effets insignifiants ! Sans compter que vous devez combattre ce trouble, ce malaise intellectuel et moral que vous ressentez dans le grand écart que vous faites quotidiennement entre vos idées et vos actes. C’est humain ! Vous êtes sympathiques et le regard de Tina sera toujours bienveillant. Tant que vous resterez dans les limites de vos ZAD, aussi diverses soient-elles dans leurs formes et manifestations.
Un dimanche après-midi de septembre, mois apprécié des zindiens du Limousin, je me trouvais parmi une centaine de ceux-là, à écouter d’autres zindiens belges, camerounais ou gersois parler, sous la tente berbère du festival des Francophonies, à Limoges, de leurs ZAD respectives : la parole et la scène, les idées et l’éducation – populaire, même si le mot, sans doute trop connoté, ne fut pas prononcé – le livre et le vin, bref, tout ce qui, affranchi de la liberté surveillée, dé-range tout en inventant du neuf, avec un sens aigu du partage (physique, plutôt que virtuel). Plus de deux heures denses d’écoute attentive et d’échanges réfléchis, expression stimulante d’une maturité intellectuelle qui donne à l’action, quelque soit son domaine et sa forme, une signification immédiate là où elle se produit.
Des ZAD, nous en avons de multiples, le plus souvent sans que nous en connaissions l’existence, au coin de la rue, dans le village voisin, même – peut-être surtout – là où l’on compte moins de 10 habitants au km². Et les Zadistes non déclarés, ne cédant pas à TINA, ont depuis longtemps dépassé le « à défendre » pour se consacrer au « à inventer ».
Ironie de la langue, l’adjectif « libéral », au sens premier, désigne une personne généreuse, qui donne facilement. Il signifie aussi favorable aux libertés des individus. Libéral, libéralisme sont des mots, voila qui n’est pas anodin, que se sont appropriés les tenants du capitalisme, sous couvert de liberté d’entreprendre. Comble de l’absurde, la multitude d’opposants ou simplement celle des personnes qui conçoivent différemment nos relations dans le monde, notre relation au monde, cette foule, donc, se désigne elle-même sous le vocable générique d’antilibéraux !
Didier Bertholy





