
Ce sont plutôt les pesticides qui sont semés au vent du côté de Vigeois, chez Christina Sainte-Marie. Brésilienne et professeure de Chi kong [on dit plus souvent Qi Gong], elle s’est fait connaître par le procès qu’elle a intenté en 2010 à son voisin pomiculteur qui traitait sans vergogne aux vents les plus forts. Oui, elle a osée. Elle est la seule. Je suis allé lui demander ce qu’elle pense de la charte.
Elle m’accueille chez elle, dans sa jolie petite maison de bord de route. Pour tout voisin, de l’autre côté et à moins de 20 mètres, se dressent les pommiers bien rangés sous leurs filets blanchâtres. Elle a le déclic en 2009. Elle reçoit une journaliste pour un tournage sur les pesticides. Quand elle voit le reportage ça lui « donne du recul sur sa situation de riveraine ». Elle prend conscience que « c’est grave ». Elle fait alors des courriers, au maire, au préfet, au député. Seule la feue Sophie Dessus lui répond, enfin elle lui écrit qu’elle a lu le courrier et qu’elle renvoie la demande à qui de droit…, et c’est mieux que rien… Pauvre citoyen… M. Hollande est venu trois fois me dit-elle… Mais rien n’a changé. Évidemment. Du procès de 2010, elle n’attend pas grand chose n’ont plus. Elle sait qu’elle va perdre. Elle perd. Mais il s’agissait surtout de parler du mal.
En 2012, elle s’engage dans l’association de défense de riverains ONGF-Allassac . Elle y devient le fer de lance de la première marche contre les pesticides. Cette manifestation est une réussite populaire. Dans l’élan, elle prend en charge la coordination de la suivante, prévue en 2015. Elle s’y investie corps et âme. Mais au dernier moment la fête est annulée. Des pomiculteurs venus d’ailleurs auraient fait la menace du coup de poing dans ce rassemblement familial. En dernière minute, Fabrice Micouraud, le porte parole d’ONGF Allassac prendra seul la décision d’annuler la manifestation, contre l’avis de la majorité des membres de l’association. Pour Christina c’est le tournant historique de la lutte. La légitimité populaire de Micouraud n’est plus : « il est bien seul maintenant dans l’association, elle ne représente finalement que lui-même ».
Pour Christina, la charte est la conséquence de cette volte-face. Les combattants ayant déserté, déçu du renoncement, elle n’a été construite qu’avec seulement une petite poignée de personnes prête au compromis, voire à la compromission. La légitimité notable et médiatique de l’accord obtenu ne fait aucun doute, certes, mais celle populaire et démocratique pose question. Et Christina d’enfoncer le clou : « nous étions 200 à la dernière assemblée à laquelle j’ai participé. Selon mes informations, ils n’étaient que quatre à la dernière ». Pour elle, la charte n’est donc pas le résultat d’un conflit démocratique mais d’un consensus mou obtenu dans les velours des cabinets. Elle estime qu’elle est d’abord la possibilité pour les pollueurs de se refaire une virginité après le reportage de France 2 qui les avaient épinglés comme acteurs d’un triangle de « la mort » entre Lubersac, Pompadour et Allassac.
« C’est une opération de com’. Ceux qui avaient des pratiques vertueuses auparavant, continuerons, ceux qui ne veulent pas changer leurs pratiques, continueront eux aussi ». Christina s’est confrontée aux juges, aux avocats, aux notables… L’un d’eux lui a avoué : « La justice ne te donnera jamais raison ». Elle est le pot de terre contre le pot de fer. Pour autant, en cet fin d’entretien, malgré tout, elle est prête à avoir tort et considérer que la charte soit utile aux riverains. Elle en a pour cela sollicité la signature. Elle a demandé un filet anti-dérive [kézako??]. Elle a proposé une médiation [avec qui pour quoi faire?]. Mais pour l’instant elle n’a obtenu qu’une fin de non-recevoir (voir mail dans l’encadré). Eh oui ! Qui dit charte ne dit pas loi. La première peut même être le contraire de la deuxième puisqu’elle s’applique selon le bon vouloir de ceux qui importunent. À quand le crime contre le vivant ?
Un Mail qui en dit long
Extrait de la réponse au mail envoyé par Christina Sainte-Marie ayant comme objet « Médiation » à M. CYROT Laurent de la Direction Départementale des Territoires 19 en charge de l’application de la charte. Copie est faite à Fabrice Micouraud (Porte-parole ONGF) et Laurent Reyrolle (président de l’AOP)
« Bonjour Mme Sainte-Marie
comme évoqué au téléphone, j’ai proposé au pomiculteur voisin de votre propriété, M Duviallard [je ne mettrais que M D…], de se lancer dans une médiation. Après réflexion, ce dernier m’a exprimé son souhait de ne pas se lancer dans cette démarche, car il estime ne pas avoir de garanties suffisantes d’un respect des engagements réciproques étant donné le contexte actuel et historique particulier.
Je ne peux qu’en prendre acte, même si je regrette que les tensions entre vous soient telles qu’ils n’est pas possible de mener une médiation. »
Guevarec



