
Nous entendons régulièrement, sortant de la bouche de M. Macron, ou de tel ou telle ministre, cette formule qui inspire, a priori, une certaine forme de soulagement ; en effet, cela veut dire, en général, que sur un sujet précis, il faut se calmer, il faut arrêter et réfléchir, faire le bilan peut-être, etc. parce qu’il y a un schmilblick. Bref, faut être raisonnable ; super. Il y a bien deux choses à stopper en effet. Mais dans le cas qui nous préoccupe, il y a pour le moins entourloupe. Je suis poli. Quand M. Allain Bougrain-Dubourg, dans le trimestriel L’Oiseau mag 1 , en avançant les conclusions de l’IPBES 2 , parle de la responsabilité de l’agroindustrie dans la perte catastrophique de 20 millions d’oiseaux éliminés, entre autres, des plaines européennes, il cite le Président Macron qui a demandé une pause dans la réglementation environnementale de l’UE.
1 er STOP Parlons de la réglementation qui demandait la réduction des pesticides. Elle n’a jamais pu être appliquée. C’est exactement l’inverse qui s’est, et se produit, et il n’y a jamais eu de réduction, sur les pesticides comme sur les engrais et autres intrants chimiques agro-industriels. En 70 ans nous avons dépassé toutes les limites du raisonnable. En effet, l’agriculture conventionnelle ne sert plus qu’à créer des marchés pour de nombreuses industries liées à la chimie, au pétrole et autres sources d’énergie fossile, ainsi qu’aux technologies de pointe, mécaniques, génétiques et numériques. Entre 2007 et 2017, la consommation de pesticides en France a augmenté de 20 % 3 malgré un « plan national écophyto » sans réelle obligation de résultat parce que sans calendrier et destiné à gagner du temps. Je suis gentil. Il n’y a pas eu de pause et RIEN n’indique, dans l’économie actuelle, mondialisée, hyperproductiviste et énergivore, qu’il va y en avoir une. 1 er mensonge. Open bar pour tous les intrants.
Et M. B-D. ajoute que la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux) « demande une pause dans l’inaction du gouvernement ». Mort de rire.
2 e STOP Parlons de l’inaction du gouvernement. Il n’y a jamais eu « inaction ». Le gouvernement est un gouvernement « FNSEA », et ce depuis l’installation du système, à partir de 1950, bien rodé maintenant, fondé sur la nébuleuse État et institutions (chambres d’agriculture, Safer, grandes écoles agronomiques et lycées agricoles…), FNSEA, banques, recherche et
labos-industries, agro-alimentaires et industries chimiques, mécaniques. Et tout ce petit monde a été au contraire très actif. Tout ce petit monde est hors-sol, incestueux, tripatouille dans les intérêts des multinationales. La moitié des membres du gouvernement français sont millionnaires : quelle valeur peuvent-ils donner au bien public, à la santé des habitants, celle du vivant ou des sols, le climat, la planète ? Inaction ? 2 e « erreur » d’analyse, hi hi ! je suis bien hypocrite.
Il n’y aura pas de pause, et surtout pas au niveau du temps, de l’énergie et des milliards dépensés dans la com’ pour nous enfumer.
1 L’Oiseau mag, été 2023, p. 18 2 Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques 3 Fabrice Nicolino et François Veillerette, « Nous voulons des coquelicots », Les liens qui libèrent, 2018, p. 79-80
23 – LA TROUSSE CORRÉZIENNE N° 50
CRISSSS





