
société Par NACER BENFRIHA Le Président de la République Emmanuel Macron s’interrogeait dans ces vœux aux Français : « Qui aurait pu prédire la vague d’inflation ou la crise climatique aux effets spectaculaires ? ». Pourtant depuis au moins 1972 et le rapport Meadows 1 , il apparait clair que notre organisation économique et sociale n’est pas viable. Sans remise en cause d’une logique de croissance matérielle exponentielle, il est probable que nous nous dirigions vers une pénurie globalisée dû à une surexploitation, et une pollution généralisée que les écosystèmes ne pourront plus compenser.
Dès la fin des années 1990 on voit l’apparition Biosécurité : s’adapter pour ne de phénomènes alarmants confirmant les pires pas évoluer prévisions des études citées, alors que paradoxalement on célèbre « la fin de Dans le cadre de la grippe aviaire, et malgré le l’histoire » et la « globalisation heureuse ». lien structurel entre l’élevage industriel et ces L’agriculture, jusque-là partiellement épargnée épizooties, l’État a choisi une approche par la dérégulation économique, devient un considérant la faune sauvage comme étant le pivot central de cette mondialisation des problème. Cette question d’identification des échanges. Les fermes s’industrialisent, mécanismes de propagation est un enjeu appuyées par des subventions publiques qui crucial, car elle va conditionner la réponse financent la standardisation et la concentration apportée par les pouvoirs publics. En d’animaux et de végétaux. Ces derniers choisissant d’incriminer en priorité l’avifaune, deviennent de simples objets à produire avec on fait porter le poids du problème sur les un minimum de coûts. élevages fermiers, en agriculture biologique et plein-air En parallèle la sélection génétique à des fins récurrente de sortie pour les animaux. Le but économiques et la déforestation pour est avant tout de préserver le droit d’export, alimenter le bétail détruisent la diversité des considérant que le risque majeur est d’abord espèces. Entre 1970 et 2018, la planète a perdu d’ordre économique. 69% de ses vertébrés sauvages 2 . Alors qu’en 1960 on comptait 5 milliards de poulets Pour comprendre la réponse des pouvoirs d’élevage sur la planète, ils sont plus de publics, il faut s’intéresser à un concept aux 25 milliards en 2020. Dans le même laps de contours plutôt flous mais qui se propage à temps on compte 16 994 épidémies pour tous les secteurs de la société : la biosécurité. 254 maladies infectieuses. Une biodiversité Cette idée émerge à la fin des années 1990 avec riche limitait jusque-là nos interactions avec les 1 ers cas d’IAHP en Asie, la multiplication des d’autres espèces hébergeant des pathogènes scandales sanitaires type « vache folle », la pouvant évoluer en pandémie. Mais ces recrudescence de maladies nosocomiales dans tampons n’existent quasiment plus et la les hôpitaux due à l’antibiorésistance ou encore question n’est désormais plus de savoir si une les lettres piégées au bacille de l’anthrax aux telle chose va se produire mais quand. USA en 2001. Tous ces éléments ont amené à réévaluer notre rapport au vivant de plus en Vers une multiplication des virus plus perçu comme un problème potentiel à gérer. Un des exemples les plus probants est Les technico-administratifs concernés ont alors l’émergence du virus Nipah en Asie. Pour Serge développé des protocoles mêlant approches Morand 3 , on a là l’illustration des liens de médicales et militaires, et diffusé cette logique corrélation forts entre « perte locale de notamment dans l’agriculture pour pallier les biodiversité [et] densité croissante d’animaux conséquences d’élevage ». Le chercheur raconte comment industrialisation. Le but est de nous adapter l’Indonésie, pays musulman ne consommant aux conséquences de l’agro-industrialisation, pas de porc, s’est mis à développer une pour ne pas avoir à faire de changements industrie porcine d’exportation. En 1998, sous la profonds. pression de la déforestation intensive liée à Le succès de la biosécurité s’explique par la l’export d’huile de palme et du phénomène de complémentarité entre standardisation des réchauffement El Niño, les chauves-souris, processus connues pour héberger de nombreux standardisation administrative côté État. Les pathogènes, ont migré dans les arbres d’une services de l’État vont construire des outils de exploitation industrielle. Les fruits de ces arbres servant à nourrir les cochons ont été contaminés, puis les cochons et les travailleurs. Sur les 276 personnes contaminées, 106 sont mortes et plus d’un million d’animaux ont été abattus.
Autre exemple, l’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP) qui frappe la planète et décime les élevages avicoles, la faune sauvage, et passe de plus en plus la barrière des espèces. Santé publique France la décrit comme « épizootie sans précédent, […] IAHP la plus dévastatrice que l’Europe ait jamais connue ». Le ministère de l’Agriculture parle de « situation sanitaire détériorée » et « de mortalités importantes dans la faune sauvage ». Connue depuis l’Antiquité, la grippe aviaire s’est manifestée de manière sporadique dans l’histoire avant de réémerger de façon récurrente à partir de 1997 et l’intensification de la globalisation. En France le 1 er cas est renseigné en 2006 et depuis on compte six épisodes dont le dernier dure depuis l’été 2021.
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contrôle à partir des pratiques industrielles, proches des leurs, et exiger de tous les opérateurs qu’ils s’alignent dessus. Ce faisant, ils conditionnent les règles d’installation en créant un droit d’entrée technique, et mettent une pression par des normes inadaptées aux petites et moyennes fermes. Pour pouvoir continuer, il faut alors réinvestir dans des aménagements et de la biotechnologie type vaccin qui éloignent petit à petit des méthodes fermières. Repenser la Politique
Il est donc nécessaire de sortir d’une logique notamment, par l’interdiction industrielle dans l’agriculture. L’objectif ne peut plus être tourné vers un export démesuré. C’est ce que souligne le rapport d’Oxfam 4 en indiquant qu’il faut « replacer les paysans au cœur des tissus économiques encourageant les circuits courts et les systèmes alimentaires territorialisés ». Nous avons la chance en Europe et en France d’avoir des outils financiers (PAC) et techniques (chambres d’agriculture, ARDEAR et CIVAM) pour enclencher dès demain une transition vers des systèmes plus vertueux. Il ne manque plus qu’une vraie volonté politique, prête à en finir avec la pratique de cogestion où l’État délègue à la FNSEA la question agricole 5 . Ça dure depuis 1960 et chacun appréciera le résultat.
Donella Meadows et Dennis Meadows, Les limites à 1 la croissance (dans un monde fini), 1972. Rapport du WWF à partir de celui de l’IPBES 2019. 2 Serge Morand est biologiste, écologue et 3 parasitologue, chercheur au CNRS et au CIRAD ; « Accroissement du bétail : un facteur pandémique mondial », juillet 2020. sanitaires de son « Journée mondiale de l’alimentation – Une 4 transition agricole et alimentaire s’impose pour le climat, la faim et les femmes », Oxfam, octobre 2019. Gilles Luneau, La forteresse agricole – Une histoire 5 de la FNSEA, Fayard, 2004.
côté production agricole et
en





