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La Trousse Corrézienne

LTC 21 · 2 novembre 2018

Les PESA en Corrèze : analyses et chiffres

Les PESA en Corrèze : rencontre avec le SNUIPP

Le SNUIPP confirme que l’année de PESA est très lourde, avec une charge de travail importante. C’est clairement une année difficile. Une étudiante qui avait fait la première année de médecine disait « je travaille au moins autant ! »

On constate « une vraie souffrance des stagiaires, lié à la situation professionnelle initiale, et au fait, pour beaucoup, de vivre les critiques de la hiérarchie »(SNUIPP).

Les résultats du concours donnés, les stagiaires ont connaissance de leur affectation en juillet, pour prendre leur poste à la rentrée de septembre. Cette année 16 postes étaient à pourvoir en Corrèze sur les 80 du Limousin. Ceux qui passent le concours dans l’académie de Limoges n’obtiennent pas toujours une affectation dans le département souhaité, majoritairement la Haute-Vienne. Cette année, il y a eu une démission, et donc 15 stagiaires occupent 15 postes à mi-temps, pour lesquels ils bénéficient de seulement deux jours de tuilage avec le professeur titulaire de la classe.

Un nombre important de stagiaires effectue sa rentrée en septembre sans avoir jamais appréhendé un groupe classe, ni la rigueur demandée au travail de préparation, ni les contraintes administratives. Étant donné la charge de travail, le professeur dont il complète le temps de travail ou les collègues de l’école n’ont pas toujours la disponibilité nécessaire pour une transmission d’expériences, et le stagiaire se sent alors seul, même s’il suit avant la rentrée une journée de formation « tenue de classe ».

Certains suivent en même temps le Master2 MEEF qu’ils doivent valider, ce qui pour les stagiaires correspond aussi à une charge de travail, et une charge mentale fortes en particulier la réalisation des dossiers demandés.

Si on ajoute les temps de trajet de certains (lieux de résidence-école-lieu de formation), le stress monte vite.

La difficulté est alors de le dire et de demander de l’aide, puisque le maître tuteur est à la fois accompagnant et évaluateur : certains sont bienveillants et aidants. D’autres sont cassants et dans l’injonction, ce qui est connu de l’Inspection. La pression est telle par rapport à la titularisation que nombreux sont ceux qui ne disent rien et ne souhaitent pas que l’on fasse intervenir l’inspecteur : « il y a une réelle souffrance des stagiaires liée à la façon dont est organisée la formation, liée à vivre aussi les critiques de la hiérarchie « sans rien dire ». (SNUIPP)

D’autant plus difficile à vivre pour certains, avec déjà une autre expérience professionnelle, plus âgés qui n’ont plus l’habitude d’être infantilisés et mal-traités.

La formation est le plus souvent dispensée sous forme de cours magistraux avec le désormais célèbre diaporama en appui, ce qui ne répond pas aux attentes des stagiaires en mal de savoir-faire plus que de savoirs.

Certains, en souffrance profonde, sont arrêtés. D’autres continuent avec des rapports qui pointent systématiquement les côtés négatifs de leur travail, en situation de faiblesse totale face à la titularisation.

En clair, la bienveillance que l’on exige des professeurs en général, le principe même de « un professeur doit tout mettre en œuvre pour que les élèves réussissent » n’est pas dispensée aux professeurs en formation.

La titularisation des PESA en Corrèze (source SNUIPP)

La titularisation des PESA en Corrèze (source SNUIPP)

Année 2015-2016

46 PESA entrent en formation + 3 redoublants (dont deux en reconversion), soit 49 PESA.

En cours d’année 2 PESA démissionnent. L’un, au bout d’un mois, se rend compte qu’il (elle) n’est pas fait(e) pour le métier et reprend son ancienne profession, le second est l’un des trois redoublants.

A la fin de l’année, 8 licenciements (6 à l’issue de leur 1e année sans avoir redoublé, et les 2 redoublants restants ).

Année 2016-2017 :

19 PESA entrent en formation (+ 3 redoublants), mais une collègue ne prend pas son poste car a été reçue en même temps au CAPES et choisit le second degré soit 21 PESA.

En cours d’année : 1 redoublant démissionne.

A la fin de l’année, un redoublant est licencié.

Année 2017-2018 :

31 PESA entrent en formation, dont 5 recrutés sur liste complémentaire du concours.

En cours d’année, 1 PESA démissionne. 2 sont malades (longue durée). L’un pourra reprendre avant la fin de l’année scolaire, l’autre non, pour info ces deux collègues étaient en reconversion. Ces deux PESA verront leur stage prolongé (ils ne sont pas redoublants, mais prolongés).

En fin d’année 2 PESA ne sont pas titularisés, mais acceptés en redoublement pour 2018/209.

Année 2018-2019 :

18 PESA dont deux redoublants ont pris leur poste sur 16 postes pourvus : un a renoncé au bénéfice du concours ne voulant pas travailler en Correze, soit 17 PESA.

Un PESA 2017-2018 est en congé long en fin d’année scolaire, prolongé cette année, est toujours en congé long.

L’année 2015-2016 a connu les premiers licenciements sans avoir redoublé (cela ne s’est pas reproduit depuis). Avant cette terrible année 2015-2016, il y avait eu pour la première fois plusieurs redoublements à l’issue de l’année 2014-2015 (sachant qu’il y avait deux concours différents cette année-là , réforme de la formation oblige) Auparavant, il y avait à titre exceptionnel un redoublant occasionnel, qui souvent avait besoin d’une année de plus pour être titularisé.

Selon le SNUIPP, « le projet de réforme Blanquer de la formation laisse craindre une dégradation encore plus grande pour les années à venir (le projet est présenté dans ses grandes lignes sur le site du café pédagogique ). Qui pourra encore résister, à part ceux qui auront la plus grande motivation. »

Témoignage d’un(e) PESA licencié(e) en 2016

Nous avons été onze à passer en commission devant le jury, huit à être licenciés.

Ce qui est violent, c’est de ne pas comprendre. Je savais que j’avais des difficultés avec une des deux classes dont j’avais la charge. Elle était à double niveau. L’inspectrice ne passait que dans une classe, et c’était celle-ci. Elle m’avait dit à l’oral « vous êtes comme les élèves, des apprenants, et vous avez des difficultés, c’est normal. » Cela m’avait rassuré. Elle avait noté des fragilités et « pensait » proposer le renouvellement du stage.

J’ai validé le MEEF, auquel je m’étais inscrit(e) « pour me donner plus de chances pour la titularisation » qu’on m’avait dit ! J’avais un avis favorable de l’ÉSPÉ.

L’audition devant le jury est violente. À un moment, j’ai évoqué que dans l’autre classe tout se passait bien. Il m’a été répondu que le jury ne disposait d’aucun élément sur celle-ci, et qu’il ne pouvait donc pas en tenir compte. Mon dossier ne portait que sur la classe difficile.

Le plus difficile, c’est qu’au final, on pensait que l’Éducation Nationale justifierait sa décision. Mais on a reçu juste une notification de non titularisation et non renouvellement de stage. C’est tout. Juste une notification.

Certains ont demandé le compte rendu de la commission. Ils ont reçu un tableau de compétences, avec deux colonnes, (Acquis/Non Acquis). Toutes les croix étaient placées en Non acquis. Et pourtant quand on arrive devant le jury, on a un dossier, et tous nous avions validé des compétences.

Cette année là, nous étions dix-huit sur quarante-huit à être en suivi : quasiment quarante pour cent ! On s’en est rendu compte tard, car c’est « mal vu » d’être en suivi. Alors personne n’en parle, on le garde pour soi. Et puis au fur et à mesure, certains ont parlé, et là, le nombre, cela nous a surpris.

Il n’y a pas de représentant de l’ ÉSPÉ au jury. Ce que j’ai compris, c’est que personne n’a rien pu faire, et que l’ ÉSPÉ aussi a été choqué des résultats.

Et je me rends compte, chaque fois que j’en parle, que tout le monde est estomaqué. c’est pour cela que je tiens là à parler.

Il n’y a aucun réel recours sauf à écrire une lettre au recteur qui est celui qui vient de …signer votre licenciement, ou saisir le tribunal administratif.

Certains ont repassé le concours dans une autre académie, ont donc refait une année de stage, puis ont été titularisés.

Moi, cela m’a choqué(e). Je n’ai pas compris. Comment peut-on parler de « manquement grave »? Quels sont les critères de décision?

On aurait tous aimé un vrai motif, des explications.

Sans explications, c’est difficile pour moi de repasser un concours. J’ai peur de la suite.

Après on s’est dit aussi, que c’était une année où on était nombreux, et qu’il n’y avait pas assez de postes de titulaires pour tous…

Et ailleurs ?

La souffrance en formation des professeurs stagiaires en général, des professeurs des écoles en particulier est connue, et « la sonnette d’alarme » tirée.

Des témoignages nombreux sont disponibles. On peut lire ainsi, le témoignage d’un journaliste, reçu au concours de professeur des Écoles en 2015, qui analyse clairement et avec distance son expérience.

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1635694-je-suis-un-des-434-instituteurs-stagiaires-qui-n-ont-pas-fini-l-annee-scolaire.html

En avril 2017, un mouvement de grève s’est déclenché à l’ESPE Grenoble. Les professeurs stagiaires dénonçaient en particulier « Des conditions de travail particulièrement difficiles, des contenus de formation déconnectés des réalités de l’enseignement et des pressions administratives sont dénoncés par les stagiaires. » https://www.letudiant.fr/educpros/actualite/grenoble-vitrine-difficultes-des-espe.html

Le SNUipp, syndicat majoritaire dans l’enseignement primaire, effectue annuellement une enquête auprès des professeurs des écoles stagiaires. L’enquête pointe des « stagiaires surchargés » par le travail en classe, la préparation et la correction, et le temps de formation ainsi que le temps personnel de travail correspondant à la formation, avec en plus pour beaucoup des temps de transport importants. Les stagiaires se sentent débordés (70%) et stressés (65%), et insuffisamment préparés à prendre une classe en responsabilité. 3,4% ont été affectés dans une classe de Cours Préparatoire, alors même que la circulaire du 17/06/2014 recommandait d’éviter cette affectation. https://www.snuipp.fr/actualites/posts/comment-rendre-le-metier-attractif

Un rapport du sénat du 25 juillet 2018 relève la lourdeur de l’année de stagiaire, qui surchargés manque de temps pour prendre du recul. Le rapport Eurydice32(*) montre que les enseignants français sont plus nombreux que leurs homologues à considérer qu’ils ne sont pas bien préparés pour accomplir leur travail, en particulier en ce qui concerne la théorie et la pratique de l’enseignement.http://www.senat.fr/rap/r17-690/r17-690_mono.html#toc67

On attend

Un(e) Enseignant(e) Maître Formateurs(trice) (EMF) avait accepté de témoigner. Elle devait demander à son supérieur hiérarchique, qui devait demander à son supérieur hiérarchique, qui devait demander à son supérieur hiérarchique, qui devait demander à son supérieur hiérarchique, qui devait demander à son supérieur hiérarchique, qui devait demander à son supérieur hiérarchique, qui devait demander ….

Il, elle a prévenu, ce peut être long, pouvez vous attendre ?

La titularisation des PESA au niveau national

Extrait EducPros (1)

« Un document du ministère de l’Éducation nationale, révélé par EducPros, fait état d’un doublement des licenciements de stagiaires entre 2013 et 2016 et d’une hausse des démissions.

(…)

« Pour le premier degré, la part de licenciements est passée de 1 % en 2012-2013 à 1,8 % en 2015-2016. (…) Ainsi, en 2012-2013, sur 9.000 stagiaires, 44 étaient licenciés après la première année, 79 après la seconde et 342 voyaient leur année de stage renouvelée contre, respectivement, en 2015-2016 et sur 15.000 stagiaires, 144, 189 et 758. »

(…)

« Les démissions de stagiaires sont, elles aussi, à la hausse. Elles sont passées de 1,9 % à 2,8 % des stagiaires du premier degré entre 2014-2015 et 2015-2016 »

(…)

« Parmi les raisons invoquées, la question de la difficulté de l’année de stage, qui a secoué l’ÉSPÉ de Grenoble, figure en bonne place. « L’année de stage est très lourde. Les stagiaires en difficulté se retrouvent dépassés et n’ont pas le temps de se reprendre », souligne Alain Billate. « Le mi-temps entre responsabilité en classes et préparation du master fait que les gens sont tellement sous tension qu’ils échouent », justifie Stéphane Crochet. Mais, au-delà des suppositions, « nous n’avons pas beaucoup d’éléments pour comprendre cette hausse », admet Jacques Ginestié. »

(…)

(1) https://www.letudiant.fr/educpros/actualite/enseignants-en-trois-ans-les-licenciements-de-stagiaires-ont-double.html

Capture !

Nous avons demandé un entretien avec l’ÉSPÉ.

Après quelques rappels téléphoniques, il nous a été conseillé de joindre M. Gratadour, (doyen des Inspecteurs de l’Éducation Nationale, académie de Limoges). Au moment où nous écrivons, nous n’avons pas encore réussi à le joindre.

M. Gratadour nous rappelle que le jury est souverain, il examine les dossiers avec les avis, les commentaires et le rapport final du tuteur.

S’il y a un ou 2 avis défavorables, le candidat sera convoqué. S’il y a disjonction entre les 2 avis favorables et les commentaires du tuteur ou de l’IEN, le stagiaire peut être convoqué.

M. Gratadour reconnaît que ces critères ne sont pas limpides et lisibles pour les stagiaires ( !). Il faut faire confiance aux avis des IEN et de l’ESPE.

Les attendus doivent être plus clairs. Cette année, M. Gratadour proposera au jury de ne convoquer que les stagiaires ayant un ou 2 avis défavorables.

SNUIPP : Cette proposition nous parait plus cohérente en effet.

M. Gratadour a admis l’attitude parfois « coercitive » de certains formateurs et nous a assuré tout mettre en œuvre pour que cela cesse.

Glossaire

CRPE : Concours de Recrutement des Professeurs des Écoles

EMF :Enseignant Maître Formateur en charge en particulier du suivi d’un ou plusieurs PESA. Ces rapports constituent un avis pour de la titularisation

ÉSPÉ :Écoles Supérieures du Professorat et de l’Éducation (dépendent de l’université)

MEEF : Master mention : Métiers de l’Enseignement, de l’Éducation et de la Formation

PES : Professeurs des Écoles Stagiaires

PESA : Professeurs des Écoles Stagiaires en Alternance (c’est pareil que PES)

Le dossier : devenir professeur des écoles
Le dossier : témoignages
Le dossier : les PESA en Corrèze
Le dossier : proposition

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