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La Trousse Corrézienne

LTC 5 · 4 mars 2016

Le syndrome de la chasse d’eau

Il est saisissant de constater avec quelle minutie l’être humain occidental se sépare de ses déjections en évitant au maximum de les prendre en considération !

Comme si ces déjections corporelles constituaient une partie tellement impure de notre existence qu’elles ne méritent pas la moindre attention ni le moindre égard.

Imaginez une pièce carrelée, désinfectée jusqu’au plafond. Vous êtes assis sur une lunette désinfectée ! En train de faire caca dans une eau… désinfectée elle aussi. Pas très dur à imaginer ! Tirez la chasse et hop tout rentre à nouveau dans l’ordre ! L’infection étant partie loin de votre regard, la satisfaction du devoir accompli dans un respect parfait des règles d’hygiène vous rassure ! Personne ne verra votre partie sombre, elle a été emportée par l’eau chlorée.

L’eau est un vecteur, elle transporte, c’est pratique mais elle est le plus mauvais des endroits (l’eau chlorée d’autant plus) pour évacuer et transformer nos déjections ! Le souci c’est qu’elle rend la zone d’épuration très pauvre en oxygène. L’oxygène est principale source d’énergie pour les organismes de transformation et purification des matières organiques. Le manque d’oxygène stimule le développement des micro-organismes de putréfaction, générateurs de maladies graves et ralentit puis limite la qualité du processus d’épuration.

Et si ce geste si courant aujourd’hui, symbole d’une société hygiéniste, fière d’une avancée salubre et salutaire nous éloignait toujours plus du vivant, de notre lien à la Terre ? Une simple traction synonyme de confort et de propreté limitant à ce point l’effort que nous en oublierions d’où vient la vie !

L’agriculture nourricière est intimement liée à l’animal et à ses déjections, source de fertilité pour les sols, nourriture énergétique pour les micro-organismes responsables de l’amélioration de la terre, substrat de la croissance végétale.

L’infiniment petit vivant, mis autrefois au rang de forces divines est aujourd’hui (un peu) mieux compris par le milieu scientifique mais complètement dénigré, voir même ignoré, de la plus grande partie de notre société occidentale. Seul le microbe pathogène est considéré et plébiscité par les médias.

Nous croyons vivre seuls avec nous-mêmes, aveuglés par notre égo supérieur intellectuel, mais il n’en est rien ! Sans les cortèges de bactéries et levures présentes dans notre intestin (et partout ailleurs), nous ne serions rien. Nous sommes une équipe à nous tous seuls ! Faire équipe avec son intestin est la base de la santé humaine, selon la naturopathie. Ce que nous mangeons influe sur ce que nous sommes… Ce que nous sommes, nos émotions, influent sur nos déjections et vice versa (« je me chie dessus »… « Vas chier »… « Il est constipé ou quoi »… « à pisser de rire »…). Pourquoi donc alors dénigrer ce travail collectif, au point de le dévaloriser au rang de déjection impropre à toute transformation positive!

Ce geste quotidien d’actionnement d’une petite manette pour faire disparaitre cette source énergétique, lien entre l’animal et le végétal nous raconte bien des choses sur notre posture d’humains déracinés. Notre lien aux cycles naturels est aujourd’hui extrêmement fin.

Les exemples rimant avec chasse d’eau ne manquent pas… Au point d’y voir un syndrome !

Pesticides et herbicides détruisant toute vie sur leur passage au motif de protéger et nettoyer.

Médicaments traitant de manière symptomatique au détriment des systèmes immunitaires.

Incinération massive des déchets ménagers, enfouissement des déchets nucléaires, océan poubelle…

« Hors de ma vue ! » du racisme populaire, nettoyage au Kärcher de la pauvreté dans les centre-villes…

Pas le droit de pleurer si t’es un homme ! CHASSE moi tout ça de ton visage !

L’utilisation de toilettes dites sèches replace une partie des activités de l’individu dans le cycle naturel des matières organiques. Recycler son caca pour le transformer en compost, l’or noir des cultures, énergie pure pour les plantes, tout en évitant de polluer l’eau potable, et ce ne sont probablement pas les seuls avantages de leur utilisation.

L’affaire est peut-être bien plus profonde !

OUI ! il faut un peu prendre sur soi ! Gérer son caca et celui des autres… Pas de bruits mais de l’odeur ! Aller vider, remuer le tas et y apporter des matières vertes, remuer encore, améliorer les conditions de transformation, nettoyer soigneusement les contenants et se fournir en copeaux…

Au delà des efforts que cela demande, vient en suite un rapport différent avec la matière sécrétée. La gestion de ces déjections s’immisce dans le quotidien et devient naturelle. Elle donne un sens retrouvé à l’existentiel des individus, habitants terrestres organiques et compostables.

Quid ici du rapport à notre gestion des parties de nous-mêmes que nous désirons rejeter. Tares physiques, dissimulation de nos parties immorales, émotions refoulées… ?

La traction de la chasse d’eau ressemble à s’y méprendre à une propension développée à faire l’autruche en ce qui concerne la partie (re)cyclage de notre présence sur notre planète nourricière.

Les écolos et leurs toilettes sèches cheminent sans doute, par une hygiène morale, naturelle, pourquoi pas émotionnelle, vers la prise en considération et la transformation de leurs parties sombres… en OR ! Une sorte de développement personnel guidé par un lien restauré en l’homme de sa nature…de chieur !

Pour aller plus loin

Le site de référence international de Joseph Orszagh, ingénieur chercheur Belge qui a popularisé les Toilettes à Litières Biomaîtrisée (TLB) et mis en ligne ses recherches. « Le concept de EAUTARCIE est une des formulations possibles de l’assainissement écologique, avec une particularité : au lieu de faire l’inventaire des problèmes, on remonte aux sources de ceux-ci et l’on propose des solutions efficaces, simples et bon marché. ». www.eautarcie.org.

Le livret d’Eric Sabot, La pratique du compost et des toilettes sèches, édité par La maison autonome, 2008. « D’un geste désinvolte nous jetons à la poubelle ou tirons la chasse d’eau pour nous débarrasser d’une richesse qui doit être gérée au mieux afin de préserver cette précieuse couche d’humus à l’origine de la vie »

Le Réseau d’Assainissement Écologique (RAE). Ce sont environ 50 structures en France qui œuvrent pour la promotion d’un assainissement écologique et donc pour le développement des toilettes sèches. Chaque année, depuis dix ans, ils se retrouvent pour une bien nommée Intestinale afin d’échanger sur leurs pratiques et faire avancer ensemble la cause auprès des ministères. Le RAE édite aussi en ligne une plaquette didactique pour la mise en œuvre de TLB familiales. http://www.rae-intestinale.fr/

En Corrèze : l’association Le Battement d’ailes et l’entreprise Toilettes and co. Il y a dix ans le centre agroécologique était le premier en Corrèze à proposer des toilettes sèches pour les festivals et les manifestations publics. Il a transmis cette année cette partie de l’activité à l’entreprise Toilettes and co. Elle poursuit la professionnalisation de ce qui est devenu un métier. Le Battement d’ailes reste un interlocuteur pour répondre aux questions des particuliers et collectivités sur les TLB. www.lebattementdailes.org – www.toilettesandco.com

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