
On va parler du rap (pour une fois) francophone quand la majorité tend à dire que le rap, c’était mieux avant, mais avant quoi déjà (1)?
Le rap, c’est avant tout une façon de s’exprimer, c’est un pilier de la culture Hip-Hop, avec le graffiti, le beatbox, la breakdance, et le scratching : modification manuelle de la vitesse d’un disque. Il est donc une sorte de musique parlée sur fond de boum-boum comme disait ma grand mère ( « cesse donc ton boum-boum de racaille petite! » ). On oscille entre 70 et 110 BPM ( battements par minutes ) pour un rythme plus ou moins énergique. Selon les uns nés en Afrique avec les sound systems dans les années 40, selon les autres aux States dans la réalité quotidienne des ghettos dans les 70’s. En France, c’est avec l’apparition d’internet et donc la facilité de partage au niveau international ( la mode et la télé aident aussi ) que le rap connaît son âge d’or dans les années 80. Sous forme revendicatrice, identitaire, il dénonce ( souvent ) les inégalités sociales de façon poétique ou pas. Selon les artistes, qui se veulent lyriscistes engagés et militants, on parle de rap mélancolique (nMc Solaar, Kery James ), engagé ( Akhenathon, Sniper ) , dansant ( Neg’Marrons, MC Malcriado ) ou carrément multi-ethnique avec Dub Incorporation
Les rappeurs/ rappeuses balancent leurs états d’âmes, ou juste leur quotidien, racontent des histoires vécues, créent des rimes impromptues, et de nouveaux mots entrent même dans le dictionnaire (2), le verlan devient populaire et beaucoup de jeunes s’identifient à ces personnages charismatiques des années 80-90. Avec la création de lignes de vêtements (3), les rappeurs s’assurent légitimement une pérennité financière alors que le rap est présenté comme un art éphémère. Mais finalement comme la Tour Eiffel, le rap n’était pas voué à disparaître et connaîtra même de belles années, on pense par exemple aux concerts « Urban Peace » et à l’apparition du rap féminin (toujours français) avec notamment Diam’s et Lady Laistee. On peut trouver aujourd’hui de nombreux concerts, festivals de hip-hop en France, pour n’en citer que quelques-uns le « Culture Hip-Hop Festival » en Bretagne, le « Scred Festival » à Paris ou encore le nouveau « L’âge d’or du rap français » dans tout les Zéniths de France a partir du 3 mars 2017.
Rap: n.m. De l’argot américain: to rap: baratiner. Style de musique soutenant un chant aux paroles improvisées ou non, scandées sur un rythme très martelé. (Source: Larousse édition 2011)
Paris, décembre 2016: métro Marcadet-Poissonier, je me rends au 80 de la rue Marcadet, là où précisément se situe la Scred Boutique, crée par 5 rappeurs indépendants (Koma, Haroun, Mokless, Fabe et Morad) du groupe Scred Connexion, c’est avant tout le meilleur endroit pour trouver du bon son rap d’hier et d’aujourd’hui, mais aussi un endroit sur fond de rires et de partages, où on entend bien propager la culture rap indépendant. Je peux donc librement discuter de rap féminin, des chicos de Joey Starr et du nouvel album de Demi Portion (« 2 chez moi » , sorti le 20 janvier 2017, du collectif L’animalerie) et ça, ça fait plaisir. Je ressors avec cinq albums et un pull scandant le message du groupe : « Jamais dans la tendance, toujours dans la bonne direction » , et en cadeau, un paquet de feuilles longues illustré. Les rappeurs, tous fumeurs? Non, et je garderai cette relique et continuerais de glousser des paroles parfois brutes, mais engagées, et le langage y est. Chaque rappeur nous offre une histoire, un vécu. Parfois certains insinuent que le rap est un art qui ne nécessite pas de réel talent, et il est vrai qu’on peut trouver des fautes de français dans certains textes (4) (exemple dans « au summum » du groupe 113: « on sait c’est qui qui domine » , Ribéry sort de ce corps!), du coup on voudrait dire merci à des mecs comme Kacem Wapalek, du collectif « L’animalerie » qui organisent des ateliers d’écriture pour les petits et les grands.
Alors entre celui qui pense que la musique de la génération précédente est forcément meilleure, et celui qui se contente d’adapter ses goûts musicaux à ce qu’il entend et pas le contraire, difficile de se faire une idée sur la question « était-ce mieux avant? ». Plutôt que de se contenter des bons souvenirs, ne faudrait-il pas se concentrer sur ce qu’il y a de beau aujourd’hui dans le rap -ou dans la vie- et il y a tant de belles choses. L’histoire du rap, c’est qu’il a connu une époque formidable, puis un rap que j’appellerais « intermédiaire » s’est créé: le rap commercial, le Jul, le Maître Gims…
« Tu sais pourquoi on a deux oreilles et une bouche? Parce qu’on a deux fois plus besoin d’écouter que d’parler. » Kacem Wapalek (album Je vous salis ma rue, 2015)
Oui, j’aime le rap, celui d’hier, et celui d’aujourd’hui, pas le rap qu’on veut me faire fredonner parce qu’il passe en boucle à la radio, j’achète mes albums sur internet ou en boutiques, et je partage, je chante, j’écris même car j’aime à garder mes passions intactes.
(1)« C’était mieux avant » : expression qui montre une certaine nostalgie quant à quelque chose qu’on considère changé. Peut s’appliquer à beaucoup de domaines, les bagnoles, les restos, la politique…Et pour en expliquer l’utilisation : C’était mieux avant ou le syndrome du rétroviseur de P. Nussbaum et G. Evequoz aux éditions Favre.
(2) Glossaire du verlan dans le rap français, édition L’Harmattan 2015 par Valéry Débov
(3) Par exemple Unkut, marque de « Street Wear » alliant le style extra large américain et le style français. Le rappeur Booba (autoproclamé « duc de Boulogne ») a créé cette marque en 2004 parce qu’il se plaignait de ne « jamais trouver les sapes qu’il aime à sa taille ». On est content pour lui, entre 30 et 50 euros le tee-shirt…
(4) Comte de Bouderbala: le rap français (sketch sur les fautes dans le rap)
Sarah Alji-Magallanes





