En toute modestie j’étais le meilleur, le choix pertinent. J’étais à ma place. On ne peut plus à ma place. Comme rarement quelqu’un fut à sa place. J’étais l’Ulysse de la place, du chemin. Je faisais l’unanimité du bas comme du haut de la hiérarchie, ainsi que des prescripteurs. Seulement voilà, c’était sans compter le contexte. Il a fallu que les petits potentats locaux se mêlent du sabotage du modèle de protection sociale à la française. La mairie de Brive a fait main basse sur les chantiers d’insertion. Par la méthode de la démocratie passive, virtuelle (qui s’abstient… qui vote contre… alors nous sommes tous d’accord) pas besoin de voter pour avoir voté. Donc l’agglo de Brive crée une régie associative pour remplacer ses régies communales pleines de fonctionnaires fainéants et de charges patronales insoutenables. Le grand bluff de l’optimisation fiscale. Faire payer au département et à l’Europe les charges de fonctionnement de la ville. Comme la mutualisation fait payer à l’agglo les charges de la ville. Résultat, « bon bilan monsieur le Maire » : baisse des charges avec qualité de service équivalent.
Il n’en reste pas moins que j’étais à ma place, moi petit rouage du système, occupé à promener les « cas soce » dans les chemins bucoliques de Corrèze, les motivant à ce bouger le cul. Mais voilà, j’ai un nom à coucher dehors avec un ticket de logement à la main, un de ces noms qu’on n’oublie pas. Mon hégémonie « Gramscique » s’est heurtée à mon passé de chargé de mission, trublion, pistonné au placard. La haine des illégitimes, des mis en défaut, des incompétents démasqués, des gens qui ne sont pas à leur place est tenace, surtout envers ceux qui les ont contraints à se dévoiler. Cette personne morale mesquine et revancharde qu’est l’agglo a mis son veto à mon embauche. Pour la seconde fois elle violait la constitution et les droits de l’homme en m’empêchant de travailler.
Leur hégémonisme a eu raison de mon hégémonie.
Marto



