
Ni Charlie, ni pas Charlie, quelques jours après ces terribles événements et le délire collectif qui s’en est suivi, il m’est apparu évident qu’il valait mieux rester moi-même et appliquer la formule de Descartes « Cogito ergo sum ». Des images datant du siècle dernier me sont venues en mémoire, images de propagande à la veille de la première guerre mondiale, images de l’époque de Vichy… des heures tristement glorieuses de notre république !
Le ton était donné et se développait sur une rhétorique guerrière : la démocratie, la liberté, la civilisation face à la barbarie, la menace islamique. L’appel à l’Union sacrée du président de la république, à la mobilisation générale devait rassembler tous les démocrates et les défenseurs de la liberté d’expression lors d’une grande manifestation. Quel beau spectacle républicain et démocratique que de voir les exploiteurs du monde entier et les exploités défiler les uns derrière les autres !
Les élèves de ma classe en ont parlé un peu avant de retrouver leurs préoccupations d’enfants, ou de jeunes ados. Les profs, certains, ont continué eux, d’en parler plus longtemps avant la période des contrôles précédant les congés.
Au ministère, on ne désarme pas ! « Grande mobilisation (encore) de l’école pour les valeurs de la République » « L’École est, et sera en première ligne », « après les attentats qui ont visé le cœur des valeurs républicaines ». Visé le cœur ! Voilà qui annonce une fois de plus, au niveau du discours habituel, le retour à la morale pour « renforcer la transmission des valeurs de la République et rétablir l’autorité des maîtres et les rites républicains ». Comme si tout cela n’était pas déjà inscrit dans les programmes, comme si cette bonne vieille morale d’antan avait fait ses preuves autrement que pour préparer à la boucherie de 14-18, au régime de Vichy, à la guerre d’Algérie… au monde dans lequel nous vivons aujourd’hui !
« Une (armée de) réserve citoyenne d’appui aux écoles et aux établissements créée dans chaque académie » sous la rubrique « citoyenneté et culture de l’engagement » à côté de la « mobilisation des territoires »…
Autre valeur historique française, la dénonciation : « Tout comportement mettant en cause les valeurs de la République ou l’autorité du maître fera l’objet d’un signalement systématique au directeur d’école ou au chef d’établissement » juste avant la répression…
Quelles valeurs l’école transmet-elle à ces jeunes avec ces discours de va-t-en guerre ? Quels exemples de démocratie que sont les élections des délégués de classe, simulacre de démocratie représentative qu’ils auront à subir toute leur vie ? Quelle valeur républicaine montrée en exemple que le non respect de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant, traité international pourtant signé par la France !
Me reviennent en mémoire les paroles d’une chanson de Maxime Le Forestier :
Je m’en fous de la France.
On m’a menti.
On a profité de mon enfance
Pour me faire croire à une patrie.
aldo gari





