
Les différents comités locaux des Soulèvements de la terre de Creuse, de Corrèze et de Haute-Vienne s’étaient donnés rendez-vous le samedi 27 mai sur les bords de Vienne à Limoges pour se rencontrer autour d’un pique-nique et de la présentation des luttes en cours dans la région. Plus de 250 personnes ont répondu à cet appel.
Au micro, les prises de parole se sont succédées, contre le projet de création de la « plus grande scierie de France » à Égletons, contre les coupes rases et de l’enrésinement sur le plateau de Millevaches et au sujet de la bataille du Bois du Chat à Tarnac, contre les mines d’or polluant la terre et l’eau dans le sud de la Haute-Vienne, contre les appropriations de l’eau en Limousin et ailleurs… La Ligue des droits de l’homme et le Collectif anti-répression limougeaud, qui tenaient chacun une table de presse, sont également intervenus afin
18 – LA TROUSSE CORRÉZIENNE N° 47
Local
Titi – Il m’a fallu une bonne semaine pour pouvoir me concentrer sur quoi que ce soit, un travail, une lecture, après l’événement de SainteSoline. J’avais déjà vécu des affrontements où la violence des forces d’un certain ordre était extrême, mais dans des dimensions beaucoup plus faibles. J’ai été comme halluciné par ce que j’ai expérimenté – je n’ai pas fait grand-chose d’autre que d’étouffer des lacrymos dans le champ. Ça m’a fait du bien d’être sur place avec mon corps, de faire face à ces individus prêts à la bataille contre la nature. Solidarité avec les blessés.
Nono – J’étais à Melle, où était implantée la base arrière qui a organisé et accueilli à la fois 10 000 personnes le week-end, stands et fête, et le retour des manifestants. Sur les cinq jours de montages divers, préparatifs, aide à l’intercantine puis démontages et nettoyages : nous n’avons pas chômé. Le samedi soir j’ai rencontré un presque éborgné et des personnes choquées, entendu des « retours d’expériences » sanglantes, traumatisantes… Mais je remarque autour de moi actuellement que, pour une personne physico-psychologiquement incapable de retourner en action – c’est le but de ce gouvernement –, c’est trois, quatre, cinq déclics presque audibles, rage et révolte, trois, quatre, cinq personnes nouvelles qui sont prêtes à participer aux prochaines manifs, des jeunes, des vieux, des familles avec enfants même !
Lulu – Ce qui m’a marquée, c’est la violence déployée, démesurée, alors que l’idée était de faire passer l’idée que l’eau est un bien commun, et qu’elle est accaparée par une toute petite minorité. Maintenant, je ressens de la
de rappeler leur vigilance quant à nos libertés collectives, ainsi que le Comité de défense des inculpés du 15 juin (accusés de destruction par incendie d’un relai d’ondes 5G). Des lycéennes ont raconté qu’on essayait de leur faire croire à l’école que l’avenir de la planète dépendait de gestes individuels alors qu’elles se rendent bien compte que ça passera par une lutte collective. Plusieurs chorales de la région – Les Poupées gonflantes, la Chorale des Résistances Sociales… – ont uni leurs voix pour rythmer l’après-midi avec des chants poétiques et révolutionnaires.
Ce bel événement donnera sans doute de la vigueur aux luttes environnementales locales, d’autant qu’il est déjà prévu de le reproduire à Tulle, à Guéret, à Eymoutiers…
colère ! Pour la première fois, elle est attisée, j’ai bien envie de m’engager encore plus ! Avec tous les moyens qui ont été déployés, on voit que c’est un enjeu majeur, mais ils avancent quand même. L’eau, c’est quelque chose de vital, on ne peut pas aller se cacher au fond des bois et laisser faire. À Notre-Dame-des-Landes il y a eu des actions très diverses, du sabotage, des actions coup de poing, des occupations et des recours juridiques ; c’est important de sensibiliser étant donné que les médias ont parlé uniquement de la violence… et faire connaître autour de nous, dans nos familles. Mais je ne sais pas comment transmettre ces idées autour de moi, c’est difficile, je n’ai pas beaucoup d’expérience de manifs et de luttes… Faut se préparer, aussi, avec des techniques telles que le théâtre-forum par exemple.
Juju – Les forces de l’ordre – et le gouvernement – ont voulu faire un carton ; il y avait le mouvement des retraites en même temps. Ils ont voulu briser une révolte, casser le plus possible pour en décourager le plus possible. Fabriquer des gueules cassées. La gestion des manifestations par la France a été retaclée par la communauté internationale, par l’Union européenne… Les chiffres sont là : 200 blessés, des dizaines d’hospitalisés et mutilés, les gens qui tombaient dans les fossés, les blessés allongés sur le bord des chemins dans les gaz lacrymogènes, quatre heures d’attente pour secourir certaines personnes… Les gens commencent à ouvrir les yeux, la goutte qui a fait déborder le vase, c’est la communication du gouvernement et les médias qui reprenaient tel quel, en parlant de 7 000 manifestants au lieu des 30 000 en réalité et 15 blessés alors qu’il y en a eu 200…
ACTARIUS





